L’activisme des ADF dans le territoire de Mambasa, situé à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Bunia, prend une tournure de plus en plus inquiétante. De nouvelles incursions ont été signalées dans cette zone entre la nuit du 28 au 29 mars et ce 30 mars 2026. En l’espace de trois jours, près de 400 civils auraient été enlevés, tandis que l’armée affirme avoir libéré plus de 100 otages ce même 30 mars. Mambasa centre reste sous menace, et les appels à la mobilisation générale se multiplient.
Au commencement fut la parole ?
Une nouvelle attaque attribuée aux rebelles ADF a été signalée ce 30 mars 2026 à Muchanga, un village situé à 11 kilomètres de Mambasa centre sur la RN4, axe Komanda-Mambasa. Bilan : une dizaine de personnes enlevées et du bétail emporté. La société civile de l’Ituri exige leur libération.
« La société civile, forces vives de l’Ituri, demande aux FARDC d’intensifier les opérations militaires contre les ADF et retrouver vivants ces personnes qui ont été emportées ce 30 mars 2026 à Muchanga », fait savoir Dieudonné Lossa, coordonnateur de cette structure citoyenne, d’un ton ferme et rempli de pleurs.
A lire aussi : Haut-Uele/Ituri : libération massive d’otages après des offensives contre les ADF
Cette attaque s’ajoute à celles survenues dans les villages de Masiliko, Bengasoli et Babungwe dans la nuit du 28 au 29 mars, où des structures locales évoquent une centaine de personnes enlevées, sans confirmation officielle. L’activiste des droits humains John Vuleveryo indique que les victimes sont en majorité des agriculteurs de la chefferie de Babila Bakwanza.
« Plus grave encore, ces éléments armés ADF ont procédé à l’enlèvement massif de plus de 388 civils, majoritairement des paisibles citoyens surpris dans leurs activités quotidiennes », a alerté John Vuleveryo, activiste des droits humains dont les services de monitoring font suivie permanent de la situation démographique de la population locale. Il craint une aggravation des violations des droits humains dans cette entité, où des cas sont en cours de documentation.
La jeunesse raisonne outre !
Face à cette dégradation sécuritaire, la jeunesse de l’Ituri exprime son inquiétude et appelle à une réaction plus ferme du gouvernement, estimant que la menace des ADF doit être traitée au même niveau que celle du M23/AFC.
« Nous interpellons directement le gouvernement central. La menace ne peut être reléguée au second plan, c’est un phénomène qui doit être traité comme une urgence nationale et inscrit dans les priorités nationales voire même internationales. Il faut que des actions concrètes, et des actions rapides soient mises en œuvre parce que depuis trop longtemps, la population meurt », recommande Deogratias Bungamuzi Kukwabo, président provincial de cette structure juvenile.
Un appel à la mobilisation pour la paix lancé
Sur place à Mambasa, la situation reste préoccupante. La coordination de la société civile locale appelle à une mobilisation urgente des jeunes et des leaders communautaires pour renforcer la vigilance collective et prévenir toute infiltration.
A lire aussi : Ituri : CRP, le nouvel allié des ADF ?
Chaque quartier et village est invité à rester en alerte permanente, tout en collaborant étroitement avec les services de sécurité, notamment les FARDC et la PNC, en signalant tout mouvement suspect.
Que disent les politiques ?
Les acteurs politiques s’expriment également. Le député national et premier Gouverneur de l’Ituri, Abdallah Penembaka, plaide pour un renforcement significatif des moyens militaires sur le terrain.
« Ceux-là qui sont appelés à nous sécurisés, qu’ils fassent leur travail. D’abord, il faut renforcer en effectif les FARDC, en logistique. Il faut une bonne coordination des opérations sur terrain. Que les FARDC et l’UPDF parle le même langage ».
L’armée révèle et rassure !
Engagées depuis le 11 mars dans des opérations contre les ADF après les événements de Muchacha, les forces armées annoncent des avancées et promettent de poursuivre l’offensive.
« Plus de 100 civils, nos compatriotes ont été libérés à la suite des opérations militaires menées contre ces ADF dans la localité Apodo à la frontière entre le Haut-Uele et l’Ituri. Les FARDC ont libéré ces compatriotes et nous sommes encore dans la poursuite des ADF jusqu’à ce qu’ils vont vomir tout ce qu’ils ont avalé », promet le lieutenant Jules Ngongo, porte-parole du secteur opérationnel Ituri avant d’appeler la population de Mambasa à plus de la résilience et de résistance.
Pour rappel, du 05 au 09 mars dans la chefferie de Walese Karo, les FARDC, appuyées par l’armée ougandaise (UPDF), avaient détruit quatre bastions des ADF, récupérant plus de 100 kg d’explosifs. Il avait également été rapporté la mort du médecin privé de Moussa Baluku, chef des ADF.
Nickson Manzekele

