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    Entre le 17 et le 31 octobre 2026, le territoire de Djugu, se trouvant dans la province de l’Ituri, a connu une succession d’attaques meurtrières attribuées à la milice CODECO. Civils tués, enlèvements, maisons incendiées et nouveaux déplacements de population.

    Cette dégradation sécuritaire intervient alors que l’attention politique nationale est également tournée vers la nouvelle coalition politico-militaire dirigée par l’ancien président Joseph Kabila. Deux crises distinctes qui interrogent la capacité des autorités à protéger les populations sur plusieurs fronts.

    Les violences documentées durant cette période ont principalement touché les chefferies des Bahema-Nord et des Bahema-Badjere. Les informations recueillies par buniaactualite.cd, Radio Okapi et plusieurs médias locaux font état d’attaques répétées contre des villages, des cultivateurs et des localités proches des sites de déplacés.

    Le 17 octobre, quatre cultivateurs ont été tués dans une embuscade attribuée à la CODECO dans le groupement Dhendro, en chefferie des Bahema-Nord. Selon Germain Dhetsina, représentant de la société civile locale, les victimes étaient toutes des pères de famille. La structure citoyenne avait alors demandé le renforcement des patrouilles pour sécuriser les champs et les voies de ravitaillement.

    Le même jour, six civils, dont un enfant, ont été enlevés dans la région de Dendro, près de Bule, selon des sources locales et sécuritaires citées par Radio Okapi. Deux otages auraient été exécutés le 19 octobre. Une femme et son enfant ont été libérés le lendemain, tandis que deux autres personnes demeuraient introuvables au moment des premières publications.

    La situation s’est davantage détériorée le dimanche 25 octobre. Dans le groupement Sombuso, les villages de Gobu, Muganga et Musekere ont été attaqués tôt le matin par des hommes armés identifiés localement comme des miliciens de la CODECO. Des habitations ont été incendiées, du bétail emporté et plusieurs familles ont fui leurs villages.

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    Sur le littoral du lac Albert, Radio Okapi a également rapporté des attaques à Muganga, Mbuza, Depa et Tsonga. Le député provincial Moïse Uzunga Wathum a évoqué un bilan provisoire de plus d’une dizaine de personnes tuées. Parmi les victimes signalées figuraient un enfant de trois ans et un officier des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

    Le 28 octobre, six corps ont été signalés dans les villages de Musekere, Muganga et Gobu. Ce bilan communiqué par Ézéchiel Borigo Dhewi, chef du village de Torgess, pourrait concerner des victimes des attaques du 25 octobre déjà prises en compte dans d’autres estimations. Il ne peut donc pas être automatiquement ajouté au bilan précédent.

    D’autres violences ont été documentées dans la nuit du 26 au 27 octobre, avec quinze maisons incendiées dans le groupement Bouku, selon la société civile des Bahema-Nord citée par Radio Candip. Des incursions ont également été rapportées à Lodja et Otse. Le 27 octobre, dans la région de Lala, près de Lotinga, une personne âgée a été tuée et plusieurs autres blessées, selon les informations publiées par buniaactualite.cd.

    Enfin, le 29 octobre, trois morts et six blessés, dont quatre grièvement, ont été signalés lors de nouvelles violences attribuées à la CODECO aux environs du site de déplacés de Plaine Savo, près de Bule. Ce bilan, communiqué par Salomon Pinzile Lolé, responsable de la société civile des Bahema-Badjere, n’avait pas encore fait l’objet d’une confirmation indépendante.

    Au 31 octobre, ces informations établissent une succession d’incidents meurtriers, mais ne permettent pas de déterminer avec certitude le nombre total de victimes. Certains bilans pourraient se recouper, tandis que plusieurs disparitions demeurent sans clarification. Aucun décompte officiel consolidé couvrant l’ensemble de cette période n’a été identifié, surtout dans une province de l’Ituri où ces derniers mois les sources officielles ne communiquent quasiment plus.

    Au-delà des morts, les conséquences sont considérables pour les habitants. Après les attaques du 25 octobre, plusieurs centaines de familles, dont certaines étaient récemment retournées dans leurs villages, ont fui vers Mukambo, dans le territoire voisin de Mahagi. D’autres ont rejoint les localités riveraines du lac Albert et, selon la société civile, certaines familles ont traversé la frontière ougandaise.

    Cette nouvelle vague de déplacements compromet les tentatives de retour durable des populations. Des familles qui avaient commencé à reprendre leurs activités agricoles se retrouvent à nouveau contraintes d’abandonner leurs habitations, leurs champs et parfois leurs moyens de subsistance.

    Les conséquences touchent également l’éducation, le commerce et l’approvisionnement. À Lodja, Otse et dans la région de Lala, des activités scolaires et commerciales ont été interrompues à la suite des violences. L’insécurité dans les zones agricoles menace aussi les circuits d’approvisionnement des marchés.

    Cette fragilité économique s’était déjà manifestée après l’assassinat de trois chauffeurs à Pimbo, le 13 octobre, lors de violences attribuées à la CODECO. La suspension du trafic des poids lourds sur la RN27 avait perturbé le transport des marchandises et contribué aux inquiétudes concernant l’approvisionnement de Bunia. Une hausse du prix de l’essence avait notamment été observée, sans qu’il soit possible de l’attribuer exclusivement à cette interruption.

    Sur le plan humanitaire, les nouvelles violences surviennent dans un territoire déjà fragilisé. Un rapport d’OCHA publié le 15 octobre faisait état de plus de 24 600 personnes déplacées lors de la reprise des affrontements de fin septembre. L’organisation avait également signalé des perturbations de l’assistance humanitaire et des activités de lutte contre Ebola. Ce chiffre concerne cependant les violences de septembre et ne constitue pas le bilan des déplacements enregistrés durant les deux dernières semaines d’octobre.

    Cette succession d’attaques intervient alors que l’état de siège, instauré en mai 2021, a de nouveau été prorogé pour quinze jours à compter du 29 octobre. Les autorités maintiennent ce dispositif exceptionnel pour poursuivre les opérations militaires contre les groupes armés.

    Les FARDC continuent d’ailleurs d’affronter d’autres mouvements actifs dans Djugu. Le 29 octobre, à Bule-centre, un militaire et trois combattants de la Convention pour la révolution populaire (CRP) ont été tués dans des affrontements, selon des sources sécuritaires citées par Radio Okapi. Cet incident, distinct des attaques attribuées à la CODECO, montre la coexistence de plusieurs foyers de violence dans le même territoire.

    Il serait donc inexact de conclure que l’armée ne mène aucune opération. Mais les opérations contre CODECO semblent peu communiquées. En revanche, la répétition des attaques contre les civils justifie un examen des moyens déployés, de la couverture sécuritaire des villages et de la capacité des forces présentes à répondre rapidement aux alertes.

    Cette question se pose également pour les engagements pris dans le cadre du processus de paix d’Aru II. Plusieurs acteurs de la société civile dénoncent la poursuite des violences malgré les engagements de pacification. Dès le 1er octobre, le Groupe d’interaction intercommunautaire pour la pacification et la paix (GIIPP) avait notamment pointé les insuffisances du suivi des engagements et de l’accompagnement du désarmement. Ces observations constituent des pistes d’explication, sans suffire à établir les causes de chaque attaque.

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    Sur le plan national, cette nouvelle escalade coïncide avec la restructuration de l’AFC au sein du Front pour la refondation de la nation (FRN), dont Joseph Kabila a été désigné président lors d’une déclaration rendue publique le 12 octobre à Goma. Cette coalition politico-militaire affirme envisager le recours à la force contre le pouvoir de Kinshasa. Sa création a suscité des réactions politiques, notamment celle de la coalition d’opposition C64 qui, le 27 octobre, a rejeté le recours à la rébellion armée et appelé au dialogue.

    Aucun élément vérifié ne permet cependant d’établir un lien opérationnel entre cette nouvelle coalition et les attaques attribuées à la CODECO dans le territoire de Djugu. Les deux situations doivent être examinées séparément, même si elles participent à la complexité des défis sécuritaires auxquels la RDC est confrontée.

    La question ne concerne pas seulement les opérations militaires, mais aussi la protection des champs, des villages, des sites de déplacés et des voies de circulation.

    Au terme du mois d’octobre, le bilan humain exact des dernières violences à Djugu reste à consolider. Les informations disponibles montrent néanmoins que les attaques ont provoqué de nouvelles pertes humaines, aggravé les déplacements et perturbé les activités essentielles de plusieurs communautés.

    Reste une interrogation centrale. Quelles mesures concrètes permettront aux habitants de Djugu de vivre, de cultiver leurs champs et de regagner leurs villages sans être exposés à de nouvelles violences ?

    Rédaction

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