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    À l’entrée du centre commercial d’Iga-Barrière (en quittant Bunia), dans le territoire de Djugu, chaque passant est obligé de présenter sa carte d’électeur et récupérer moyennant « parfois » une somme d’argent, au niveau d’un point de contrôle des services de sécurité. Une initiative à la fois « saluée » et « déplorée » par des usagers de la route, qui vont jusqu’à plaider pour l’implication personnelle du gouverneur militaire de l’Ituri.

    Mercredi 24 décembre 2025, à la veille de Noël, les préparatifs des festivités ont renforcé la circulation des personnes et de leurs biens sur quasiment tous les axes routiers de l’Ituri, y compris la RN27. Quelques jours plus tôt, les dispositifs sécuritaires avaient été renforcés afin d’éviter toute éventualité, des mesures qui ont suscité la satisfaction de la population.

    « Depuis qu’il y a une position militaire ici, à l’entrée d’Iga-Barrière, nous sommes très contents, car nous nous sentons en sécurité. Nous ne craignons plus rien », confie un habitant, qui se souvient encore « tristement » des affrontements entre les FARDC et des miliciens de la CRP de Thomas Lubanga dans cette région, lesquels avaient provoqué la fuite de plusieurs personnes.

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    Cependant, déplore un autre passager, « avoir une pièce d’identité n’est plus une assurance ou une source de sécurité. Il faut présenter sa carte d’électeur contre mille francs congolais. Nous avons peur de refuser de donner de l’argent, de peur d’être faussement assimilés à des inciviques ou à des rebelles ».

    Il plaide ensuite : « La guerre nous a tout pris. Nous n’avons pas d’argent. Mille francs congolais, c’est beaucoup pour des personnes qui vendent des légumes du champ. Que le gouverneur nous aide pour que le montant revienne à cinq cents francs, ou carrément qu’il donne l’ordre aux militaires de supprimer cette taxe ».

    RN27 fréquentable, mais des dépenses jugées insupportables

    Les mêmes inquiétudes ont été rapportées à buniaactualite.cd par des chauffeurs de véhicules et de motos fréquentant la route nationale numéro 27, reliant Bunia à Djugu ou Mahagi. Ils saluent l’amélioration des conditions sécuritaires grâce à « l’état de siège », tout en déplorant les « tracasseries routières devenues monnaie courante ».

    « Il est vrai que nous circulons sans crainte ces derniers temps sur la RN27, contrairement à il y a quelques mois. Nous saluons les efforts de l’état de siège ayant permis la reprise du trafic. Beaucoup de chauffeurs ont perdu la vie ici ; j’ai même perdu un collègue », témoigne un chauffeur sous couvert d’anonymat.

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    Selon lui, « donner de l’argent à chaque position de l’armée, de la PCR, aux jeunes chargés de l’entretien de la route, c’est trop coûteux. On peut dépenser entre 30 et 50 dollars américains pour un seul aller. Au retour, il faut encore payer. Que les autorités provinciales et militaires nous aident réellement », plaide-t-il, ce lundi 5 janvier 2026.

    Un autre chauffeur fréquentant la RN27 souligne qu’aucune somme n’est exigée de ses clients, sauf « à la sortie d’Iga-Barrière », lorsque le véhicule provient de Djugu ou Mahagi.

    « J’informe déjà mes passagers : préparez vos cartes d’électeur avec mille francs congolais pour éviter de traîner », explique-t-il.

    Mercredi 7 janvier 2026, une femme revenant d’Iga-Barrière a indiqué n’avoir rien donné.
    « À ce point de contrôle, seul le taximan a payé. Moi, on m’a seulement demandé la carte pour vérification », affirme-t-elle.

    « Nous étions au moins six dans le véhicule », raconte une autre femme le vendredi 9 janvier 2026. « Les hommes ont payé mille francs chacun. Moi, j’ai refusé, mais ils m’ont quand même laissée repartir », ajoute-t-elle.

    Selon des informations recueillies sur place, l’argent perçu servirait à appuyer les patrouilles nocturnes des éléments de l’ordre. Une version qui n’a toutefois pas été officiellement confirmée par des sources militaires.

    Entre volonté affichée et persistance des tracasseries

    En mars 2023, environ huit militaires du 3206ᵉ régiment avaient été arrêtés sur l’axe Komanda-Luna pour « tracasseries routières » sur des usagers de la route nationale n°4.

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    Dans le territoire de Mambasa, en mars 2024, la société civile locale avait également dénoncé ces pratiques. Selon elle, des véhicules et motos étaient contraints de payer entre 1 000 et 5 000 FC, voire entre 5 000 et 50 000 FC sur d’autres axes, comme l’avait déploré Mungeni Yuma Imurani.

    Malgré les multiples interdictions officielles de l’administration de l’état de siège interdisant la perception d’argent par les militaires, « leur application pose un sérieux problème sur le terrain », analyse un conducteur, qui évoque une possible « complicité des autorités supérieures ».

    En mission d’itinérance à Mongbwalu, le lieutenant-général Luboya N’Kashama Johnny avait promis, le 30 juin 2023, « d’identifier et de punir » les militaires et policiers impliqués dans ces pratiques.

    « Ce qu’on appelle des barrières sont en réalité des points de contrôle », avait rappelé l’Auditeur supérieur militaire de l’Ituri, répondant aux questions de Bunia Actualité TV en juin 2023. Des points de contrôle devenus malheureusement, selon plusieurs acteurs sociopolitiques de l’Ituri, « des points de péage ».

    Le colonel magistrat Makelele avait toutefois souligné l’implication de. la justice militaire :
    « Ceux qui se rendent coupables de bévues sont déférés devant nous et sanctionnés ».

    Les militaires et policiers ne sont pas les seuls accusés de rançonner la population aux barrières. Des groupes armés tels que CODECO, FRPI, Zaïre, ainsi que des Maï-Maï et les ADF, sont également cités, notamment dans les territoires de Djugu, d’Irumu, Mambasa, où des taxes illégales sont souvent imposées.

    Face aux nouvelles accusations, les réactions et mesures des autorités compétentes sont attendues par des usagers routiers.

    David Ramazani

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