Le processus de paix engagé entre les communautés d’Adravu et de Nyatsa, dans le groupement Nyatsa-Odru en chefferie des Lu, territoire d’Aru, continue d’enregistrer des avancées significatives. Réunis le 22 mai 2026 à Aru-centre, représentation autorités provinciales, coutumières, acteurs communautaires et partenaires de paix ont évalué le niveau d’exécution des recommandations issues des assises de février dernier, dans le cadre d’un atelier soutenu par l’Union européenne à travers le consortium médiation conduit par Interpeace.
Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre du projet « Soutien à la médiation pour la résilience et la paix à l’Est de la RDC – Phase II », mis en œuvre par Interpeace, Pole Institute, Action pour la Paix et la Concorde et Ebuteli, avec l’appui de plusieurs structures partenaires, notamment la Commission provinciale de médiation (CPM), le P-DDRCS, le Libaru et des représentants du gouvernorat de l’Ituri.
Un conflit communautaire autour d’un espace disputé
Le conflit entre les villages Adravu et Nyatsa avait connu une grave résurgence sécuritaire en octobre 2025, entraînant pertes en vies humaines, destructions des habitations, déplacements de populations ainsi que des perturbations dans le fonctionnement des écoles et centres de santé.
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Selon les explications du chef de la chefferie des Lu, Foto Iromu Adia II, à l’origine des tensions se trouve un différend foncier autour d’un ancien espace de pâturage.
« Les deux villages se sont plaints autour d’un terrain vide. Un terrain réservé jadis pour le pâturage. Comme il n’y a plus de bétails, chaque partie voulait transformer cet espace en champs. Face à l’incompréhension, cela a malheureusement déclenché les tensions », a-t-il expliqué.
Face à cette situation, plusieurs missions avaient été diligentées par les autorités provinciales, notamment en octobre 2025 puis en février 2026, afin de rapprocher les deux communautés et amorcer un dialogue.
Une mission de suivi pour consolider les acquis
La mission menée du 19 au 24 mai 2026 avait pour objectif principal de capitaliser les acquis du processus de paix et d’évaluer l’application des recommandations formulées lors des précédentes rencontres.
Durant les journées des 20 et 21 mai, des consultations communautaires et des focus groupes ont été organisés à Aru-centre et à Yuku, chef-lieu de la chefferie des Lu. Les échanges ont réuni les notables, femmes, jeunes, leaders communautaires, autorités coutumières et membres du comité de suivi.
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Pour Interpeace, cette mission visait surtout à maintenir le dialogue permanent entre les parties.
« Le processus de paix entre Adravu et Nyatsa organisé du 10 au 11 février 2026 doit être accompagné dans la durée afin de consolider les acquis déjà observés », a expliqué un représentant de l’organisation.

Des autorités engagées pour la paix
Lors de l’ouverture officielle de l’atelier tenu dans la salle de la FEC Aru, plusieurs personnalités ont insisté sur la nécessité de préserver les efforts déjà consentis.
Le bourgmestre de la commune rurale d’Aru a salué une initiative inspirée des mécanismes traditionnels de règlement des différends.
« Nous sommes ravis de voir le rassemblement des gens comme le faisaient nos ancêtres pour discuter autour de la paix. Nous remercions les partenaires et leurs bailleurs pour leur appui aux initiatives de paix. Nous devons nous battre pour la cohabitation pacifique », a-t-il déclaré.
De son côté, Madame Claudine Nzeni, conseillère du gouverneur militaire chargée des questions politiques et des relations avec les communautés, a insisté sur la patience nécessaire dans tout processus de réconciliation.
« La paix est un processus. Cela demande du temps et de la patience. Nous sommes contents de voir les deux chefs des entités en conflit présents et engagés », a-t-elle affirmé.
L’administrateur militaire adjoint du territoire d’Aru a, quant à lui, rappelé que le dialogue reste le principal outil pour prévenir les violences.
« Nous nous sommes retrouvés ici pour chercher la paix entre les deux villages. Nous avons déjà fait un premier pas en formulant des recommandations. La volonté de se mettre autour d’une table et de parler, c’est ce qui importe », a-t-il souligné.
Des signes visibles de rapprochement communautaire
Au cours des discussions, plusieurs témoignages ont illustré une amélioration du climat social entre les deux communautés.
Un participant a évoqué la reprise des liens familiaux entre habitants des villages jadis opposés.
« Je suis arrivé chez un de mes fils, j’ai trouvé qu’il a pris pour épouse une fille du village voisin, jadis en conflit. Elle nous a même préparé le thé. C’était super. Cela témoigne un retour du vivre-ensemble », a-t-il raconté sous les applaudissements des participants.
Le chef de la chefferie des Lu s’est également réjoui du retour progressif de la confiance.
« Pour nous les administratifs, c’est une joie que nous soyons accueillis de la bonne manière par les communautés des deux parties d’Adravu et Nyatsa. Nous sommes vraiment à l’aise », a-t-il indiqué.

Des avancées reconnues, mais des défis persistent
Dans le communiqué final adopté à l’issue des travaux, les participants ont reconnu « l’amélioration de la situation sécuritaire, le renforcement de la cohésion sociale et le vivre ensemble ».
Cependant, plusieurs défis restent encore à relever afin de parvenir à une paix totalement consolidée.
Parmi les principales résolutions adoptées figurent notamment :
la sensibilisation des communautés à la résolution pacifique du conflit ;
l’identification consensuelle des limites entre Adravu et Nyatsa ;
l’organisation de rencontres entre certaines familles directement impliquées dans les tensions ;
la poursuite des activités de rapprochement communautaire ;
l’identification et l’interpellation des récidivistes et meneurs de troubles ;
la réinsertion sociale des jeunes à risques ;
le renforcement des capacités des chefs coutumiers sur la gouvernance sécuritaire.
Le document final prévoit également la mise en place d’équipes locales chargées de documenter l’historique des limites contestées, avant une future homologation administrative prévue en août 2026.
Une feuille de route déjà définie
Les participants ont adopté une feuille de route révisée fixant plusieurs étapes concrètes entre mai et août 2026.
Du 25 mai au 7 juin, des campagnes de sensibilisation devront être menées dans les villages concernés et dans les communautés voisines. Une descente du comité de suivi est également prévue afin d’identifier les ménages vivant dans la zone litigieuse.
Entre le 8 et le 21 juin, des travaux de délimitation locale devraient être organisés avec la participation des équipes désignées par les différentes parties prenantes.
L’homologation des compromis de délimitation est annoncée pour août 2026, suivie de la matérialisation officielle des limites entre les deux villages.
Une volonté commune de tourner la page des violences. À la clôture des travaux, l’administrateur militaire adjoint du territoire d’Aru a salué les progrès déjà observés tout en appelant à poursuivre les efforts.
« Il ressort que des avancées significatives sont signalées dans ce processus sur le plan sécuritaire et sur le plan de la volonté de vivre ensemble. Néanmoins, nous voulons que le processus soit le plus parfait possible. Notre souci est qu’on arrive à 100 % », a-t-il déclaré au nom du gouverneur militaire de l’Ituri.
Le chef de la chefferie des Lu a également insisté sur la nécessité de préserver cette dynamique de paix.
« Les deux parties se sont engagées davantage à continuer dans ce processus de paix et les questions des limites seront gérées de manière consensuelle et pacifique », a conclu Foto Iromu Adia II à buniaactualite.cd.
À travers cette initiative soutenue par l’Union européenne et le consortium médiation, les autorités provinciales et les communautés locales espèrent désormais transformer cette réconciliation fragile en une cohabitation pacifique durable dans cette partie du territoire d’Aru.
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