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    Moins visible sur le terrain depuis environ trois mois (novembre 2025 – janvier 2026), la milice Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) demeure un acteur central de l’insécurité persistante en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Huit ans après l’apparition de ce groupe armé en territoire de Djugu, les violences ont diminué par endroits, sans pour autant marquer la fin d’un conflit aux causes profondes et encore irrésolues.

    Une présence armée ancienne et fragmentée

    Active depuis 2017, la CODECO s’est progressivement imposée comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Ituri, selon différents rapports, dont celui du groupe d’expert de l’ONU. Issue à l’origine d’une structure communautaire, elle s’est transformée en une nébuleuse de factions armées opérant principalement dans les territoires de Djugu, Irumu et Mahagi.

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    Selon plusieurs rapports relayés par des médias, la milice est responsable de nombreuses attaques contre des civils et sites de déplacés, des positions des Forces armées de la RDC (FARDC) et des infrastructures de base.

    En janvier 2023, pour ne citer que quelques cas, au moins 15 militaires congolais, dont deux colonels, avaient été tués dans une attaque attribuée à la CODECO à Djugu. En 2024 comme 2025, des massacres de civils ont encore été signalés, avec plus de 50 morts recensés dans un site de déplacés, faisant l’une des attaques les plus meurtrières en Ituri.

    Comme les autres groupes armés actifs en Ituri, cette milice serait en tain de contrôler quelques sites miniers dans le territoire de Djugu, principal moyen de vivre économiquement. A cela s’ajoute des taxes imposées aux habitants.

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    Un recul relatif des violences, mais crise humanitaire

    Depuis la fin de l’année 2025, plusieurs sources font état d’une baisse des attaques armées dans certaines parties du territoire de Djugu. Les autorités provinciales, dont le lieutenant-général Luboya N’Kashama Johnny, évoquent une amélioration sécuritaire estimée à près de 80 % dans des zones autrefois considérées comme des épicentres de l’instabilité.

    Cette accalmie est attribuée à une combinaison de facteurs : renforcement du dispositif militaire, opérations conjointes FARDC-UPDF, état de siège prolongé et initiatives locales de dialogue communautaire. Mais un autre facteur important est la remise volontaire d’armes par la milice d’autodéfense, « principale adversaire » de la milice de la Codeco.

    Toutefois, des acteurs humanitaires et sécuritaires restent « prudents ». Les déplacements massifs de populations, les poches d’insécurité et la circulation d’armes légères témoignent de la fragilité de cette amélioration.

    Cela s’explique aussi par la résurgence de la rébellion de la CRP, mouvement de Thomas Lubanga. Ce dernier est accusé de d’être ces derniers jours le principal acteur de déstabilisation de la province de l’Ituri.

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    Malgré la baisse relative des violences, la situation humanitaire demeure préoccupante. Des milliers de civils continuent de fuir les combats sporadiques entre groupes armés et forces régulières. En octobre 2025, au moins 23 civils ont été tués lors d’attaques attribuées à la CODECO, selon une organisation qui fait le décompte de la situation sécuritaire en Ituri et au Nord-Kivu.

    De nombreux sites de déplacés sont toujours encore non fermés, bien que la stabilité semble gagner certaines zones du territoire de Djugu, l’entité qui aurait même pousser Kinshasa à décréter l’état de siège en Ituri.

    Des agences humanitaires signalent une aggravation des besoins en assistance, notamment en matière d’abris, de sécurité alimentaire et de protection des civils. L’activisme résiduel des groupes armés contribue à entraver l’accès humanitaire dans plusieurs zones rurales de l’Ituri.

    La question du désarmement et de la reconversion

    La fin de la CODECO reste une interrogation majeure. Plusieurs tentatives de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) ont été annoncées ces dernières années, avec des résultats limités.

    Des médias ont rapporté que des dizaines de milliers de combattants se disent prêts à rejoindre la RAD, sans que ces engagements ne se traduisent encore par une démobilisation massive et vérifiable.

    Dans ce contexte, certaines prises de position politiques suscitent le débat. En janvier 2026, le député national Dhedda Tikpa, élu de Djugu, a publiquement appelé les éléments de l’URDPC/CODECO à se considérer comme une « force de réservistes aux côtés des FARDC », évoquant la nécessité de faire « face à la guerre imposée à l’Ituri ».

    Cette déclaration, faite lors d’une cérémonie funéraire à Kobu, illustre les divergences d’approche sur la gestion des groupes armés locaux. Avec la naissance de la CRP présentée comme un allié du M23, Codeco semble se considérer comme une « force de réservistes », bien que pas officiellement reconnu en tant que telle par l’Etat congolais.

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    Pour plusieurs analystes, l’intégration informelle de miliciens dans des dispositifs de sécurité pourrait poser des risques juridiques et sécuritaires, dans un contexte où les responsabilités dans les exactions passées restent documentées.

    Une paix encore conditionnelle

    Huit ans après sa création, la CODECO n’a pas disparu, mais son influence semble évoluer. Si certaines zones connaissent un retour progressif au calme, les causes structurelles du conflit : conflits fonciers, tensions communautaires, pauvreté et faiblesse de l’autorité de l’État, « demeurent intactes », estime un analyste.

    Des groupes armés Codeco, Zaïre, Mapi, FRPI, FPIC… ont signé plusieurs fois des actes d’engagement unilatéraux de cessation des hostilités, sans un désarmement formel, a constaté buniaactualite.cd.

    La situation sécuritaire en Ituri reste ainsi marquée par une instabilité latente. Pour des observateurs, seule une approche combinant sécurité, justice, développement local et réconciliation communautaire pourrait permettre d’envisager, à terme, la fin durable des groupes armés.

    En l’absence d’un désarmement effectif et d’un règlement politique inclusif, le recul actuel de la violence apparaît davantage comme une pause que comme une rupture définitive avec près d’une décennie de conflit armé.

    Rédaction

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