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    Corbillard c’est son nom, ce véhicule qui sert à transporter les morts jusqu’à leur sépulture. Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri en veut, mais pourquoi sont-ils généralement gratuits ?

    En effet, des familles qui ont perdu les leurs ne souffrent pas autant pour le transport de la dépouille mortelle. Plus ou moins 5 corbillards sont disponibles pour leur rendre service gratuitement, il suffit juste d’en choisir un. La prière qui reste sans réponse : la gratuité de la morgue, tellement que « l’achat des corbillards » est devenu un secteur où nombreux investissent.

    Ici, ces véhicules funérailles appartiennent généralement aux hommes politiques. Parmi eux, 3 sont candidats à la députation nationale. Un rapprochement de plus avec les électeurs ou l’humanisme ? Certains estiment plutôt que c’est pour des raisons de la campagne électorale.

    Une affirmation sans écho favorable chez Gratien Iracan, candidat député national en ville de Bunia, ayant mis en disposition 3 corbillards au profit de la population de sa circonscription électorale.

    “J’ai donné 3 corbillards ici pour aider la population et cela depuis 2018. Rien à voir avec la campagne électorale, dit-il. Je préfère aider, c’est gratuit , on ne me paye rien » a-t-il déclaré dans une de ses interventions sur les antennes de la Radio locale.

    Ce dernier, faisant du secteur santé son cheval de bataille, annonce avoir mis à la disposition de la province 3 ambulances médicalisées dont l’une à l’hôpital général de référence de Bunia.

    “ Je sais que c’est gratuit et je sais aussi que je ne suis pas redevable auprès du propriétaire ”, a laissé entendre un responsable d’une famille, interrogé au quartier Saïo, quelques jours après l’usage d’un de ces corbillards dits « gratuits ».

    Cependant, un autre à Hoho, estime qu’au fond de lui, il sait qu’il est indirectement redevable envers le propriétaire du ce véhicule à usage gratuit. “ sans vous mentir, quelqu’un qui vient vous secourir pendant un moment difficile, vous ne devez que remercier la personne d’une manière à une autre. Comme moi par exemple avec certains membres de ma famille, nous allons tous donner nos voix à ce monsieur, qui est d’ailleurs aussi candidat pour qu’il continue avec des œuvres sociales ”, a-t-il fait remarquer.

    Affectés par la perte de leurs membres, les familles sans ou avec peu de moyens n’ont pas le choix et chaque personne apportant sa pierre à l’édifice est la bienvenue : candidat député ou pas. « Dommage que pour aller au paradis, il faille le faire en corbillard ! ». Dans les têtes des candidats c’est visiblement « sans arrière pensée ».

    Conduire un corbillard, un métier un peu particulier. Dans une société où le phénomène de la mort est mal compris, le métier de chauffeur de corbillard semble faire objet d’une multitude de préjugés.

    Non seulement technique, c’est un métier où surtout la morale est la qualité la plus indispensable. Malheureusement, pour le cas de Bunia, le chauffeur est mis à la disposition d’une famille qui ne peut rien lui donner en retour.

    Le conducteur n’a qu’à faire à son patron en cas de besoin « pour ce dernier voyage de son client ». Balidja Decor fait la différence.

    “Nos corbillards ne sont pas gratuits comme on tient compte des facteurs tels que payement des chauffeurs , carburant, amortissements des véhicules”, renseigne son responsable.

    Contre toute attente, cette entreprise disposant aussi d’une morgue ne s’inquiète de rien, même pas la concurrence.

    “ On est pas tellement affecté par les corbillards de candidats députés car les clients sont libres de faire leur choix selon leur préférence”, poursuit-il.

    Ituri est une zone affectée par les conflits. En manque de moyens, certaines familles, des déplacés par exemple portent même en main la dépouille vers le cimetière, plutôt que d’utiliser un corbillard.

    Une situation que combat aussi Mitterrand Mwenze dans la ville de Bunia : « ces corbillards, c’est pour aider les gens. Il y a certains qui ne le savent pas, mais il y a des familles qui souffrent ici”, rappelle ce candidat qui met aussi des corbillards à la disposition des habitants au chef-lieu de la province.

    Au stade actuel, aucun parmi ceux qui ont des corbillards à l’usage gratuit affirment avoir des arrières pensées. Mais ce qui est sûr, tous sont candidats aux élections. La question fondamentale demeure : vont-ils continuer à cette œuvre de « charité » même sans être élu ? Certains, il est difficile de répondre, seul le temps clarifiera davantage.

    Verite Johnson

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