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    Une adolescente tuée alors qu’elle vendait du maïs grillé, un commerçant abattu après une dispute autour d’une boisson, un motard mort à une barrière de contrôle : en Ituri, les incidents mortels impliquant des éléments des forces de sécurité continuent de s’accumuler. Le meurtre présumé d’une vendeuse d’environ 15 ans, lundi 19 octobre 2026 près de Centrale Soleniama, relance une question persistante : comment protéger les civils lorsque certains des hommes chargés de leur sécurité sont eux-mêmes mis en cause dans leur mort ?

    Le dernier drame s’est produit au village Busaga, dans le groupement Batale, chefferie des Baboa-Bokoe, en territoire d’Irumu. Selon plusieurs alertes parvenues à Buniaactualite.cd, un militaire des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) aurait ouvert le feu sur une adolescente qui vendait du maïs grillé, localement appelé « tuska ».

    Une dispute liée à la monnaie que la vendeuse devait restituer après un achat serait à l’origine de l’incident. Cette version reste à confirmer. Au mardi 20 octobre, les informations recueillies ne permettaient pas encore d’établir l’identité du militaire mis en cause, son éventuelle interpellation ni les circonstances exactes du tir.

    Mais le cas de Busaga est loin d’être isolé.

    Le 16 mars 2025, Buniaactualite.cd publiait un dossier recensant environ 30 civils non armés tués depuis 2022 dans des incidents impliquant des militaires et, dans certains cas, des policiers en Ituri. Ce décompte reposait sur des informations recueillies auprès des organisations de défense des droits humains, des médias et des sources sécuritaires.

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    Parmi les événements les plus meurtriers figurait la fusillade du 23 juillet 2023 à Tchomia, dans le territoire de Djugu, où treize civils, dont neuf enfants, avaient été tués par un militaire. Celui-ci avait ensuite été condamné par la justice militaire.

    Le 14 mars 2025, quatre autres civils avaient perdu la vie près de l’aéroport de Bunia, sous les balles d’un militaire des FARDC présenté par les autorités comme étant en état d’ébriété. Parmi les victimes figuraient trois agents de l’Institut supérieur des techniques médicales (ISTM-Bunia).

    Depuis la publication de ce dossier, d’autres incidents ont été documentés.

    Le 30 mai 2025, un conducteur de moto-taxi, Kasemengo Masivi Salvatore, avait été tué à Luna, à la limite entre l’Ituri et le Nord-Kivu. La Convention pour le respect des droits de l’homme (CRDH) avait accusé un militaire d’avoir tiré sur lui à la suite d’un différend lié au passage d’une barrière de contrôle.

    En mars 2026, le meurtre d’Amboko Kalala Juma, dans le secteur de Matalatala à Bunia, avait également mis en cause un soldat. L’affaire a donné lieu à une condamnation devant la justice militaire en octobre.

    Le 14 avril, au quartier Bankoko à Bunia, un militaire aurait tué une femme et un enfant avant de retourner son arme contre lui-même, selon les informations rapportées à l’époque par La Voix de l’Ituri et reprises par Buniaactualite.cd.

    Le 13 juillet, un autre civil avait été mortellement atteint par balle au rond-point Fina, à Bunia, lors d’un incident impliquant un policier. La police avait confirmé les faits et annoncé l’interpellation de l’agent soupçonné d’avoir tiré.

    La fin du mois de septembre a été marquée par de nouvelles alertes. Le 24 septembre, un civil a été tué à Matalatala, dans le groupement Tsere, près de Bunia. La société civile locale a attribué le tir à un militaire. Six jours plus tard, à Biakato, en territoire de Mambasa, deux autres civils auraient été tués par un militaire, selon l’Association pour la protection et la défense des droits fondamentaux (APDEF).

    Dans cette dernière affaire, le soldat mis en cause aurait lui-même été tué par des habitants en colère. Une réaction qui illustre également les dangers de la justice populaire, laquelle ne peut se substituer aux procédures judiciaires.

    Le 13 octobre, toujours à Biakato, un commerçant identifié sous le prénom de Grâce a été tué par balle dans sa boutique. Un policier affecté à la garde d’un officier supérieur est accusé par l’APDEF d’avoir ouvert le feu après un différend concernant une boisson énergisante.

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    Ces événements, auxquels s’ajoute désormais la mort de l’adolescente de Busaga, portent à au moins dix le nombre de décès supplémentaires signalés dans huit incidents distincts relevés depuis le dossier de mars 2025. Ce relevé demeure partiel : plusieurs affaires reposent encore sur des témoignages ou des alertes d’organisations locales et ne disposent pas toutes de conclusions judiciaires accessibles.

    Il serait donc prématuré de présenter l’addition de ces cas au précédent décompte comme un bilan officiel définitif.

    La répétition des incidents soulève néanmoins des interrogations sur l’encadrement des militaires et policiers porteurs d’armes, la prévention des comportements indisciplinés et la capacité des autorités à faire respecter les règles d’usage de la force.

    Les autorités militaires ont, à plusieurs reprises, appelé leurs éléments à la discipline. En décembre 2024, le général-major Ntambuka Urbain, s’exprimant au nom du gouverneur militaire Johnny Luboya, avait rappelé la mission première des forces de sécurité : « Nous sommes là pour sécuriser la population. »

    La justice militaire a également prononcé des condamnations dans certaines affaires. Cependant, les informations publiques restent limitées sur les suites réservées à plusieurs autres incidents, notamment les enquêtes, les poursuites, les sanctions définitives et les éventuelles réparations accordées aux familles.

    Dans une province placée sous état de siège depuis mai 2021, où l’armée et la police exercent des responsabilités sécuritaires et administratives particulièrement importantes, ces morts interrogent directement la protection des civils et la relation entre la population et les forces de l’ordre.

    À Centrale Soleniama, la mort d’une adolescente qui cherchait à gagner sa vie en vendant du maïs grillé remet au premier plan cette exigence : chaque décès impliquant un porteur d’arme doit faire l’objet d’une enquête crédible, avec des responsabilités établies et des suites judiciaires transparentes.

    Rédaction

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