À Bunia, l’école a rouvert ses portes le 1er septembre alors qu’Ebola, lui, continue de circuler. La République démocratique du Congo comptait déjà plusieurs milliers de cas confirmés à la veille de cette rentrée, avec l’Ituri comme principal foyer de l’épidémie.
On ne peut pas demander à un enfant de combattre Ebola comme un médecin. Mais on peut lui apprendre des gestes qui réduisent les risques de contamination.
Et cette année, la première leçon commence peut-être avant même d’ouvrir le cahier.
Première leçon : ces mains qui tiennent ton stylo doivent rester propres
À l’entrée de certaines écoles, des dispositifs de lavage des mains ont été installés.
Ce n’est pas de la décoration.
Avant d’entrer en classe, après être allé aux toilettes, avant de manger et chaque fois que cela est nécessaire, prends l’habitude de te laver correctement les mains avec de l’eau et du savon lorsque ceux-ci sont disponibles.
Tes mains tiennent ton stylo, tournent les pages de ton cahier, ouvrent les portes et touchent de nombreux objets au cours d’une journée.
Cette année, apprendre à les garder propres fait aussi partie de ton éducation.
Deuxième leçon : partager son amitié ne signifie pas tout partager
À l’école, on apprend à partager.
Mais en période d’épidémie, certaines choses doivent rester personnelles.
Ton gobelet, ta bouteille d’eau, ta nourriture et les autres objets personnels susceptibles d’être souillés ne doivent pas circuler inutilement entre plusieurs camarades.
Ce n’est pas devenir égoïste.
C’est apprendre qu’on peut aimer son camarade tout en évitant certains comportements à risque.
Ebola se transmet notamment lorsqu’une personne entre en contact direct avec le sang ou d’autres liquides biologiques d’une personne malade, ou avec des objets et surfaces contaminés.
Voilà pourquoi l’hygiène et la prudence comptent.
Troisième leçon : si tu ne te sens pas bien, parle
C’est probablement l’une des leçons les plus importantes de cette rentrée.
Si tu as de la fièvre ou si tu te sens soudainement très faible, si tu vomis ou présentes d’autres symptômes inhabituels, ne te cache pas par peur d’être renvoyé de l’école ou moqué par tes camarades.
Parle à ton enseignant ou à un adulte responsable.
Et si un camarade tombe malade, ne te moque pas de lui.
Ne l’appelle surtout pas « Ebola ».
Avoir de la fièvre ne signifie pas automatiquement avoir Ebola. Plusieurs maladies peuvent provoquer des symptômes similaires.
Ce sont les professionnels de santé qui doivent déterminer ce qui se passe.
À l’école, notre responsabilité est d’alerter rapidement, pas de poser un diagnostic.
Quatrième leçon : ne touche jamais un liquide biologique à mains nues
Voici une règle que chaque élève devrait retenir.
Si un camarade vomit, saigne ou présente un autre liquide biologique, n’y touche pas à mains nues.
N’essaie pas de nettoyer toi-même.
Éloigne-toi calmement et préviens immédiatement ton enseignant ou un autre adulte responsable.
Ce geste peut sembler simple, mais il est essentiel.
Dans une épidémie d’Ebola, vouloir aider ne signifie pas prendre des risques inutiles.
Parfois, la meilleure façon d’aider est d’alerter rapidement quelqu’un qui sait quoi faire.
Cinquième leçon : ne transforme pas Ebola en rumeur
Il existe un autre virus qui peut entrer facilement dans une école : la fausse information.
« Cette personne a Ebola. »
« Cette école est contaminée. »
« Cet enseignant est malade. »
Une phrase lancée sans preuve peut provoquer la panique en quelques minutes.
Avant de transférer une information dans un groupe WhatsApp ou de raconter quelque chose entendu dans la cour, demande-toi : qui l’a confirmé ?
Pendant une épidémie, une fausse information peut faire beaucoup de dégâts.
Être un bon élève cette année, c’est aussi apprendre à ne pas devenir soi-même un relais de rumeurs.
Sixième leçon : ce que tu apprends à l’école doit rentrer avec toi à la maison
Le soir, lorsque tu quittes l’école, n’abandonne pas les bonnes habitudes au portail.
Explique à tes petits frères et petites sœurs pourquoi il faut se laver les mains.
Rappelle à la maison qu’une personne qui présente des symptômes suspects doit être rapidement orientée vers les services compétents.
Dis à tes proches qu’il ne faut pas propager des rumeurs sur les malades.
Un enfant bien informé peut devenir un excellent relais de prévention dans sa propre famille.
Imagine alors ce que peuvent faire des milliers d’élèves bien informés dans toute l’Ituri.
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Septième leçon : Ebola ne doit pas nous apprendre à avoir peur les uns des autres
C’est peut-être la leçon la plus difficile.
Parce qu’un camarade a été malade, parce qu’un membre de sa famille a eu Ebola ou parce qu’il revient après avoir été soigné, il ne devient pas ton ennemi.
La peur peut facilement produire la stigmatisation.
Et la stigmatisation peut pousser certaines personnes à cacher leurs symptômes ou à éviter de demander de l’aide.
L’école doit donc rester un lieu où l’on apprend à se protéger sans rejeter les autres.
Prudence ne signifie pas discrimination.
Et si Ebola arrive dans ton école ?
Ne panique pas.
Ce n’est ni aux élèves ni aux parents de décider seuls de ce qu’il faut faire.
Les responsables scolaires, les autorités sanitaires et les équipes de riposte disposent des procédures à suivre lorsqu’une alerte est signalée.
Selon la situation, certaines activités scolaires peuvent être temporairement adaptées.
L’essentiel est que les familles soient rapidement informées et que les enfants continuent d’apprendre selon les mécanismes retenus par les autorités compétentes.
Car même lorsqu’une classe doit s’arrêter temporairement, l’apprentissage, lui, ne doit pas nécessairement s’arrêter.
Cette année, retiens aussi tes gestes
Habituellement, on reconnaît un bon élève à ses cahiers propres, à ses devoirs bien faits et aux leçons qu’il sait réciter.
Cette année en Ituri, il faudra ajouter autre chose.
Un bon élève sera aussi celui qui se lave correctement les mains. Celui qui ne touche pas aux liquides biologiques d’une personne malade. Celui qui signale rapidement lorsqu’il ne se sent pas bien. Celui qui ne stigmatise pas un camarade malade ou guéri.
Celui qui refuse de propager une rumeur.
Et celui qui ramène les bons messages de prévention jusque dans sa famille.
Nickson Manzekele

