Archives

    Les mesures prises en juillet 2026 par le gouverneur militaire de l’Ituri pour lutter contre les perceptions jugées illégales sur le lac Albert continuent de susciter des interrogations. Alors que certains pêcheurs signalent une amélioration de leurs conditions de travail, d’autres dénoncent la persistance des tracasseries et des confiscations de leurs matériels.

    Dans une analyse consacrée à cette situation, John Lufukaribaru Toly, défenseur des droits humains, environnementaux et fonciers, appelle à une évaluation indépendante de l’application des mesures provinciales afin d’en déterminer les résultats réels.

    Selon cet acteur de la société civile, la publication d’une décision administrative ne suffit pas à garantir son efficacité. Celle-ci doit notamment se mesurer à la disparition des perceptions illégales, au respect des droits des pêcheurs et à l’amélioration de leurs conditions de travail.

    Les préoccupations soulevées s’appuient sur plusieurs alertes enregistrées ces derniers mois dans les communautés riveraines du lac Albert.

    Le 7 août, des pêcheurs réunis à Tchomia, dans le territoire de Djugu, avaient dénoncé la persistance des tracasseries, des extorsions présumées et des confiscations de matériels de pêche, selon des informations rapportées par CongoRassure.

    Une situation contrastée avait cependant été signalée le 23 août dans le territoire de Mahagi. À l’issue d’une tournée dans plusieurs camps de pêche, Désiré Dong’ijo Kuba, acteur sociopolitique de la chefferie des Mokambo, avait fait état d’une diminution des tracasseries, attribuée aux instructions des autorités provinciales et à leur application par certains responsables sécuritaires.

    Pour John Lufukaribaru Toly, ces témoignages divergents montrent la nécessité d’examiner l’application des mesures sur l’ensemble du littoral, plutôt que de tirer des conclusions générales à partir de quelques localités.

    A lire aussi : Lac Albert : la FECOPELA juge « injuste » de taxer les pêcheurs sans garantir leur sécurité

    Dans son analyse, il rapporte notamment le témoignage d’un leader communautaire dénonçant la persistance d’abus attribués à des militaires.

    « En interdisant cette perception illégale, les autorités ont également interdit la pêche à leur tour. Les pillages des poissons appartenant aux pêcheurs par les militaires se poursuivent, et ce phénomène est devenu encore plus fréquent qu’avant la prise de cette décision », affirme ce leader communautaire.

    Ces accusations n’ont pas été établies par une enquête indépendante. Elles nécessitent notamment une confrontation avec les services de sécurité et les autorités chargées de réglementer les activités de pêche.

    Au-delà des prélèvements contestés, John Lufukaribaru Toly soulève la question des mécanismes de contrôle et de sanction. Il souhaite notamment savoir si les agents publics respectent effectivement les instructions provinciales, si les pêcheurs disposent de voies de recours accessibles et si les plaintes déposées font l’objet d’un traitement impartial.

    Le défenseur des droits humains insiste également sur la nécessité de concilier la protection des pêcheurs et la préservation des ressources halieutiques du lac Albert.

    Il reconnaît l’importance des opérations contre les engins de pêche prohibés et les pratiques susceptibles de dégrader l’écosystème aquatique. Toutefois, il estime que les contrôles doivent être exercés conformément à la loi, sans donner lieu à des prélèvements arbitraires, à des violences ou à des confiscations injustifiées.

    Cette distinction demeure importante dans un contexte où les services de surveillance poursuivent leurs opérations contre la pêche illicite, notamment à travers la saisie et la destruction d’équipements considérés comme non réglementaires.

    Pour sortir de cette situation, John Lufukaribaru Toly propose une évaluation indépendante et participative associant les autorités provinciales, les services de sécurité, les représentants des pêcheurs, les organisations de la société civile et les services judiciaires compétents.

    Cette démarche devrait permettre de vérifier les perceptions encore pratiquées, d’examiner les plaintes, d’identifier les éventuelles responsabilités et de proposer des mesures correctives.

    Il plaide également pour la publication des conclusions de cette évaluation, afin de permettre aux communautés riveraines de connaître les résultats des engagements pris par les autorités.

    En attendant, l’efficacité des mesures annoncées en juillet reste difficile à apprécier à l’échelle de l’ensemble du lac Albert. Les améliorations signalées dans certaines localités coexistent avec des dénonciations d’abus dans d’autres zones.

    Pour John Lufukaribaru Toly, seule une évaluation fondée sur des faits documentés permettra de déterminer si les décisions provinciales ont durablement amélioré la sécurité, les droits et les moyens de subsistance des pêcheurs.

    Jonathan Bavonga

    Leave A Reply

    error: Content is protected !!