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    Alors que le gouverneur militaire de l’Ituri vient de signer un arrêté imposant des mesures sanitaires particulièrement strictes pour contenir la dix-septième épidémie d Maladie à virus Ebola, un autre document, beaucoup moins médiatisé, risque de peser sur l’efficacité de la riposte.

    Le mémorandum adressé le 5 juillet au gouverneur militaire par des prestataires de la riposte révèle un malaise profond au sein même des équipes censées mettre en œuvre les décisions des autorités.

    À première vue, les deux documents poursuivent le même objectif, celui de arrêter la propagation du virus. Mais leur lecture croisée soulève un contraste important entre les exigences imposées à la population et les difficultés dénoncées par ceux qui sont chargés de les faire appliquer.

    Une riposte de plus en plus exigeante

    L’arrêté provincial signé le 29 juin renforce considérablement les obligations imposées aux habitants.

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    Il prévoit notamment la limitation du nombre de passagers dans les transports, le renforcement des contrôles sanitaires, l’encadrement des rassemblements, des sanctions financières importantes ainsi que de nouvelles exigences pour les établissements de santé et les motos-taxis.

    Ces mesures traduisent, dans une certaine mesure, une volonté de casser rapidement la chaîne de transmission du virus.

    Mais leur efficacité dépend d’un facteur souvent moins visible. Il s’agit ici de la disponibilité d’équipes opérationnelles capables d’assurer quotidiennement la surveillance, les enterrements dignes et sécurisés, le suivi des contacts, les contrôles aux points d’entrée, la sensibilisation communautaire et la prise en charge médicale.

    Le malaise des équipes de terrain

    Dans la pratique, c’est précisément sur ce point que le mémorandum attire l’attention.

    Les prestataires affirment n’avoir reçu aucune rémunération depuis le début de l’épidémie.

    Ils dénoncent également un barème jugé insuffisant ; le manque de moyens opérationnels ; le recrutement massif de personnels venus d’autres provinces au détriment de la main-d’œuvre locale ; des relations difficiles avec certaines équipes déployées depuis Kinshasa.

    « Ces griefs dépassent la seule question salariale », a commenté un analyste indépendant. Ils renvoient à la gouvernance même de la riposte, à la gestion des ressources humaines et au climat de « confiance » indispensable dans une urgence sanitaire.

    Une contradiction avec les annonces nationales ?

    Ces revendications interviennent alors que le Gouvernement central a multiplié les annonces sur les financements mobilisés.

    Au cours de sa mission à Bunia, le ministre de la Santé avait annoncé la mobilisation de plusieurs dizaines de millions de dollars destinés à soutenir la riposte, évoquant notamment des appuis du Gouvernement, de l’Africa CDC ainsi que d’autres partenaires internationaux.

    Le ministre avait également insisté sur un principe devenu central : la transparence.

    « Il ne faut pas qu’on entende des millions et que nous-mêmes ne sachions pas où ils sont », avait-il déclaré, appelant à un meilleur suivi des financements et à une coordination unique de la riposte.

    Si des financements importants sont annoncés au niveau national, pourquoi les équipes de première ligne affirment-elles ne pas être rémunérées ? Autant de questions que se posent certains internautes en Ituri.

    Le document ne permet pas, à lui seul, d’établir qu’il existe un détournement ou une mauvaise gestion des fonds.

    En revanche, l’on peut deduire un possible décalage entre les ressources annoncées, leur décaissement effectif et leur arrivée jusqu’aux acteurs de terrain.

    Depuis plusieurs semaines, la riposte fait face à une résistance communautaire importante.

    Des centres de traitement ont été incendiés. Des équipes sanitaires ont été agressées. Des enterrements dignes et sécurisés ont été empêchés. Des malades confirmés ont pris la fuite après des attaques contre des structures de santé.

    Dans un tel contexte, fragiliser les équipes de terrain par des retards de paiement ou un manque de moyens constitue un risque supplémentaire pour la maîtrise de l’épidémie.

    Une riposte ne repose pas uniquement sur des arrêtés, des véhicules ou des centres de traitement, a estimé un autre internaute.

    Elle dépend aussi de la motivation et de la disponibilité des milliers d’agents qui travaillent quotidiennement au contact des populations.

    La nécessité d’une clarification

    Le mémorandum ouvre finalement plusieurs questions auxquelles les autorités gagneraient à répondre rapidement.

    Les primes réclamées sont-elles effectivement en retard ?

    À quel niveau administratif se situe le blocage ?

    Les financements annoncés ont-ils déjà été décaissés ou sont-ils encore en cours de mobilisation ?

    Quelle part est destinée aux ressources humaines ?

    Comment est organisé le recrutement entre personnels locaux et équipes venues d’autres provinces ?

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    Ces interrogations rejoignent d’ailleurs les appels du ministre de la Santé en faveur d’une meilleure redevabilité financière et d’une coordination plus transparente de la riposte.

    Une urgence sanitaire qui exige aussi une gouvernance exemplaire

    L’Ituri mène aujourd’hui une bataille difficile contre Ebola. L’adoption de mesures contraignantes traduit la volonté des autorités de contenir rapidement l’épidémie.

    Mais leur succès dépendra autant de l’adhésion des populations que de la confiance des équipes chargées de les appliquer.

    Dans une crise sanitaire de cette ampleur, la rapidité des décisions doit s’accompagner d’une gestion transparente des ressources, d’une communication permanente avec les intervenants et d’une réponse rapide aux préoccupations des acteurs de première ligne.

    Car une riposte efficace ne se mesure pas seulement au nombre de décisions prises, mais aussi à la capacité de transformer les engagements financiers et politiques en actions concrètes sur le terrain.

    Rédaction

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