Un an après l’installation de plusieurs points de contrôle par les éléments se faisant passer pour des Wazalendo dans les chefferies de Babila-Babombi et de Bakwanza, la population locale dénonce une série de tracasseries devenues quotidiennes. C’est dans le territoire de Mambasa, en province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo.
Ces combattants, présentés comme des groupes d’autodéfense patriotiques, exigent désormais des paiements obligatoires aux agriculteurs pour accéder à leurs propres champs. Une situation qui, selon une structure citoyenne, accentue la misère dans une région déjà meurtrie par les exactions du groupe rebelle ADF.
Des taxes imposées sur chaque passage
Selon des témoignages recueillis par la Convention pour le Respect des Droits Humains (CRDH/Mambasa), chaque cultivateur doit s’acquitter de 2 000 francs congolais par jour (environ 0,70 USD) pour franchir les barrières installées par ces hommes armés. À cela s’ajoute une contribution mensuelle de 20 000 FC (environ 7 USD), exigée à tout agriculteur actif dans la zone.
« Pour une famille de deux ou trois agriculteurs, cela représente jusqu’à 150 000 FC par mois, alors qu’ils ne gagnent parfois que 3 000 à 5 000 FC par jour », témoigne un habitant de Bakwanza, sous couvert d’anonymat.
Ces barrières sont visibles notamment le long des axes Makeke-Ndimo, Biakato-Mandima, et dans les périphéries de Lolwa, tous considérés comme des zones agricoles vitales pour l’économie rurale du territoire de Mambasa.
Un contexte de peur permanent
En plus du fardeau économique, les cultivateurs doivent braver une insécurité chronique. La partie Est du territoire, notamment les localités de Mambembe, Apakolu, et Makumo, reste régulièrement ciblée par des attaques meurtrières attribuées aux rebelles ADF (Allied Democratic Forces), un groupe armé actif dans l’Est de la RDC depuis plus d’une décennie.
« La population paie des impôts à l’État et, en plus, finance la présence des Wazalendo. C’est une double taxation injuste et inhumaine », déplore Ram’s Malikidogo, répondant de la CRDH/Mambasa dans la région.
Selon lui, les Wazalendo, censés protéger la population, se sont transformés en un groupe de pression économique et sociale qui contrôle les routes au détriment de leur mission de sécurité.
Les autorités militaires n’ont pas encore donné suite par rapport à cette révélation, qui n’est pas nouvelle. Du côté de l’administration territoriale, un cadre proche, qui a requis l’anonymat, reconnaît toutefois des « dérapages ».
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Pour de nombreux habitants de Mambasa, le sentiment d’abandon est profond. Entre les exactions des ADF et les tracasseries des Wazalendo, l’accès aux champs, unique source de revenu pour la majorité, devient un luxe.
« Aujourd’hui, pour aller cultiver un champ à moins d’un kilomètre de chez moi, je dois d’abord négocier, payer, ou rester à la maison. Et les ADF ne sont jamais loin… », confie un agriculteur de Babila Bakwanza.
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