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    C’est l’une des crises humanitaires les plus alarmantes de l’Est de la RDC. Près de Bule, en territoire de Djugu, le site de déplacés de Plaine Savo abrite aujourd’hui environ 76 000 personnes qui luttent chaque jour pour survivre. Selon Médecins Sans Frontières (MSF), ces familles vivent dans des conditions horribles et insalubres, entassées dans des abris de fortune surpeuplés, avec un accès extrêmement limité à la nourriture, à l’eau potable et aux infrastructures sanitaires.

    Le drame de Plaine Savo est d’abord sécuritaire. En raison des violences qui font rage à l’extérieur du camp, les habitants ne peuvent plus en sortir pour rejoindre leurs champs, chercher du bois de chauffe ou exercer la moindre activité de subsistance. Ils sont contraints de vivre en vase clos, dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, alerte MSF.

    Les femmes en payent lourd tribut

    Cette immobilité forcée expose particulièrement les femmes à l’extrême violence. Dans le poste de santé que MSF a installé au cœur du site, les équipes médicales prennent en charge en moyenne 60 survivantes de violences sexuelles chaque mois. Des femmes agressées aux abords immédiats du camp alors qu’elles tentaient simplement de ramasser du bois pour cuisiner ou de rejoindre leurs parcelles pour nourrir leurs familles.

    Ebola s’y ajoute

    À cette crise sécuritaire et humanitaire s’ajoute désormais une menace sanitaire majeure. Le site de Plaine Savo est situé dans la zone de santé de Fataki, actuellement touchée par l’épidémie de maladie à virus Ebola de type Bundibugyo qui frappe les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Si aucun cas n’a encore été enregistré parmi les déplacés, les agences humanitaires redoutent une propagation fulgurante si le virus venait à s’introduire dans ce camp surpeuplé.

    Car le virus Bundibugyo est particulièrement redoutable. Contrairement aux épidémies précédentes, il n’existe à ce jour ni vaccin homologué ni traitement spécifique pour cette souche, et son diagnostic reste difficile en raison des capacités de dépistage très limitées. Un contexte qui complique toute riposte rapide.

    Cette situation est aggravée par un système de santé à bout de souffle. Dans l’Est du pays, les zones touchées cumulent des années de conflits armés, de déplacements répétés et de pénuries. Seuls 20% des habitants de l’Ituri ont accès à l’eau potable et 25% disposent d’installations sanitaires fonctionnelles, deux conditions essentielles pour freiner Ebola. Sans un dépistage plus rapide et largement disponible, il sera difficile de détecter les cas à temps.

    Sur le terrain, la réponse humanitaire tente de tenir malgré l’insécurité persistante. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a distribué entre le 6 et le 22 juillet une aide alimentaire à plus de 48 000 personnes déplacées de Plaine Savo, avec de nouvelles distributions prévues. Mais les besoins restent immenses et l’accès humanitaire demeure précaire et dangereux.

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    MSF rappelle que cette épidémie ne doit pas faire oublier les autres urgences vitales. Les femmes enceintes ont toujours besoin de soins maternels, les enfants de vaccinations, et les patients de traitements contre le paludisme et le choléra. Maintenir les soins de santé de routine est tout aussi vital que le contrôle d’Ebola pour sauver des vies.

    Face à cette imbrication d’urgences sécuritaire, humanitaire et sanitaire, l’ONU et MSF appellent au respect du droit international humanitaire, à la protection des civils et à un accès humanitaire sûr, continu et sans entrave. Sans une mobilisation renforcée, Plaine Savo pourrait devenir l’épicentre d’une catastrophe à grande échelle.

    Pour MSF, la clé reste l’écoute des communautés. Mettre en place des activités et expliquer la maladie ne suffit pas à instaurer la confiance. Il faut écouter les préoccupations de la population et l’inclure pleinement dans la manière de façonner la réponse, dans une province où la peur et la méfiance face aux équipes de riposte restent très présentes.

    Nickson Manzekele

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