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    Le 27 janvier 2023, environ quinze militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), dont deux officiers supérieurs, tombaient dans une embuscade tendue par des miliciens de la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) sur la route nationale numéro 27, dans le territoire de Djugu, province de l’Ituri, nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).

    Trois ans plus tard, la mémoire de ces soldats tombés au front demeure gravée dans les esprits, symbolisant leur courage et leur sacrifice pour la sécurité des populations et la protection du territoire national.

    L’attaque avait ciblé un convoi militaire se rendant au front à Njala, après une première offensive de la milice CODECO contre une position des FARDC. Selon des sources concordantes, les assaillants avaient laissé passer le premier véhicule avant d’ouvrir le feu sur les suivants, immobilisant le convoi et s’emparant d’armes et de munitions.

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    Le bilan avait été lourd : quinze soldats tués côté armée régulière, tandis que sept miliciens auraient trouvé la mort et neuf autres auraient été blessés lors des affrontements.

    Le lieu de l’embuscade, situé entre Pimbo et Kpenbgele, près de Pitso, illustre la vulnérabilité des axes routiers stratégiques en Ituri. La RN27, qui relie notamment Iga-Barrière à Mahagi, constitue un corridor vital pour les mouvements militaires, les échanges commerciaux et les déplacements civils. Sa coupure, consécutive à l’attaque, avait paralysé le trafic pendant plusieurs jours, bloquant des dizaines de véhicules à Jina, Pimbo et Fataki.

    Trois ans après, ces axes demeurent régulièrement exposés aux attaques de groupes armés, malgré l’état de siège instauré en Ituri et au Nord-Kivu depuis 2021. La CODECO, initialement présentée comme une milice communautaire, s’est progressivement imposée comme l’un des acteurs armés les plus meurtriers de la province, ciblant aussi bien les civils que les forces de sécurité.

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    L’embuscade de janvier 2023 avait révélé plusieurs failles : « vulnérabilité des convois, déficit de renseignement opérationnel et capacité des groupes armés à mener des attaques coordonnées, parfois à quelques kilomètres de centres supposés sécurisés », avait estimé un analyste. Le fait que les assaillants soient revenus dans la nuit pour attaquer des militaires restés garder les véhicules endommagés avait renforcé le sentiment d’une maîtrise du terrain par la milice.

    Malgré le déploiement renforcé des FARDC, appuyées par la Mission de l’ONU en RDC (MONUSCO) à l’époque, les violences armées n’ont pas cessé dans le territoire de Djugu. Les attaques, représailles et embuscades continuaient d’alimenter un cycle d’insécurité chronique, entravant le retour durable de l’autorité de l’État.

    Au-delà du bilan militaire, cet épisode avait eu un impact psychologique profond sur les populations locales, déjà éprouvées par des années de violences armées. La perte de deux colonels avait également souligné le coût humain élevé supporté par l’armée congolaise dans cette « guerre asymétrique ».

    Trois ans plus tard, peu d’informations ont filtré sur la suite réservée à cette embuscade. Qui sont les véritables commanditaires ? ont-ils été identifiés ? Ont-ils été arrêtés ? Etc. Si des opérations de traque ont été annoncées depuis, la population continue de réclamer des « résultats tangibles » en matière de sécurité.

    Par ailleurs, cette tragédie reste un moment de souvenir et de reconnaissance pour les FARDC et les communautés locales. Des habitants continuent de rendre hommage aux militaires tombés, rappelant le coût humain des opérations pour sécuriser l’Ituri, une province encore confrontée aux violences de milices armées.

    Peu avant l’instauration de l’état de siège en Ituri, 4 officiers des FARDC ont été tués dans leur position au bord du lac Albert par des miliciens de la Codeco. C’était le 08 mai 2019.

    Cette commémoration souligne également la résilience des FARDC et la nécessité de renforcer la sécurité sur les axes stratégiques du territoire national. L’embuscade de Djugu est aujourd’hui encore un rappel du sacrifice consenti par les soldats au service de la nation.

    Lors de la cérémonie d’enterrement de ces militaires à Bunia le vendredi 17 février 2023, le gouverneur militaire de l’Ituri avait fait mention d’une possible « trahison de la population », ayant conduit à ce drame. Toutefois, Luboya a, à l’époque, affirmé l’engagement des FARDC à défendre la patrie.

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    Entre 2023 et 2026, la situation sécuritaire en Ituri a connu des fluctuations, avec une amélioration quasi durable. L’embuscade de Djugu demeure ainsi un cas d’école, illustrant la résilience des groupes armés face aux offensives militaires et la complexité d’un conflit enraciné dans des dynamiques locales, économiques et communautaires.

    Pour de nombreux observateurs, cet événement rappelle que la réponse strictement militaire, sans actions parallèles sur la gouvernance, la réconciliation communautaire et le contrôle des ressources, peine à produire des effets durables. Trois ans après, la route de Djugu reste un symbole d’une paix encore fragile dans l’est de la République démocratique du Congo.

    Outre les récentes menaces d’une nouvelle milice armée, la CRP de Thomas Lubanga, la RN27, jadis un axe routier considéré comme un cimetière à ciel ouvert, devient de plus en plus praticable sans incident majeur. Récemment, le lieutenant-général Luboya N’Kashama Johnny, gouverneur militaire de l’Ituri, s’est même félicité d’avoir pacifié l’Ituri à 80%, dont le territoire de Djugu.

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