Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a réaffirmé ses réserves à l’égard de la Constitution du 18 février 2006, tout en laissant aux parlementaires de sa majorité la responsabilité politique d’engager ou non sa modification. Ces déclarations, rapportées dimanche 25 octobre 2026, interviennent dans un contexte de débat sur une éventuelle révision constitutionnelle et l’avenir du pouvoir présidentiel après 2028.
Le chef de l’État s’est exprimé samedi 24 octobre, à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, lors d’une rencontre avec les députés nationaux et sénateurs de l’Union sacrée de la Nation (USN), sa plateforme politique.
Selon plusieurs médias, citant une source ayant participé à cette réunion, Félix Tshisekedi a exprimé ouvertement son désaccord avec l’actuelle loi fondamentale.
« Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez. Vouloir la changer ou la toucher, c’est votre responsabilité. Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là », aurait-il déclaré devant les élus de sa majorité.
Le président a également insisté sur les objectifs qu’il estime devoir poursuivre à la tête du pays.
« Mais sachez que j’ai une mission : celle de mettre le pays sur les rails, d’installer une paix véritable et durable », a-t-il ajouté, selon les mêmes sources.
Ces propos interviennent alors que Félix Tshisekedi aurait également assuré, au cours de cette rencontre, ne pas avoir l’intention de dépasser le mandat que lui confère actuellement la Constitution.
Il aurait notamment présenté le dialogue national envisagé comme une démarche visant à améliorer le fonctionnement du pays, et non comme un mécanisme destiné à prolonger son maintien au pouvoir.
La référence à l’année 2028, échéance de son deuxième mandat présidentiel, intervient néanmoins dans un contexte où une éventuelle modification de la Constitution suscite des divergences politiques.
Le débat n’est pas nouveau. Dès 2024, Félix Tshisekedi avait exprimé sa volonté de revoir certaines dispositions de la Constitution, estimant qu’elles devaient être adaptées aux réalités du pays. Il avait alors contesté les interprétations associant automatiquement cette démarche à la recherche d’un troisième mandat.
Les nouvelles déclarations du chef de l’État surviennent également au lendemain de l’adoption, le 23 octobre, par l’Assemblée nationale, de la loi fixant les conditions d’organisation du référendum, après la reformulation de treize articles à la suite d’observations de la Cour constitutionnelle.
Cette adoption ne constitue toutefois pas, en elle-même, une décision de réviser la Constitution.
Sur le plan juridique, l’article 218 de la Constitution attribue l’initiative d’une révision au président de la République, au gouvernement après délibération en Conseil des ministres, à chacune des chambres du Parlement à l’initiative de la moitié de ses membres, ainsi qu’à 100 000 citoyens par voie de pétition.
La responsabilité d’une éventuelle révision ne relève donc pas exclusivement des élus de l’Union sacrée, même si ceux-ci peuvent politiquement soutenir une telle initiative.
Le texte constitutionnel prévoit également des limites précises. Son article 220 interdit notamment toute révision du nombre et de la durée des mandats présidentiels, tandis que l’article 219 exclut une révision pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège.
A lire aussi : Révision Constitutionnelle : « Tshisekedi m’a déçu » lance Jean-Marc Kabund
Cette dernière disposition mérite une attention particulière dans le contexte actuel, puisque l’état de siège a encore été prorogé en octobre dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.
Les déclarations du président ont suscité des réactions. Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), a notamment rappelé qu’une Constitution ne relève pas d’une appréciation personnelle, mais constitue une norme qui s’impose aux gouvernants.
« Une constitution, on n’est pas appelé à l’aimer mais à s’y soumettre, surtout quand le pouvoir qu’on exerce découle d’elle », a-t-il réagi.
Si les partisans d’une réforme constitutionnelle défendent la nécessité d’adapter les institutions aux réalités nationales, ses opposants redoutent notamment une remise en cause des garanties encadrant l’alternance politique.
À ce stade, aucun projet précis de modification constitutionnelle n’a été présenté dans les déclarations rapportées de la rencontre du 24 octobre.
La question demeure donc de savoir quelles dispositions pourraient être concernées, selon quelle procédure et dans quel calendrier.
A lire aussi : Changement ou modification de la Constitution : Tshisekedi inarrêtable
Rédaction

