Le ton était grave, la colère visible et les mots d’une rare dureté. Le gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant-général Johnny Luboya N’kasama, n’a laissé place à aucune ambiguïté. Face aux membres du comité provincial de sécurité, le 13 janvier 2026, le chef de l’exécutif provincial a publiquement juré d’avoir tout mis en œuvre pour faire arrêter Thomas Lubanga Dyilo, qu’il soit vivant ou mort.
À l’occasion de la présentation officielle de présumés criminels arrêtés par la police, devant le cabinet du gouvernorat à Bunia, Luboya est sorti de sa réserve habituelle. Devant caméras et autorités sécuritaires, il s’est adressé directement à l’ancien chef de guerre, aujourd’hui à la tête de la Convention pour la Révolution Populaire (CRP).
« Thomas Lubanga, écoute-moi bien. Je vais te faire arrêter. Tu ne jouiras jamais de l’argent que tu as volé, un million deux cent mille. J’ai déjà tout fait. Il n’y a aucun endroit où tu peux te cacher. Même là où tu es, on viendra t’arrêter. Crois-moi. Même le diable n’a pas ta tête, le diable est même plus beau que toi », a lancé le gouverneur, visiblement hors de lui.
Ces propos, d’une violence verbale assumée, traduisent la détermination affichée des autorités militaires face à ce qu’elles considèrent comme une tentative de résurgence des démons du passé ayant ensanglanté l’Ituri.
Un passé lourd devant la justice internationale
Thomas Lubanga Dyilo n’est pas un inconnu de l’histoire tragique de l’Ituri. Ancien chef de l’Union des patriotes congolais (UPC), il a été le premier Congolais condamné par la Cour pénale internationale (CPI). En 2012, il avait été reconnu coupable de crimes de guerre pour l’enrôlement et l’utilisation d’enfants soldats lors du conflit iturien du début des années 2000. Condamné à 14 ans de prison, il avait purgé sa peine avant d’être libéré.
Pour certains observateurs, son retour sur la scène politico-militaire à travers la CRP sonne comme une provocation. Pour les autorités provinciales, il s’agit d’une ligne rouge franchie par un homme dont le passé judiciaire continue de peser lourdement.
Tolérance zéro face aux fauteurs d’instabilité
Le message du gouverneur militaire est clair : aucune complaisance ne sera accordée, quels que soient le passé, la notoriété ou les soutiens dont pourrait bénéficier Thomas Lubanga. Johnny Luboya entend démontrer que l’état de siège n’est pas un slogan, mais un engagement ferme à restaurer l’autorité de l’État et une paix durable en Ituri.
« Je fais en sorte qu’il rêve de moi chaque jour (…) je vous le jure, il sera arrêté », a-t-il martelé.
Reste à savoir jusqu’où ira cette traque annoncée et si ces paroles se traduiront rapidement en actes concrets. Une chose est certaine : en Ituri, le nom de Thomas Lubanga est de nouveau au cœur de la tempête, et le pouvoir militaire semble déterminé à ne plus reculer.
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