Deux photographies prises lors du lancement, le 19 septembre 2026 à Bunia, de l’étude BRAVO sur la vaccination contre la maladie à virus Bundibugyo interpellent sur la manière dont les acteurs de la riposte donnent à voir les mesures de prévention. Mais les images doivent être lues avec prudence : elles soulèvent des questions, sans constituer à elles seules la preuve de manquements sanitaires.
Sur la première photographie, une professionnelle de santé administre un vaccin au gouverneur militaire de l’Ituri. Sur la seconde, plusieurs dizaines de personnes ( autorités, personnels de santé et représentants d’organisations impliquées dans la riposte) posent devant une banderole annonçant le lancement officiel de l’étude BRAVO auprès des personnels de première ligne.
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Dans une province confrontée à Ebola, ces images ne sont pas anodines. Elles documentent une intervention sanitaire, mais elles deviennent aussi, par leur diffusion publique, des supports de communication sur la riposte.
La question est donc légitime. Ce que montrent ces photographies est-il cohérent avec le niveau de vigilance attendu en période d’épidémie ? Surtout que depuis le debut de cette épidémie, de nombreux médecins ou corps soignants se trouvant à la première ligne de la riposte sont décédés.
La réponse exige de distinguer ce qui est réellement observable de ce que les images ne permettent pas d’établir.
Une soignante sans gants : pas nécessairement une faute
Sur la première image, la professionnelle de santé réalise l’injection sans gants. Cette situation peut facilement susciter des réactions, particulièrement dans un contexte Ebola. Sur des réseaux sociaux à Bunia, Buniaactualite.cd a documenté plusieurs commentaires des internautes qui s’interrogent sur cette « pratique difficile à comprendre pour eux ».
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Pourtant, l’absence de gants lors d’une injection intramusculaire ne constitue pas automatiquement une mauvaise pratique. En vaccination, les gants ne sont pas systématiquement exigés lorsque la peau du patient et celle du professionnel sont intactes et qu’aucun contact avec du sang ou d’autres liquides biologiques n’est anticipé.
Le point essentiel reste l’hygiène des mains avant et après les gestes de soins.
A ce stade, une photographie saisit une fraction de seconde. Elle ne permet pas de savoir si la soignante s’est désinfecté les mains quelques instants auparavant ou immédiatement après l’injection.

Conclure, sur cette seule base, qu’elle aurait violé les règles de prévention serait donc excessif.
En revanche, l’image pose une question pertinente de visibilité des bonnes pratiques. Ni un dispositif d’hygiène des mains ni une boîte de sécurité destinée à l’élimination immédiate des aiguilles ne sont clairement visibles dans le champ photographique.
Cela ne signifie pas qu’ils étaient absents du site.
Mais dans une activité destinée à être photographiée et largement diffusée, montrer ces dispositifs aurait également participé au message de prévention.
Une photographie collective qui mérite davantage de nuance
La deuxième photographie montre une importante concentration de personnes, placées très près les unes des autres.
Là encore, toute interprétation alarmiste serait scientifiquement fragile.
Ebola ne se transmet pas simplement parce que plusieurs personnes se trouvent dans le même espace ou se tiennent côte à côte. La transmission intervient principalement lors d’un contact direct avec le sang ou d’autres liquides biologiques d’une personne malade, ou avec du matériel contaminé.
Le rapprochement visible sur cette photo ne constitue donc pas, en lui-même, la preuve d’une exposition à Ebola.
Mais le contexte change la portée de l’image. Il s’agit d’un rassemblement impliquant notamment des personnels de première ligne, c’est-à-dire des personnes susceptibles d’être davantage exposées dans le cadre de leurs fonctions. Lors d’une épidémie, toute concentration de personnes doit logiquement s’accompagner de mesures rigoureuses de prévention et de surveillance : contrôle des symptômes, hygiène des mains, organisation des flux et mécanismes permettant d’identifier et d’orienter rapidement toute personne présentant des signes suspects.
La photographie ne permet pas de savoir si ces mesures ont été appliquées avant la prise de vue.
C’est précisément pourquoi elle ne peut servir ni de preuve d’une défaillance, ni de preuve que tout était parfaitement conforme.
Le problème principal est peut-être ailleurs
La question la plus importante n’est finalement pas de déterminer si une personne aurait dû porter des gants ou si les participants auraient dû être espacés de quelques dizaines de centimètres supplémentaires.

Elle touche à l’exemplarité de la communication sanitaire. Pendant une épidémie, les autorités sanitaires et leurs partenaires ne communiquent pas seulement par des communiqués, des conférences de presse ou des émissions radiophoniques.
Ils communiquent aussi par leurs images.
Une photographie montrant un responsable politique recevant un vaccin devient un message en faveur de la vaccination. De la même manière, une image montrant l’hygiène des mains, la sécurisation du matériel médical ou l’organisation rigoureuse d’un site contribue concrètement à la pédagogie de la prévention.
À l’inverse, lorsque ces éléments disparaissent du cadrage, un décalage peut apparaître entre les comportements demandés à la population et ceux que montrent les institutions.
Il ne s’agit pas nécessairement d’un manquement sanitaire. Il s’agit d’un enjeu de communication du risque.
Et dans une épidémie où les rumeurs, les suspicions et les informations erronées peuvent affaiblir l’adhésion communautaire, cet enjeu n’est pas secondaire.
BRAVO : attention à ce que signifie réellement la vaccination
Une autre précaution concerne la manière de présenter l’étude BRAVO elle-même.
La banderole visible sur la photographie parle clairement du « lancement officiel de l’étude BRAVO sur la vaccination contre la maladie à virus Bundibugyo auprès de personnels de première ligne ».
Le mot étude est important. Il serait donc inexact de présenter automatiquement cette initiative au public comme la démonstration qu’une protection vaccinale contre Bundibugyo serait déjà définitivement établie.
L’objectif d’une étude est précisément de produire des connaissances sur l’utilisation, la sécurité ou l’efficacité d’une intervention dans les conditions définies par le protocole de recherche.
Cette distinction doit être constamment expliquée à la population. La vaccination ne doit surtout pas produire un faux sentiment de sécurité. Même une personne vaccinée doit continuer à respecter les mesures de prévention recommandées et les professionnels de santé doivent maintenir les procédures de prévention et de contrôle des infections.
Une photographie ne remplace pas une enquête
Ces deux images doivent donc être utilisées avec méthode.
Elles peuvent déclencher des questions journalistiques. Elles ne suffisent pas à prononcer un verdict.
Les organisateurs peuvent notamment être interrogés sur les conditions de triage des participants, les dispositifs d’hygiène installés sur le site, la gestion des aiguilles et autres déchets médicaux, les procédures imposées aux vaccinateurs ou encore l’information donnée aux personnes vaccinées sur la portée réelle de l’étude.
C’est à partir de ces réponses, croisées avec les protocoles sanitaires applicables, qu’un éventuel manquement pourrait être établi.
La photographie seule ne le permet pas. Une responsabilité particulière en pleine épidémie
Le lancement de BRAVO constitue néanmoins une occasion de rappeler une règle fondamentale de communication en santé publique. Les acteurs de la riposte doivent non seulement appliquer les mesures de prévention, mais aussi, autant que possible, les rendre visibles.
À Bunia comme ailleurs en Ituri, une population à laquelle on demande de se laver régulièrement les mains, d’éviter tout contact avec les liquides biologiques d’une personne malade, de signaler rapidement les cas suspects et de faire confiance aux structures sanitaires doit pouvoir retrouver cette même rigueur dans les images produites par ceux qui conduisent la riposte.
Il ne s’agit pas de rechercher artificiellement une faute sur chaque photographie. Il s’agit de comprendre qu’en situation d’épidémie, chaque image officielle peut devenir une leçon de santé publique.
Les photographies du lancement de BRAVO ne démontrent pas, à elles seules, une violation des mesures de prévention contre Ebola. Elles rappellent cependant, on l’estime, une exigence plus large. En période de crise sanitaire, la cohérence entre les recommandations, les pratiques et leur représentation publique fait partie intégrante de la riposte.
David Ramazani

