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    La réception des Léopards de la RDC au Palais du Peuple par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, au lendemain de leur qualification pour la Coupe du Monde de la FIFA 2026, marque un moment de fierté nationale incontestable. Mais derrière l’émotion collective et l’unité symbolique que génère le football, une question s’impose : l’État congolais peut-il, dans le contexte actuel, se permettre de telles largesses ?

    La décision d’octroyer une maison et un véhicule à chaque joueur s’inscrit dans une tradition politique bien connue en Afrique, transformer une performance sportive en instrument de légitimation du pouvoir.

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    Ce geste n’est pas neutre. Il vise à capitaliser politiquement sur une rare bonne nouvelle dans un pays marqué par des crises sécuritaires persistantes, notamment en Ituri et au Nord-Kivu, deux provinces placées sous état de siège, mais secouées par l’insécurité. Il y a moins d’une semaine, près de 50 civils ont été tués dans le territoire de Mambasa, sans qu’une action ne soit prise par Kinshasa. Des milliers de personnes déplacées vivent dans des conditions précaires sans assistance garantie depuis plusieurs années, même au cœur de la ville de Bunia ou dans d’autres coins du pays.

    Fierté ou faute politique ? Les cadeaux aux Léopards interrogent. Mais c’est précisément là que le raisonnement devient fragile. Car dans le même temps, des territoires entiers vivent sous la menace des groupes armés locaux comme étrangers, avec des populations déplacées, des infrastructures détruites et des besoins humanitaires criants. La juxtaposition de ces deux réalités, récompenses fastueuses pour une élite sportive et précarité extrême pour des milliers de citoyens, crée un malaise légitime.

    D’un point de vue strictement stratégique, l’État devrait hiérarchiser ses priorités. La reconnaissance des joueurs est justifiable. Ils ont redonné au pays une visibilité internationale et une fierté collective après plus de 50 ans d’absence au Mondial. Cependant, la nature et l’ampleur des récompenses interrogent.

    La paie des agents et fonctionnaires de l’Etat a traîné ces derniers mois. Dans un pays en situation de fragilité budgétaire, ces dépenses posent trois problèmes majeurs :

    Un problème d’équité. Pourquoi une catégorie de citoyens bénéficie-t-elle d’avantages exceptionnels alors que des militaires au front, des enseignants ou des agents de santé restent sous-payés ?

    Un problème de signal politique. Cela peut être perçu comme une déconnexion des élites face aux souffrances réelles de la population.

    Un problème de gouvernance. L’absence de transparence sur le financement de ces cadeaux alimente la suspicion.

    Le patriotisme ne doit pas être instrumentalisé pour éviter le débat. Récompenser les Léopards, oui. Mais transformer cette reconnaissance en distribution de biens coûteux dans un contexte de guerre asymétrique relève d’un choix politique discutable, voire dangereux sur le plan symbolique.

    Une approche plus cohérente aurait été possible. Primes financières encadrées, investissements dans les infrastructures sportives, ou encore création d’un fonds pour le développement du sport national, sachant que le stade de martyrs n’est pas opérationnel. Cela aurait produit un impact durable, au lieu d’un geste ponctuel à forte charge émotionnelle mais faible valeur structurelle.

    Cette décision révèle une constante, celle de la difficulté de l’État congolais à arbitrer entre communication politique et gouvernance rationnelle. Le football devient alors un outil de diversion, alors qu’il pourrait être un levier stratégique de cohésion et de développement.

    Et vous, qu’en penses-vous ?

    Buniaactualite.cd

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