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    La prise de position attribuée à des groupes Wazalendo du Nord-Kivu contre une éventuelle motion de défiance visant le ministre d’État Muhindo Nzangi Butondo soulève une question qui dépasse la seule affaire des 57 millions de dollars du projet agricole PEJAB. Pourquoi des combattants engagés dans la guerre contre l’AFC/M23 interviennent-ils dans une procédure de contrôle parlementaire ?

    Des recherches dans les archives médiatiques, les rapports des Nations unies et les travaux d’instituts spécialisés révèlent des relations politiques anciennes entre le ministre et certains réseaux Wazalendo. Elles ne permettent cependant pas d’établir qu’il dirige clandestinement ces groupes armés.

    L’affaire prend une nouvelle dimension vendredi 23 octobre 2026. Alors que la députée nationale Hermione Bolumbe Bakando s’engage dans une possible motion de défiance contre le ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, plusieurs médias congolais rapportent une déclaration de soutien attribuée aux Wazalendo du Nord-Kivu.

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    Selon une source, cette déclaration aurait été lue depuis une ligne de front. Les auteurs présumés dénoncent une démarche qu’ils considèrent comme politiquement motivée plutôt que fondée sur un véritable contrôle parlementaire.

    Authentik rapporte également que les soutiens du ministre contestent les accusations formulées contre lui et réclament, en retour, une enquête visant la députée Hermione Bolumbe, qu’ils soupçonnent de collusion avec l’ancien président Joseph Kabila.

    Ces accusations contre l’élue ne sont accompagnées d’aucune preuve indépendante dans les publications consultées.

    Une première limite apparaît. Les articles annonçant cette prise de position n’identifient pas clairement les groupes armés signataires, leurs commandants ni l’identité du porte-parole ayant lu la déclaration. Aucun communiqué original authentifié n’a pu être examiné.

    L’existence d’une position favorable à Muhindo Nzangi est donc rapportée par plusieurs médias, mais son attribution à l’ensemble des Wazalendo du Nord-Kivu ne peut être considérée comme établie. Cependant, une vidéo relayée par plusieurs journalistes et médias montrent un groupe, bien armé, procédé à la lecteure de ce communiqué visant essentiellement « à dire non » à cette démarche parlementaire. Une démarche qu’il considère de « made in Rwanda ».

    Cette précaution est importante. Les Wazalendo ne constituent pas une organisation unique dotée d’un commandement central exerçant une autorité incontestée sur toutes les factions.

    Ce terme, signifiant « patriotes » en swahili, désigne une diversité de groupes armés locaux, dont plusieurs combattent aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo contre l’AFC/M23. Les structures, les intérêts, les responsables et les alliances varient considérablement d’un groupe à l’autre.

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    L’expression « les Wazalendo soutiennent Muhindo Nzangi » doit donc être interprétée avec prudence tant que les auteurs précis de la déclaration ne sont pas identifiés.

    Des relations qui remontent au moins à 2023

    Si l’identité des auteurs du soutien annoncé en octobre 2026 reste à préciser, les liens politiques publics entre Muhindo Nzangi et la mouvance Wazalendo ne datent pas de cette affaire.

    Le 6 mars 2023, alors ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Muhindo Nzangi s’exprime à Goma sur la mobilisation des groupes armés locaux contre la rébellion du M23.

    Dans une déclaration rapportée le 8 mars par AfricaNews RDC, il annonce que les combattants présentés comme patriotes pourraient être reconnus dans le cadre du dispositif de réserve militaire et bénéficier d’un accompagnement du gouvernement.

    « Les Wazalendo, les jeunes patriotes et tous ceux qui ont déjà tiré une balle sont désormais reconnus par le gouvernement », avait-il notamment déclaré, selon ce média.

    Cette intervention constitue une première trace publique importante de sa participation au discours politique favorable à la mobilisation des Wazalendo.

    Le 19 novembre 2023, pendant la campagne électorale à Goma, Muhindo Nzangi salue à nouveau les combattants Wazalendo et appelle la population à soutenir leurs efforts contre le M23, selon un reportage publié par Enquête.cd.

    En janvier 2024, une publication du programme de vérification des faits Sango Ya Bomoko, relayée par Actualité.cd, reprend une autre déclaration dans laquelle le ministre défend ces combattants en les présentant comme des citoyens mobilisés pour protéger leur pays.

    Ces interventions montrent que son soutien à la mouvance Wazalendo était public bien avant la controverse parlementaire actuelle.

    Mais les documents disponibles permettent de remonter plus loin que ses seules prises de parole.

    Une participation documentée à des échanges avec des chefs de groupes armés

    Le rapport final du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, publié en juin 2024 sous la référence S/2024/432, fournit un élément particulièrement significatif.

    Dans son annexe 49, le document rapporte que 48 responsables de groupes armés venus du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri se sont rendus à Kinshasa le 8 avril 2024, à la demande de la présidence congolaise.

    Deux jours plus tard, une réunion préparatoire rassemble plusieurs représentants de ces groupes et des responsables politiques, parmi lesquels le ministre Muhindo Nzangi, mentionné dans le document sous la graphie « Mwindo Nzangi ».

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    La réunion s’inscrit dans les échanges entre les autorités congolaises et les groupes Wazalendo concernant leur mobilisation et leur coopération avec l’État.

    Ce passage établit que Muhindo Nzangi a participé, en tant que responsable politique, à des discussions impliquant des représentants de groupes armés.

    Il ne démontre cependant pas qu’il en était le commandant militaire, qu’il contrôlait personnellement leurs opérations ou qu’il disposait d’une structure armée placée sous son autorité privée.

    Un autre document apporte des précisions supplémentaires.

    Dans un rapport publié en mai 2025, intitulé « Fighting Fire with Fire in Eastern Congo: The Wazalendo Phenomenon and the Outsourcing of Warfare », le Congo Research Group et l’institut congolais Ebuteli examinent l’évolution des groupes Wazalendo et leurs relations avec les autorités.

    Les chercheurs présentent Muhindo Nzangi comme l’un des intermédiaires politiques importants dans les relations entre Kinshasa, les FARDC et certains groupes armés du Grand Nord.

    Le rapport indique notamment qu’au début de l’année 2024, Muhindo Nzangi et le député Saidi Balikwisha avaient été chargés de mobiliser de nouvelles recrues dans le cadre des initiatives soutenant les Volontaires pour la défense de la patrie.

    Cette information constitue un élément plus substantiel qu’une simple déclaration de sympathie politique. Elle situe le ministre dans des mécanismes de mobilisation liés à la stratégie sécuritaire conduite par les autorités congolaises.

    Il faut néanmoins distinguer une mission de mobilisation politique ou institutionnelle, telle que décrite par les chercheurs, d’un commandement opérationnel clandestin. Les deux notions ne sont ni juridiquement ni factuellement équivalentes.

    En 2025, un nouvel appel adressé aux Wazalendo

    La relation politique entre Muhindo Nzangi et les combattants Wazalendo apparaît également dans les prises de position du ministre contre Joseph Kabila.

    Le 30 mai 2025, Opinion Info rapporte des déclarations attribuées à Muhindo Nzangi dans une vidéo transmise à sa rédaction.

    Selon ce média, le ministre avait exhorté les Wazalendo à s’opposer activement à la présence de l’ancien président à Goma.

    Le contenu intégral et les circonstances de l’enregistrement nécessiteraient une vérification complémentaire. Néanmoins, cette publication constitue une autre trace du recours public du ministre à la mouvance Wazalendo dans un débat dépassant directement les opérations militaires contre le M23.

    Cette dimension éclaire la prise de position rapportée en octobre 2026.

    Les auteurs de la déclaration favorable au ministre mobilisent, à leur tour, un argument politique dirigé contre Joseph Kabila pour contester une initiative parlementaire.

    Il existe ainsi une convergence entre certains discours antérieurs de Muhindo Nzangi et les arguments aujourd’hui attribués à ses soutiens armés, remarque buniaactualite.cd.

    Mais cette convergence ne prouve pas que le ministre a commandé, rédigé ou organisé leur déclaration contre Hermione Bolumbe.

    En septembre 2026, une organisation de défense des droits humains, l’ARJPDH, a également vu ses accusations contre Muhindo Nzangi et Julien Paluku relayées par Zionnews. Elle leur reproche une contribution présumée à l’armement de groupes Wazalendo.

    Ces accusations restent distinctes des éléments précédemment documentés. Aucun document indépendant suffisamment probant, présenté dans cette publication, ne permet d’en établir les modalités, les responsabilités individuelles ou l’existence d’un financement personnel de groupes armés.

    Muhindo Nzangi est-il le chef caché des Wazalendo ?

    Les éléments réunis ne permettent pas de répondre positivement à cette question.

    Ils établissent une proximité politique publique, des interventions favorables à la mobilisation des Wazalendo et une participation à des échanges entre responsables gouvernementaux et représentants de groupes armés.

    Des travaux de recherche lui attribuent également un rôle d’intermédiation et de mobilisation dans le dispositif politico-sécuritaire du Grand Nord.

    En revanche, aucune preuve vérifiée dans les sources consultées ne démontre qu’il dirige personnellement l’ensemble des groupes Wazalendo, qu’il possède une chaîne de commandement clandestine ou qu’il donne directement des ordres militaires aux différentes factions.

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    Une telle affirmation nécessiterait notamment des documents établissant une autorité hiérarchique, des instructions opérationnelles, des témoignages indépendamment corroborés ou des éléments financiers démontrant un contrôle effectif.

    En l’absence de ces preuves, la qualification de « chef caché » relèverait de la spéculation.

    La véritable question journalistique porte plutôt sur la nature exacte de son influence politique auprès de certains groupes armés et sur les limites qui devraient encadrer les relations entre responsables publics et acteurs militaires non étatiques.

    Une motion parlementaire transformée en confrontation politique

    Le soutien attribué aux Wazalendo intervient dans une procédure institutionnelle bien définie.

    La députée Hermione Bolumbe Bakando a officiellement déposé sa motion de défiance vendredi 23 octobre, après avoir jugé insatisfaisantes les réponses fournies deux jours auparavant par Muhindo Nzangi lors d’une question orale avec débat.

    L’élue réclame des explications sur la gestion du Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB), financé par la Banque africaine de développement.

    Les interrogations concernent notamment l’utilisation des ressources, les montants effectivement décaissés, le nombre de jeunes accompagnés et les résultats du projet.

    De son côté, Muhindo Nzangi conteste les accusations. Devant les députés, il a expliqué que les fonds étaient mobilisés progressivement et affirmé que 1 107 jeunes avaient bénéficié de financements.

    Un autre élément doit être pris en considérationn. Selon la Banque africaine de développement, le PEJAB a été approuvé le 9 décembre 2016, soit bien avant l’arrivée de Muhindo Nzangi à la tête du ministère de l’Agriculture en août 2025.

    Les soutiens du ministre invoquent précisément cette chronologie pour contester sa mise en cause.

    L’argument mérite d’être examiné, mais il ne suffit pas à clore le débat.

    L’approbation d’un projet en 2016 ne signifie pas que toutes ses dépenses ont été exécutées cette année-là. Il faut distinguer la période de conception, les décaissements successifs, les responsabilités des différents gestionnaires et les décisions prises sous chaque ministre.

    Par ailleurs, les 57 millions de dollars évoqués correspondent à l’ordre de grandeur de l’enveloppe de financement annoncée. Les données disponibles ne permettent pas de considérer cette somme entière comme un montant définitivement décaissé et détourné.

    La responsabilité personnelle du ministre doit donc être appréciée à partir de faits précis et de sa période effective de gestion.

    Cela n’empêche pas l’Assemblée nationale de lui demander des comptes sur l’état d’un programme placé sous la responsabilité de son ministère.

    Le contrôle parlementaire ne dépend pas du soutien de groupes armés

    Les articles 146 et 147 de la Constitution congolaise organisent les mécanismes permettant à l’Assemblée nationale de mettre en cause la responsabilité d’un membre du gouvernement.

    L’article 146 prévoit notamment qu’une motion de défiance contre un ministre doit être signée par au moins un dixième des membres de l’Assemblée nationale. Son adoption exige la majorité absolue des membres composant cette institution, dans le respect des délais constitutionnels.

    Une motion de défiance ne constitue donc pas une condamnation pénale. Elle appartient au contrôle politique de l’action gouvernementale et son issue dépend des députés.

    La présomption d’innocence du ministre demeure entière concernant les accusations de détournement.

    Dans ce cadre, des citoyens, des associations et des acteurs politiques peuvent exprimer leur soutien à un membre du gouvernement ou contester publiquement une initiative parlementaire.

    La situation devient toutefois plus sensible lorsque cette contestation émane de personnes se présentant comme les représentants de groupes armés.

    Le risque ne réside pas automatiquement dans l’expression d’une opinion politique. Il apparaît lorsque le soutien prend la forme d’accusations non étayées contre une parlementaire ou lorsqu’il pourrait être perçu comme une tentative de pression sur l’exercice indépendant de son mandat.

    Aucun élément actuellement vérifié ne permet d’affirmer que les auteurs de la déclaration ont menacé physiquement Hermione Bolumbe ou entrepris une action coercitive contre l’Assemblée nationale.

    Il reste néanmoins légitime de demander pourquoi des acteurs se réclamant d’une mobilisation armée interviennent dans une procédure relative à la gestion de financements agricoles.

    La défense de la souveraineté nationale contre une rébellion et le contrôle de l’utilisation des ressources publiques constituent deux domaines distincts de l’action de l’État.

    L’engagement militaire ou patriotique revendiqué par certains groupes ne saurait, à lui seul, déterminer la responsabilité politique ou financière d’un ministre.

    Une affaire qui appelle deux clarifications distinctes

    La première concerne les 57 millions de dollars du PEJAB. Les documents financiers de la BAD, les rapports d’exécution, les montants réellement décaissés et les réalisations déclarées doivent permettre d’établir la situation du programme et les responsabilités éventuelles.

    La seconde porte sur les relations entre Muhindo Nzangi et les groupes Wazalendo. Les déclarations publiques et les recherches disponibles montrent que ces relations ne sont pas nouvelles, mais elles ne déterminent pas jusqu’où s’étend son influence sur les différents commandements armés.

    L’identification des auteurs de la déclaration du 23 octobre, de leur groupe d’appartenance et de leurs éventuels liens directs avec le cabinet ou la formation politique du ministre constitue dès lors une piste de vérification essentielle.

    Il serait également nécessaire de connaître la position de Muhindo Nzangi sur ce soutien et de vérifier s’il en a été informé ou s’il a entretenu des échanges avec ses auteurs.

    À ce stade, aucune preuve ne permet de conclure que le ministre a sollicité cette intervention.

    L’affaire illustre néanmoins une difficulté plus générale dans l’est de la RDC. Les relations développées entre certaines autorités politiques et les groupes armés mobilisés pour des objectifs sécuritaires peuvent également produire des formes de solidarité politique.

    Ce constat justifie une vigilance particulière lorsque ces solidarités apparaissent dans des procédures de contrôle démocratique.

    Pour l’État de droit, l’enjeu est de préserver simultanément la présomption d’innocence du ministre, le droit de contrôle de l’Assemblée nationale et la liberté des députés d’exercer leurs prérogatives sans intimidation.

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    Les combattants Wazalendo peuvent être concernés par les décisions de l’État en matière de sécurité. Mais le sort d’une motion de défiance contre un ministre relève exclusivement des institutions constitutionnellement compétentes.

    Dans cette affaire, la question décisive ne consiste donc pas à déterminer qui possède les soutiens politiques les plus influents, mais à établir les faits, clarifier les responsabilités et garantir que le débat parlementaire se déroule selon les règles de la République.

    La rédaction

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