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    Un rapport accablant du Groupe d’experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo lève le voile sur une collusion inquiétante entre des élus nationaux et provinciaux, l’exploitation minière illégale et le financement de groupes armés dans la province de l’Ituri.

    L’or, ressource précieuse, se mue en monnaie d’échange pour la violence et l’instabilité, avec des répercussions désastreuses pour les populations locales.

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    Selon les informations divulguées, la quasi-totalité des sites miniers dans les territoires de Djugu et de Mahagi sont sous le contrôle de groupes armés tels que la CODECO (Coopérative pour le développement du Congo) ou le groupe Zaïre. Ces entités illégales engrangent des revenus considérables en imposant des taxes et des droits de contrôle, tout en bloquant l’accès des agents de l’administration minière. Seul le site de Lodjo, dans le territoire de Djugu, a été repris par les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo).

    Le rapport pointe du doigt des figures de proue de ces groupes armés, comme Samuel Kadogo, commandant de la CODECO/URDPC, qui régente le complexe minier aurifère de Mongbwalu-Nzebi. De son côté, le commandant zaïrois Baraka Maki supervise l’ensemble des activités économiques dans la chefferie de Mambisa.

    Des députés au cœur du trafic

    Ce qui est particulièrement choquant dans ce rapport, c’est l’implication de plusieurs députés nationaux et provinciaux dans ce réseau illégal. Floribert Ngabu Njabu, député national, est cité parmi les individus impliqués dans l’exploitation illégale de l’or dans les zones contrôlées par la CODECO, indique ledit rapport.

    Une preuve sonore accablante, précise ce document, un enregistrement authentifié datant de début 2025, révèle les activités de deux députés provinciaux, Joachim Kambale Ngendu et Jean Batchu Ngbadhe. Ces derniers évoquent ouvertement leurs exploitations minières illégales mécanisées dans la chefferie de Banyali Kilo. Plus grave encore, ils font référence à des opérations similaires menées par leurs collègues députés Serge Lonema Mbukana, Djokaba Lambi Bede, Jean Paul Ngabu Tchunde et Floribert Ngabu Njabu.

    L’enregistrement révèle un arrangement sordide : chacun de ces députés verserait la somme de 10 000 dollars par mois à la CODECO/URDPC en échange de la protection de leurs entreprises minières. De nombreuses sources ont corroboré ces informations, confirmant à la fois l’implication des élus dans ces activités illégales et les paiements effectués aux groupes armés. Le rapport souligne que de tels paiements et collaborations avec des groupes armés constituent des actes passibles de sanctions.

    Des taxes discriminatoires et un réseau d’acheteurs clandestins

    Le commandant Samuel « Kadogo » de la CODECO va jusqu’à imposer des paiements uniques pour autoriser les activités minières dans les zones sous son contrôle, avec une discrimination ethnique flagrante. Les hommes d’affaires lendu s’acquittent de 17 000 dollars, tandis que les non-Lendu sont contraints de payer 30 000 dollars, fait remarquer le même rapport consulté par buniaactualite.cd

    Le rapport identifie également les maillons de la chaîne de commercialisation illégale. Un négociant basé à Nzebi, surnommé « Tchenji », est désigné comme le principal acheteur de l’or produit à Mongwalu et Nzebi, des zones sous le joug de la CODECO. Par ailleurs, les héritiers du défunt négociant en or « Exodus » Adelard continuent d’acheter l’or de Mongbwalu via un comptoir illégal basé à Bunia.

    Ces révélations du Groupe d’experts de l’ONU, en attendant la version des faits des personnes incriminées, indiquent la gravité de la situation en Ituri, où des acteurs politiques de premier plan sont accusés de fomenter l’instabilité et la violence pour leur propre enrichissement, au détriment des populations locales et de la souveraineté de l’État.

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    Pour un analyste indépendant, ces informations soulèvent des questions urgentes sur la nécessité de lutter contre l’impunité et d’assécher les sources de financement des groupes armés pour rétablir la paix et la sécurité dans cette région.

    Rédaction

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