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    L’humoriste Herman Amisi et quelques congolais avec une affiche au message clair sans faire mention à l’Ituri. © DT

    Chronique de Verite Johnson

    Avec 28 sièges à l’Assemblée nationale, l’Ituri est l’une des provinces de l’Est de la RDC. Elle est issue de l’ex-province orientale, démembrée depuis 2015. Ayant son chef-lieu à Bunia, elle a une superficie de 65 658 km2 et est située sur le versant occidental du lac Albert. Comme au Nord-Kivu, les atrocités sont loin d’être terminées dans cette province. Une situation qui date de plusieurs années.

    Avant, pendant et après le match de l’équipe nationale de la RDC face à celle de la Côte d’Ivoire (demi-finale de la CAN, mercredi 7 février 2024), j’ai vu une mobilisation totale sur les réseaux sociaux pour dénoncer le silence de la communauté internationale face aux atrocités de l’Est dont l’un des auteurs est le M23 avec l’appui du régime Kagame. Main droite pour fermer la bouche, la gauche comme un pistolet sur la tempe et un brassard noir, les Léopards ont trouvé un bon moment pour s’exprimer. Un moment où les caméras de la société désignée par la CAF pour fournir les images du match ne pouvaient pas l’ignorer, comme elles l’ont fait avec les banderoles des supporters congolais.

    Sur les réseaux sociaux, la mobilisation prend de l’ampleur, un geste salutaire pour une cause si précieuse. On n’espère, on s’agite, on lutte, malheureusement, on oublie une partie qui a aussi besoin de cette compassion : la province de l’Ituri. Même si la solution passe par la prise de conscience et l’engagement de nous-mêmes Congolais, oublier l’Ituri et ce qui s’y passe, c’est comme se moquer des victimes.

    Gradur, Fally Ipupa, Herman Amisi, Ika de Jong, Gims, Céline Banza… plusieurs célébrités congolaises se sont servies de leur audience sur les réseaux sociaux pour attirer les regards sur les souffrances de longue date à l’Est de la RDC. Mais aucune d’elles (en tout cas dans les écrits) n’a fait mention de l’Ituri ces dernières 48 heures. N’êtes-vous pas informé du calvaire des déplacés (par exemple) de l’Ituri ?

    Je me permets de vous en dire à quelques mots, parce que j’ai comme l’impression qu’une des causes, c’est forcément le manque d’informations nécessaires (même si je ne suis pas la meilleure personne pour le faire, mais en tant que citoyen, je suis obligé).

    En Ituri, opèrent plusieurs groupes armés locaux comme étrangers. Parmi eux, la nébuleuse ADF qui tue des civils, incendie des maisons, des véhicules… mettant plusieurs familles dans les rues.

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    Au 31 décembre 2023, 1,63 millions de déplacés étaient comptabilisés dans cette province d’après les données de l’OCHA. Ainsi, Ituri est la deuxième province avec le plus grand nombre de déplacés en RDC après le Nord-Kivu (2,52 millions). En déplacement (à Irumu, Bunia, Mambasa…), ces personnes sont loin de retrouver leur sourire. Mettant en exergue les exactions de la CODECO et de l’ADF, la MONUSCO Ituri parlait par exemple de 530 personnes tuées en 5 mois seulement (décembre 2022-mai 2023) dans deux territoires.

    Eh oui, au-delà du M23, il y a un autre ennemi étranger très cruel qui se nomme ADF et opère aussi en Ituri. Maintenant que vous avez un aperçu de l’Ituri, faites-en mention en parlant de l’Est. Le Nord-Kivu et l’Ituri vivent une situation quasiment similaire, une des raisons mêmes de l’état de siège dans les deux provinces.

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    L’Ituri n’a pas des influenceurs à 1 million d’abonnés, mais son peuple est bien hospitalier. Il y a la guerre oui, mais pas que ça… C’est un coin où il fait aussi beau vivre. Mais ni le côté sombre moins encore la belle face de l’Ituri ne sont mis en avant par ceux qui pensent parler pour la cause de l’Est.

    H24 sur les réseaux sociaux, je ne cesse de voir la même chose. Cette entité se retrouve dans l’ombre de l’Est de la RDC. Mais quand il faut attribuer un nom aux atrocités de l’Est, ça s’appelle Goma (même si ce sont les banlieues de Goma qui sont d’abord touchées), après ça s’appelle Kivu. Dans la bouche, les écrits des célébrités, des influenceurs, l’Ituri perd, dans la foulée, le statut d’une des provinces, la deuxième en crise humanitaire suite à la situation sécuritaire préoccupante de longue date, quand ils localisent les actions cruelles des rebelles. En invoquant la situation de l’Est, c’est Goma qui est cité et très peu Beni, pourtant (peut-être) le territoire le plus menacé par les rebelles ougandais de l’ADF.

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    Sur quelques images filmées du stade Alassane Ouattara d’Ebimbé, il était difficile de voir Ituri. Un oubli qui va au-delà des réseaux sociaux. Parfois, les attaques meurtrières passent sous silence à Kinshasa (par exemple). Très rarement, quand il s’agit du Nord-Kivu qui a volé la vedette aux autres provinces de l’Est suite à la résurgence du M23.

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    Il est temps de mettre fin à ce cycle de violence et de redonner la dignité aux populations meurtries. Né et grandi (entre l’Ituri et le Nord-Kivu) et vivant pendant ces conflits armés, mon plus grand bonheur sera de voir l’Ituri (comme le Nord-Kivu et l’Est de la RDC) en paix, prendre son élan du développement. Ça fait plus de 20 ans que je patiente, mais je ne renonce pas à l’espoir. Tout n’est pas à refaire, mais un grand pas a été franchi. J’y crois !

    Les réseaux sociaux attirent le regard sur l’Est de la RDC. La prise des décisions responsables des autorités congolaises face à cette situation imposera peut-être le respect pour le pays de Lumumba.

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    Puissions-nous tous travailler pleinement dans ce sens en mettant de côté les pleurs, les accusations… etc. Oui, c’est possible d’y croire, oui, mobilisons-nous pour l’Est de la RDC (y compris l’Ituri, faut bien que je le souligne), oui, les FARDC sont capables, « oui, RDC eloko ya Makasi. Bendele Ekweya Te »

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