Au moins vingt déplacés internes du site de Kigonze, à Bunia, ont été remis en liberté mardi 13 janvier après deux mois d’interpellation par les services de sécurité, a rapporté Radio Okapi. Ces personnes étaient soupçonnées de connivence avec les miliciens de la Convention pour la Révolution populaire (CRP), un groupe armé actif dans la province de l’Ituri.
Leur libération est intervenue faute de preuves, selon des sources locales citées par la radio onusienne. Les arrestations avaient provoqué une vive inquiétude au sein du site de Kigonze, qui accueille près de 17 000 déplacés ayant fui les violences armées dans plusieurs zones de la province.
A lire aussi : Bouclage du site de déplacés de Kigonze à Bunia : panique et tensions
Un premier groupe de personnes interpellées avait déjà été relâché lors des festivités de fin d’année, avant la libération du dernier contingent mardi, précise la même source.
Arrestations et climat de peur dans le camp
D’après le Comité de gestion du site de Kigonze, ces interpellations ont sérieusement détérioré la relation entre les déplacés et les forces de sécurité. Craignant des arrestations arbitraires, près de la moitié des résidents, principalement des jeunes et des hommes, évitaient de passer la nuit dans le camp, certains dormant à l’extérieur, d’autres louant des habitations en ville.
Depuis l’annonce de ces libérations, environ 80 % des déplacés concernés seraient revenus au site, selon la même source. Toutefois, plusieurs familles restent prudentes et attendent des garanties sur le respect du caractère civil du camp, qui, selon elles, ne devrait pas faire l’objet de bouclages sécuritaires répétés.
Les autorités locales n’ont pas officiellement communiqué sur les motifs précis des arrestations ni sur les raisons ayant conduit à leur abandon. Sur le terrain, des acteurs humanitaires estiment que ces interpellations ont accru la vulnérabilité des déplacés, déjà confrontés à des conditions de vie difficiles.
La restauration progressive de la confiance entre les forces de sécurité et les déplacés est attribuée aux actions de sensibilisation menées par les partenaires du gouvernement, notamment la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO). Ces initiatives visent à renforcer la collaboration avec les communautés déplacées et à améliorer la sécurité dans la ville de Bunia, rapporte Radio Okapi.
A lire aussi : Ituri : Justice-Plus alerte sur des violations des droits humains lors des combats à Bule impliquant la CRP
Dans une province marquée par l’activisme de plusieurs groupes armés, l’affaire du site de Kigonze relance le débat sur l’équilibre entre impératifs sécuritaires et protection des civils. La libération de déplacés arrêtés sans preuves tangibles soulève, pour de nombreux observateurs, la question d’accusations « potentiellement infondées » dans un contexte sécuritaire sous tension.
Cependant, avec des récents événements dans la région de Bule, plusieurs acteurs, dont une ONG, ont dénoncé de probable utilisation par la CRP des déplacés de guerre comme boucliers humains.
Rédaction

