Dans la chefferie des Alur Djuganda, à l’ouest du territoire de Mahagi, en province de l’Ituri, l’exploitation artisanale de l’or s’impose comme un pilier économique pour des milliers de ménages, tout en provoquant une dégradation environnementale croissante.
Dans cette zone rurale, une part importante de la population dépend directement de l’activité minière, tandis que d’autres continuent de vivre de l’agriculture et de la chasse. Les groupements de Jupakanya et d’Aukpa concentrent plusieurs sites actifs, notamment à Boma, Yamba, Nzani, Lelemodi, Lemodia, Kikwit, Kolwezi, Pkodolo et Dilolo.
Des impacts environnementaux déjà visibles
Selon la société civile locale, les effets de cette exploitation sont désormais perceptibles. Pollution des rivières, appauvrissement des sols et déforestation progressive affectent les conditions de vie des communautés.
« Nous assistons à une destruction progressive de notre environnement. Les rivières sont polluées et les terres deviennent improductives », alerte un responsable de la société civile.
Le sous-coordonnateur de cette structure, Joseph Berocan, évoque notamment la dégradation avancée de certaines collines, dont celle dite « Vis-à-vis », en grande partie détruite par l’utilisation de machines lourdes introduites par des opérateurs, parfois étrangers.
Au-delà de l’environnement, l’exploitation minière entraîne des tensions foncières. À Kogumbara, des habitants affirment avoir été contraints de quitter leurs terres après la découverte de gisements d’or, sans compensation.
« Des familles ont abandonné leurs terres sous pression », témoigne un résident.
Conditions de vie précaires sur les sites
Sur plusieurs sites miniers, notamment à Nzani-Kodo, les conditions de vie restent difficiles. L’accès à l’eau potable est limité, tandis que l’exposition aux poussières et aux déchets miniers pose des risques sanitaires.
« Nous travaillons dans ces conditions pour subvenir aux besoins de nos familles », explique une mère rencontrée sur place.
Les déchets issus de l’exploitation sont souvent rejetés sans traitement, contribuant à la pollution des cours d’eau et de l’air. Par ailleurs, de nombreux exploitants travaillent sans équipements de protection.
Les services techniques, dont le SAEMAPE, reconnaissent les impacts environnementaux et affirment mener des actions de sensibilisation.
« Nous rappelons régulièrement les normes aux exploitants, mais leur application reste limitée sur le terrain », indique un responsable local du service.
Malgré ces efforts, l’exploitation échappe en grande partie au contrôle des autorités, selon plusieurs observateurs.
Déforestation et risques à long terme
L’exploitation souterraine accentue la pression sur les ressources forestières. Le bois est massivement utilisé pour soutenir les galeries, sans politique de reboisement.
« À ce rythme, nos forêts risquent de disparaître », avertit un notable local, soulignant également les dangers liés aux fosses abandonnées après exploitation.
Ces dynamiques, combinées aux effets du changement climatique, pourraient avoir des conséquences durables sur l’agriculture, la biodiversité et la sécurité alimentaire dans la région.
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Appels à une régulation urgente
Face à cette situation, des acteurs locaux appellent à une application stricte des lois minières et environnementales.
« Sans régulation, nous compromettons l’avenir des générations futures », estime un membre de la société civile.
Dans cette partie de l’Ituri, l’exploitation artisanale de l’or illustre ainsi un dilemme majeur : entre nécessité économique immédiate et préservation des ressources naturelles à long terme.
Cette production est réalisée avec le soutien financier de Environnemental Defenders, dans le cadre des subventions pour le journalisme environnemental 2025. Le contenu relève de la seule responsabilité éditoriale de l’auteur.
Héritier Ucircan

