La République démocratique du Congo commémore chaque année, les 16 et 17 janvier, les journées dédiées aux héros nationaux, en hommage à Mzee Laurent-Désiré Kabila et à Patrice Emery Lumumba. À Bunia, dans la province de l’Ituri, des jeunes estiment toutefois que ces dates perdent progressivement leur portée symbolique et appellent à leur revalorisation à travers des activités de mémoire active.
Selon plusieurs acteurs de la jeunesse iturienne, ces journées, autrefois marquées par des moments de recueillement, de réflexion et de fierté nationale, tendent aujourd’hui à être réduites à de simples jours chômés et payés.
« Ce qui était perçu comme un temps de mémoire et de réflexion nationale est en train de devenir une simple date sur le calendrier », déplore Bruno Kamanda Nen’ling, analyste indépendant basé en Ituri et chargé de communication du Parlement des jeunes de la province.
Une mémoire toujours vivante chez les jeunes
Malgré ce constat, de nombreux jeunes affirment conserver un profond attachement à l’héritage laissé par Patrice Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila, figures emblématiques de la lutte pour l’indépendance et la souveraineté du pays.
Interrogé par la rédaction de Buniaactualite.cd, Salomon Muzinguzi, étudiant en Master 1 de droit public à l’Université de Kisangani, souligne que l’influence de ces héros demeure intacte.
« Malgré les années écoulées, nous continuons à garder des souvenirs intacts de leurs grandes œuvres et de tout ce qu’ils ont accompli pour le bien de ce pays », affirme-t-il.
Un point de vue partagé par Georgine Kavugho, étudiante à l’Université de Bunia.
« Leur histoire continue d’éclairer l’ensemble de la population congolaise, aussi bien les gouvernants que les gouvernés », ajoute-t-elle.
Face à la perte progressive de la portée symbolique de ces dates, plusieurs jeunes de Bunia proposent de transformer les 16 et 17 janvier en véritables moments de mémoire collective. Ils suggèrent l’organisation de conférences, de lectures publiques, d’activités culturelles, de témoignages historiques et de visites éducatives.
Selon eux, sans ces initiatives, le souvenir de ces figures historiques risque de s’estomper au fil des générations.
Renforcer l’éducation civique et le patriotisme
Georgine Kavugho plaide également pour un renforcement de l’enseignement de l’éducation civique et morale dans les écoles, ainsi que des cours de citoyenneté dans les universités.
« Ces cours ont aujourd’hui un volume horaire réduit, ce qui peut progressivement effacer l’histoire nationale et amener les jeunes à négliger des valeurs pourtant essentielles pour le pays », explique-t-elle, appelant le ministère de l’Éducation nationale à revoir cette situation.
Doctorant en philosophie et chercheur en gestion des conflits et construction de la paix, Reagan Madany appelle, pour sa part, la jeunesse congolaise à faire de la mémoire nationale un levier d’unité.
« Les ennemis de notre pays profitent souvent de nos divisions pour s’imposer », avertit-il, avant d’ajouter : « La mémoire de Mzee Kabila et de Lumumba doit nous rappeler que nous n’avons qu’un seul pays et que le trahir ne devrait jamais être une option. »
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Il invite enfin les jeunes, en particulier ceux de l’Ituri, à rejeter les clivages communautaires.
« Il est temps de laisser de côté tout ce qui nous divise, notamment le tribalisme, et de nous unir autour de l’intérêt supérieur de la nation », conclut-il.
À travers ces appels, la jeunesse iturienne exhorte l’ensemble de la population à s’approprier la mémoire des héros nationaux, rappelant qu’« on ne peut construire une nation forte sans honorer ceux qui en ont posé les fondations ».
Dorcas Faya

