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    L’arrestation puis le transfert à Kinshasa de Michel Méta Wani, président de l’Union des associations culturelles pour le développement de l’Ituri (UNADI), continuent d’alimenter un débat politique et sécuritaire sensible dans la province de l’Ituri, sous état de siège depuis 2021.

    Entre dénonciation d’une justice à deux vitesses et défense de la fermeté de l’État face aux discours jugés ambigus, l’affaire révèle les lignes de fracture autour de la gestion du processus de paix dans cette région meurtrie de l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

    Une arrestation aux motifs « contestés», mais pas que

    Interpellé à Bunia par les services de l’Agence nationale de renseignements (ANR), Michel Méta Wani a été transféré à Kinshasa 48 heures plus tard, selon plusieurs sources concordantes. Les autorités n’ont pas officiellement communiqué à buniaactualite.cd sur les chefs d’accusation précis, mais des proches de l’UNADI évoquent une « déformation de propos » tenus par son président sur la situation sécuritaire en Ituri, notamment autour de la question du dialogue avec certains acteurs armés, dont Lubanga leader de la CRP.

    L’UNADI, qui regroupe les 21 communautés de l’Ituri, s’est imposée ces dernières années comme un acteur de médiation communautaire. Michel Méta Wani a, à plusieurs reprises, participé à des initiatives qui seraient soutenues par les autorités provinciales, notamment des missions de sensibilisation pour la paix, y compris à l’étranger, en particulier en Ouganda.

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    Sur place, des consultations avec la diaspora iturienne ont été menées en mars 2025, selon radio Okapi. Officiellement, rien n’avait filtré de cette mission de Kampala, bien que l’ordre de mission aurait été signé à partir de Bunia par l’administration provinciale sous état de siège.

    Dans un communiqué relayé sur les réseaux sociaux à Bunia, l’acteur politique Bruno Akilisende Exaucé s’est dit « préoccupé » par l’arrestation d’un notable qu’il présente comme un « partenaire de l’État dans la recherche de la paix ». Selon ce jeune opposant politique, une telle démarche risque de « décourager les leaders d’opinion porteurs de propositions constructives ».

    Même tonalité du côté de Jacob Asimwe Matali, figure de l’opposition républicaine, qui dénonce une « instrumentalisation de la justice à des fins politiques ». Dans sa déclaration, il évoque une « justice à deux vitesses », estimant que certains responsables présumés de l’insécurité échappent aux poursuites, tandis que d’autres sont « déplacés comme des criminels ». Il appelle à la « transparence », au « respect des procédures légales » et à « l’égalité de tous devant la loi ».

    À l’inverse, d’autres acteurs politiques saluent la réaction mesurée de la population iturienne. Luc Malembe, acteur politique pro-état de siège, estime que l’absence de manifestations communautaires en réaction à l’arrestation témoigne d’une « maturité » nouvelle. Selon cet ancien proche de l’opposant Martin Fayulu, la population refuse désormais de soutenir « aveuglément » des leaders en difficulté avec la justice au nom de l’appartenance communautaire.

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    Il appelle les services de sécurité à maintenir une ligne de fermeté et soutient l’action du gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama, qu’il crédite « d’une amélioration progressive de la situation sécuritaire depuis 2017 ». Ce discours s’inscrit dans la logique de l’état de siège, qui privilégie aussi une approche sécuritaire rigoureuse face aux groupes armés actifs dans la province, dont la CRP.

    Un symbole des ambiguïtés du processus de paix

    L’affaire Michel Méta Wani intervient dans un contexte où le débat sur le dialogue avec certains acteurs armés ou exilés reste particulièrement « sensible ». Ces derniers mois, des initiatives de notables ituriens, parfois avec l’aval tacite de l’État, ont visé à explorer des pistes de paix, y compris par des contacts indirects avec des figures controversées de la crise iturienne.

    Le paradoxe souligné par plusieurs observateurs tient au fait que Michel Méta Wani a longtemps été perçu comme un relais de ces efforts, avant de se retrouver aujourd’hui au cœur d’une procédure sécuritaire et judiciaire. D’où la question, largement reprise dans l’opinion : comment un acteur engagé dans des démarches présentées comme favorables à la paix a-t-il pu basculer, en quelques jours, du statut d’interlocuteur à celui de détenu transféré à Kinshasa ?

    En juin 2025, à l’issue du dialogue de Aru 2, Bassa Zukpa, de l’URDPC/CODECO, qui avait lu le communiqué final au nom de toutes les milices armées de l’Ituri, avait déclaré :

    « Les groupes armés de l’Ituri exigent au gouvernement de bien vouloir engager un dialogue avec les ituriens exilés en Ouganda afin de renforcer la cohésion de la paix en Ituri ». Un point qui figurait parmi les principales recommandations de ce dialogue.

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    Mais, paraît-il, le contexte serait différent aujourd’hui. Dans ses récentes sorties médiatiques, le lieutenant-général Luboya N’Kashama Johnny, gouverneur militaire de l’Ituri, a estimé que la province sous sa direction depuis 4 ans vit déjà une paix en 80%. Cependant, l’instabilité sécuritaire imposée par la CRP semble faire basculer la donne. L’autorité provinciale a même mis à garde Thomas Lubanga, qui serait en train de comploter pour l’assassiner. Lubanga est perçu donc ces derniers jours comme « ennemi numéro un de l’Ituri ».

    À ce stade, les autorités judiciaires et sécuritaires n’ont pas livré de version détaillée des faits reprochés au président de l’UNADI. Son transfert à Kinshasa, loin de Bunia, alimente cependant les spéculations et les tensions politiques, dans une province où chaque décision liée à la sécurité peut avoir des répercussions communautaires.

    Dans l’attente d’éclaircissements officiels, l’affaire Michel Méta Wani illustre les équilibres fragiles entre liberté d’expression, initiatives de paix et impératifs sécuritaires en Ituri. Un dossier emblématique des défis persistants de la stabilisation de l’est de la RDC, où la quête de la paix demeure étroitement liée à la confiance dans les institutions.

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    Officiellement, l’Etat congolais est engagé ces jours dans le processus de Paix dans deux volets : Doha et Washington avec la rébellion de l’AFC-M23, soutenue par le Rwanda. Les pourparlers de paix de Nairobi ou encore de Aru 1 et Aru 2 sont aussi pris en compte, mais sans trop de communication du côté de Kinshasa.

    Rédaction

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