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    Ce mardi 1er septembre 2026, deux réalités se sont croisées dans les cours d’école de l’Ituri. D’un côté, la cloche annonçant la rentrée scolaire 2026-2027. De l’autre, une épidémie d’Ebola qui continue de rappeler que les gestes les plus ordinaires peuvent désormais être accompagnés de précautions sanitaires.

    À l’entrée de certaines écoles, les enfants se lavent les mains avant de rejoindre leurs salles de classe. Des parents, eux, observent avec inquiétude. Car cette rentrée n’est pas comme les autres : elle commence alors que l’Ituri demeure l’épicentre de la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola que connaît la République démocratique du Congo.

    Une rentrée au cœur de l’épicentre

    Déclarée en mai dernier, l’épidémie a franchi en août le cap symbolique des cent jours. Au 24 août, plus de 5 200 cas avaient déjà été enregistrés en RDC. L’Ituri concentrait alors environ 85 % des cas et 79 % des décès.

    Les données ont continué d’évoluer rapidement : au 26 août, l’Organisation mondiale de la Santé faisait état de 5 794 cas confirmés en RDC, dont 4 802 en Ituri. Vingt-huit des 36 zones de santé de la province avaient déjà rapporté des cas.

    Dans ces conditions, ouvrir les écoles ne pouvait être une décision banale.

    Les autorités éducatives ont pourtant choisi de maintenir la rentrée au 1er septembre. Leur pari est clair : éviter que la crise sanitaire ne se transforme également en crise éducative.

    Mais sur le terrain, cette décision n’a pas fait l’unanimité.

    L’Intersyndicale des enseignants de l’Ituri a notamment exprimé ses inquiétudes et demandé davantage de garanties sanitaires. Des organisations communautaires et des acteurs de la jeunesse ont également appelé à différer la reprise ou à renforcer préalablement les dispositifs de prévention.

    Derrière ces positions se cache une question que beaucoup de parents se posent : comment envoyer sereinement un enfant à l’école lorsque l’épidémie continue de progresser ?

    Entre peur d’Ebola et peur d’une année perdue

    Les parents sont probablement ceux qui vivent le plus directement ce dilemme.

    Garder l’enfant à la maison peut sembler rassurant. Mais combien de temps ? Une semaine ? Un mois ? Jusqu’à la fin de l’épidémie ?

    L’expérience récente montre par ailleurs que les crises sanitaires ne produisent pas seulement des décès directement liés à la maladie. Elles perturbent aussi l’accès aux autres services essentiels.

    En Ituri, l’UNICEF avait déjà constaté entre avril et juin une baisse de 42 % du recours aux services essentiels de santé dans plusieurs foyers importants de l’épidémie, notamment Bunia, Mongbwalu, Nizi et Rwampara.

    Cette donnée doit nous interpeller : lorsque la peur ferme les portes des services essentiels, une crise peut en engendrer d’autres.

    Il en va également de l’école.

    Chaque semaine d’apprentissage perdue peut accentuer les difficultés des enfants déjà fragilisés par les déplacements, la pauvreté ou les violences armées.

    Mais maintenir les écoles ouvertes sans conditions sanitaires suffisantes serait tout aussi irresponsable.

    C’est précisément là que se trouve le véritable débat.

    La question n’est plus seulement « ouvrir ou fermer »

    Opposer mécaniquement le droit à l’éducation au droit à la santé conduit à une impasse.

    La véritable question est plutôt celle-ci : dans quelles conditions une école peut-elle fonctionner pendant une épidémie sans devenir un espace supplémentaire de transmission ?

    Les autorités éducatives affirment avoir préparé la rentrée. Des inspecteurs, responsables éducatifs et représentants des parents ont notamment été formés à la prévention d’Ebola en milieu scolaire. Des formateurs devaient ensuite être déployés dans les sous-divisions afin d’accompagner les établissements.

    C’est nécessaire.

    Mais une formation organisée à Bunia ne protège aucun enfant si ses enseignements ne descendent pas jusqu’à la dernière école de l’intérieur.

    Un dispositif de lavage des mains annoncé ne protège personne s’il n’y a pas régulièrement de l’eau.

    Un équipement sanitaire ne sert à rien s’il est installé uniquement pour la cérémonie de rentrée.

    C’est désormais sur cette réalité quotidienne que les autorités doivent être jugées.

    L’enseignant devient aussi un acteur de prévention

    Cette épidémie modifie également, temporairement, le rôle de l’enseignant.

    Il reste avant tout éducateur. Mais dans une école située en zone épidémique, il devient aussi un relais essentiel de prévention.

    Non pas un médecin.

    Non pas un épidémiologiste.

    Encore moins quelqu’un chargé de poser un diagnostic.

    Son rôle consiste à connaître les consignes sanitaires officielles, à encourager les comportements de prévention, à reconnaître une situation nécessitant une alerte et à savoir vers quel mécanisme orienter l’enfant concerné.

    Cette distinction est fondamentale.

    Un enfant présentant un symptôme ne doit pas devenir la cible de ses camarades. Ebola ne doit pas introduire dans les écoles une nouvelle forme de stigmatisation.

    L’école doit apprendre aux enfants à se protéger sans leur apprendre à avoir peur les uns des autres.

    Un enfant sensibilisé peut sensibiliser toute une famille

    Il existe d’ailleurs une opportunité derrière cette crise.

    Chaque école peut devenir un puissant espace d’éducation sanitaire.

    Un enfant qui apprend correctement pourquoi il faut se laver les mains peut reproduire ce comportement à la maison.

    Celui qui comprend qu’il faut signaler rapidement certains symptômes peut transmettre ce message à ses parents.

    Celui qui apprend à ne pas propager une rumeur peut devenir un rempart contre la désinformation dans sa propre famille.

    Voilà pourquoi la craie peut participer à la riposte.

    Pas parce qu’elle « vaincra » Ebola à elle seule, mais parce que l’éducation peut transformer des milliers d’élèves en relais de comportements responsables.

    Et si une école est directement confrontée à un cas ?

    C’est ici que les autorités doivent être particulièrement transparentes.

    Chaque établissement devrait savoir, avant même qu’un incident survienne, quelle procédure appliquer : qui appeler ? Comment protéger l’enfant concerné ? Comment informer les parents ? Qui décide d’une éventuelle suspension des cours ? Dans quelles conditions les activités reprennent-elles ?

    L’improvisation est probablement l’un des plus grands risques en période d’épidémie.

    Des mécanismes alternatifs d’apprentissage peuvent également devenir nécessaires lorsque les conditions sanitaires empêchent temporairement la fréquentation normale d’un établissement.

    Mais parler d’enseignement à distance en Ituri exige aussi du réalisme.

    Toutes les familles n’ont pas Internet. Toutes ne disposent pas d’un smartphone. Certains parents ne savent ni lire ni écrire. D’autres vivent dans des zones où la couverture téléphonique elle-même reste problématique.

    Un véritable plan de continuité pédagogique doit donc combiner plusieurs solutions adaptées au contexte : supports imprimés, accompagnement des parents, radios éducatives lorsque cela est possible et autres mécanismes accessibles aux enfants les plus vulnérables.

    Ne pas transformer la peur en politique éducative

    Fermer une école ne fait pas automatiquement disparaître Ebola.

    L’enfant qui n’est pas en classe continue de vivre dans une communauté : il fréquente sa famille, ses voisins, parfois les marchés, les lieux de culte ou les espaces de jeu.

    Mais cet argument ne doit jamais devenir un prétexte pour ouvrir une école insuffisamment préparée.

    L’enjeu est donc d’organiser l’espace scolaire de manière à réduire les risques autant que possible et à appliquer rigoureusement les recommandations des autorités sanitaires.

    C’est à cette condition que l’école peut devenir non seulement un lieu d’apprentissage, mais aussi un espace de prévention.

    La craie face au virus

    Cette rentrée scolaire place finalement l’Ituri devant un test collectif.

    Celui de l’État, qui doit transformer ses annonces en dispositifs réellement disponibles dans les écoles.

    Celui des responsables scolaires, qui doivent faire respecter les mesures sanitaires sans céder au relâchement après quelques semaines.

    Celui des enseignants, appelés à éduquer sans propager la peur.

    Celui des parents, qui doivent rester vigilants sans abandonner l’éducation de leurs enfants.

    Et celui des élèves eux-mêmes, qui devront apprendre qu’en période d’épidémie, certains gestes simples peuvent protéger une famille entière.

    Alors oui, la craie doit continuer d’écrire.

    Mais à côté du tableau noir, il faudra de l’eau, du savon, de l’information fiable, des mécanismes d’alerte fonctionnels et surtout une surveillance permanente de la situation sanitaire.

    Car le véritable choix n’est pas entre l’école et la vie.

    Le défi consiste à protéger la vie sans condamner l’école.

    Nickson Manzekele

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