Des cadres et agents de la Coordination provinciale du Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS) en Ituri tirent la sonnette d’alarme. Dans un mémorandum rendu public à Bunia, ils dénoncent le non-paiement de leurs salaires depuis novembre 2022, des dysfonctionnements administratifs et techniques, ainsi qu’un projet de mise en congé technique qu’ils qualifient d’« inacceptable ».
39 mois de salaires impayés
Selon le document signé par le personnel du P-DDRCS Ituri dont une copie est parvenue à buniaactualite.cd ce mercredi 14 janvier 2026, les agents totalisent à ce jour 39 mois d’arriérés de salaires.
Sur un effectif de 53 agents, seuls 22 seraient payés, tandis que 31 ne percevraient aucune rémunération depuis leur prise de fonctions effective, le 1er novembre 2022.
« Trente-neuf mois sans salaire ni prime, c’est trop », écrivent-ils, dénonçant une situation sociale devenue « intenable ». Les agents affirment n’avoir bénéficié d’aucune prime ni assistance, y compris pendant les périodes de fêtes, alors que des ressources financières auraient été mobilisées au niveau national.
Rejet d’un congé technique, dysfonctionnement…
La colère du personnel s’est accentuée après une réunion en ligne tenue le 9 janvier 2026 par le coordonnateur national du PDDRCS, le professeur Jean Désiré Ntanga Ntita. Selon les agents, cette rencontre, menée sans débat contradictoire, aurait laissé entendre la volonté de la Coordination nationale de placer l’ensemble des cadres et agents provinciaux et territoriaux en congé technique, sans garanties financières.
Les signataires du mémorandum rejettent catégoriquement cette option. Ils estiment qu’une telle décision irait à l’encontre de la Stratégie nationale du PDDRCS, adoptée en mars 2022, qui fixe clairement l’organisation et les effectifs requis aux niveaux national, provincial et territorial.
« Nous disons non à tout congé technique des cadres et agents du PDDRCS », martèlent-ils, exigeant d’être associés à toute réforme structurelle du programme.
Le personnel du PDDRCS Ituri dénonce également ce qu’il qualifie de dysfonctionnement administratif et technique au sommet du programme. Il reproche à la Coordination nationale d’empiéter sur les prérogatives des structures provinciales, notamment en exécutant directement des activités de réinsertion des ex-combattants sur le terrain, en contradiction avec le principe de décentralisation prévu par la stratégie nationale.
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Au niveau provincial, les agents pointent une absence prolongée de certains responsables affectés à Bunia, laissant, selon eux, la « gestion quotidienne de la coordination entre les mains d’une seule personne ». Une situation qui, affirment-ils, « n’a suscité aucune réaction de la hiérarchie nationale ».
Ils déplorent par ailleurs l’absence d’outils administratifs de base : organigramme officiel non diffusé, règlement intérieur inexistant, cartes de service non délivrées.
Plaidoyer
Province pilote du P-DDRCS et région marquée par une insécurité persistante, l’Ituri est considérée comme un territoire stratégique pour la réussite de cette approche non militaire de stabilisation. Les agents estiment que la crise actuelle menace directement les opérations de désarmement et de démobilisation en cours.
Dans leur mémorandum, ils interpellent les autorités sur les conséquences sécuritaires potentielles d’une mise à l’écart du personnel sans solution sociale, évoquant un risque de tensions et de désordre.
Ces cadres et agents du P-DDRCS Ituri exigent en priorité le paiement intégral de leurs salaires et primes, ainsi que la clarification de la gouvernance du programme. Ils appellent à une implication personnelle des autorités compétentes afin de préserver la crédibilité du PDDRCS, présenté comme un programme phare du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo pour la restauration de la paix en République démocratique du Congo.
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Le mémorandum a été signé à Bunia le 12 janvier 2026 par plusieurs agents et cadres du programme, qui préviennent qu’ils resteront « mobilisés » jusqu’à « satisfaction » de leurs revendications.
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