La question revient avec insistance dans les milieux sécuritaires en Ituri : la Convention pour la Révolution Populaire (CRP), mouvement associé à Thomas Lubanga, est-elle désormais alliée aux ADF ? Entre affirmations militaires, revendications d’attaques et zones d’ombre persistantes, le débat reste ouvert, mais les signaux se multiplient.
Tout part d’une déclaration des Forces armées de la RDC. Dans un reportage publié le 15 mars, le porte-parole de l’armée en Ituri, le lieutenant Jules Ngongo Tshikudi, a affirmé sans ambiguïté : « Il n’y a plus de doute », évoquant une alliance entre la CRP et les ADF, qu’il présente en outre comme des supplétifs du M23 dans le territoire de Mambasa. Une prise de position qui marque un tournant dans la communication officielle.
Cette déclaration intervient dans un contexte particulièrement tendu. Dans la nuit du lundi à mardi 12 mars 2026, une attaque meurtrière a été signalée à une douzaine de kilomètres de Bandengaido, sur la RN4, en territoire de Mambasa. Peu après, l’État islamique en Afrique centrale (ISCAP), branche régionale de l’organisation État islamique à laquelle sont affiliés les ADF, a revendiqué l’assaut contre la zone minière de Muchacha. Le bilan avancé est lourd : plusieurs militaires et civils tués, des dizaines de personnes prises en otage, et des installations, dont celles de Kimia Mining, saccagées.
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Mais un autre élément vient complexifier la lecture des événements. Selon le lieutenant Ngongo, cette attaque aurait fait l’objet d’une double revendication. Il affirme que la CRP, par la voix d’un certain Kuratabo Augustin présenté comme communicateur du mouvement, aurait également revendiqué l’opération.
Dans la vidéo reprise dans le reportage, Kuratabo ne parle pas des ADF mais d’un certain Rafandeke qu’il présente comme leur « président » au moment de sa détention. Il présente tout de même Rafandeke comme « un dangereux » sans contextualiser. Du moins selon l’extrait relayé par l’armée.
Cependant, à ce stade, ces affirmations reposent essentiellement sur des sources militaires. Aucune confirmation indépendante n’a pu être établie publiquement pour attester ou contester de manière formelle une alliance structurée entre la CRP et les ADF. Dans un environnement aussi fragmenté que celui de l’est de la RDC, les revendications multiples et parfois concurrentes ne sont pas rares.
Sur le terrain, la CRP est régulièrement signalée dans le territoire de Djugu, tandis que les ADF restent historiquement actifs dans les zones de Beni, Irumu et Mambasa. Cette proximité géographique, combinée à la fluidité des dynamiques locales, peut favoriser des coopérations ponctuelles, sans pour autant traduire une alliance durable.
Le profil même des ADF éclaire cette complexité. À l’origine groupe rebelle ougandais, ils se sont progressivement enracinés dans l’est congolais, développant des liens opportunistes avec divers acteurs armés, souvent autour du contrôle des ressources ou des axes stratégiques. Leur affiliation à l’État islamique, sous la bannière ISCAP, reste à ce jour leur principale allégeance connue.
De son côté, la CRP, officiellement annoncée en Ouganda où résiderait son leader Thomas Lubanga, s’inscrit dans un contexte politico-militaire en recomposition. Ces dernières semaines, ce dernier a été publiquement mis sous pression par les autorités provinciales et militaires. Le gouverneur de l’Ituri a indiqué avoir entrepris des démarches pour son arrestation, tandis que l’armée lui a lancé un ultimatum, expirant en mars 2026, exigeant sa reddition.
Dans ce climat, les accusations de collusion avec des groupes classés parmi les plus violents de la région prennent une dimension particulière. Elles peuvent traduire une volonté de durcir la posture militaire, mais aussi refléter des réalités de terrain en mutation rapide.
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Une chose est certaine : la situation sécuritaire en Ituri demeure extrêmement volatile. Et dans ce contexte, chaque nouvelle attaque, chaque revendication et chaque déclaration officielle contribue à redessiner un paysage déjà particulièrement complexe.
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