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    La République démocratique du Congo est souvent qualifiée de « scandale géologique » tant elle regorge de minerais. Pourtant, paradoxe cruel, sa population vit dans une précarité chronique. Le député provincial Antoine Mopepe Agamile s’interroge : « Est-ce une malédiction des ressources naturelles ? »

    Cette question prend tout son sens en province de l’Ituri, région pourtant très riche en or, en forêts et en autres ressources.

    Selon l’élu, l’Ituri n’a pas toujours été dans cette situation. Entre 1935 et 1955, la production d’or variait de 4 000 à 6 000 kilos par an. Aujourd’hui, cette richesse ne se traduit plus en développement. Au contraire, l’exploitation s’effectue dans un contexte de conflit, d’activisme des groupes armés locaux et étrangers, dont les ADF, et de militarisation des sites.

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    Le député pointe du doigt l’arrivée massive de sujets chinois sur les sites miniers, parfois sans documents d’immigration valides. Dans ce désordre, la contribution du secteur minier au trésor public reste dérisoire. L’État congolais ne récolte que les miettes d’une filière qui fait pourtant circuler des milliards.

    Citant le rapport du Groupe d’experts de l’ONU de 2026, Antoine Mopepe révèle un gouffre. En 2025, seuls 559 kg d’or ont été officiellement exportés de l’Ituri vers l’Ouganda, soit environ 58 millions de dollars. Or, les quantités réelles extraites sur les sites de Mabanga, Nizi, Yedi et autres avoisineraient 14 tonnes, pour une valeur de 1,4 milliard de dollars.

    Un manque à gagner de 1,3 milliard de dollars

    Cet écart représente un manque à gagner estimé à 1,3 milliard de dollars pour la seule année 2025. Le député chiffre ce que cela aurait pu représenter : la construction de 9 écoles, ou 3 hôpitaux, ou 1 km de route asphaltée par an. Pendant ce temps, les exportations d’or par l’Ouganda ont atteint environ 62 tonnes pour une valeur de 6,4 milliards de dollars la même année.

    Au-delà des pertes financières, l’alerte porte aussi sur la santé. La manipulation du cyanure et du mercure dans les sites miniers expose directement les enfants, les femmes et les hommes. Conséquences : troubles neurologiques, problèmes de foie et de reins, et dans les cas les plus graves, la mort. Les populations paient donc un double prix : la pauvreté et la maladie.

    Le député dénonce également de graves violations des droits humains. Dans plusieurs sites, les populations autochtones sont chassées de leurs terres. Leurs habitats sont détruits, des tombes profanées à Auko/Aru, des forêts rasées à Alivu-Nyoro/Aru, des sources d’eau et rivières polluées. Et tout cela, sans aucune indemnisation.

    Cette exploitation anarchique alimente directement les réseaux de prédation et la corruption. Pire, elle sert à financer les conflits armés qui déstabilisent l’Ituri depuis des années. La contrebande de l’or devient ainsi une arme de guerre, pendant que l’État perd le contrôle de ses ressources stratégiques.

    Face à ce désastre, Antoine Mopepe appelle à des actions correctives immédiates :

    1. Arrêter de violer les droits des peuples autochtones ;

    2. Mettre fin aux réseaux de prédation et à la corruption ;

    3. Mettre fin à la contrebande et au financement des conflits ;

    4. Réduire le désastre environnemental qui hypothèque l’avenir de la province.

    Pour le député, le constat est clair : l’Ituri saigne. Son or fait la richesse des réseaux mafieux transfrontaliers pendant que ses habitants manquent d’écoles, d’hôpitaux et de routes. L’alerte est lancée. Il revient désormais au gouvernement, aux institutions et à la société civile de prendre la mesure de cette hémorragie et d’agir pour que les ressources de l’Ituri profitent d’abord aux Ituriens.

    Nickson Manzekele

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