Malgré les efforts engagés pour assainir le secteur extractif, les ressources naturelles continuent d’alimenter l’économie des conflits dans l’est de la République du Congo.
Dans son rapport final, le Groupe d’experts des Nations Unies conclut que plusieurs groupes armés et réseaux criminels poursuivent l’exploitation ou le contrôle de chaînes d’approvisionnement liées notamment à l’or, au coltan et à d’autres minerais stratégiques, générant des revenus qui contribuent au financement des violences.
Selon les experts, l’or demeure la principale ressource convoitée. En Ituri, l’exploitation artisanale et semi-mécanisée continue de s’étendre dans plusieurs zones, tandis qu’une partie importante de la production échappe aux circuits officiels. Les enquêteurs estiment que cette situation favorise les réseaux de contrebande et prive l’État congolais d’importantes recettes fiscales.
Le rapport indique que des groupes armés imposent des taxes illégales aux exploitants miniers, aux négociants et aux transporteurs. Dans certaines localités, ils prélèvent également des redevances sur les activités économiques ou contrôlent les voies d’acheminement des minerais. Ces pratiques leur permettent de financer leurs opérations militaires et de maintenir leur influence sur les territoires où la présence de l’État reste limitée.
Les Nations Unies soulignent que ces circuits illicites ne reposent pas uniquement sur les groupes armés. Ils impliquent aussi des réseaux commerciaux transfrontaliers qui facilitent la sortie frauduleuse des minerais vers les pays voisins, où ils peuvent être intégrés aux circuits commerciaux légaux avant d’être exportés sur les marchés internationaux. Cette complexité rend les opérations de traçabilité particulièrement difficiles.
Les experts rappellent que le commerce illicite des ressources naturelles demeure l’un des principaux facteurs de résilience des groupes armés. Les revenus issus des minerais leur permettent d’acquérir des équipements, d’assurer leur logistique et de poursuivre leurs activités malgré les opérations militaires menées contre eux. Pour cette raison, la lutte contre les filières financières est considérée comme un complément indispensable aux réponses sécuritaires.
Le rapport met également en évidence les limites des mécanismes actuels de certification et de contrôle. Lorsque les minerais sont extraits ou transportés en dehors des circuits officiels, leur origine devient difficile à établir, ce qui compromet les efforts de traçabilité et favorise le blanchiment de minerais issus de zones de conflit.
Pour les Nations Unies, la stabilisation durable de l’est de la RDC ne pourra être obtenue sans une meilleure gouvernance des ressources naturelles. Cela passe notamment par le renforcement de la traçabilité des minerais, la sécurisation des sites d’exploitation, la lutte contre la fraude transfrontalière et le rétablissement de l’autorité de l’État dans les zones minières. Faute de telles réformes, préviennent les experts, les ressources naturelles continueront d’alimenter les conflits plutôt que de contribuer au développement des populations.
Rédaction

