Le directeur régional de l’Organisation mondiale de la Santé pour l’Afrique, Dr Janabi Mohamed Yakub, a achevé ce lundi 10 août sa mission en Ituri. Avant de quitter Bunia, il s’est entretenu avec la presse pour dresser le bilan de plusieurs jours d’échanges avec les acteurs locaux et de visites sur le terrain, notamment à Djugu et à Aru.
Au terme de cette mission, le responsable de l’OMS Afrique se dit optimiste. Les échanges avec les différentes composantes de la communauté et les observations faites sur le terrain lui ont permis de constater des avancées dans la riposte contre Ebola, mais aussi de mesurer l’ampleur des défis qui restent à relever.
À Lita, Ebola ne doit pas faire oublier les autres malades
La situation observée à Lita, dans le territoire de Djugu, figure parmi les préoccupations soulevées au cours de cette mission.
Dans cette zone, l’hôpital central sert également de centre de traitement Ebola. Une configuration qui pose un problème d’accès aux soins pour les patients souffrant d’autres pathologies.
Alors que les efforts se poursuivent pour augmenter la capacité d’accueil des patients atteints d’Ebola, les autres besoins sanitaires restent présents. Pour l’OMS, l’augmentation des lits dans les centres de traitement doit donc aller de pair avec la prise en compte des autres problèmes de santé auxquels les populations sont confrontées.
La situation de Lita rappelle ainsi que la réponse à une épidémie ne peut pas complètement mettre entre parenthèses les besoins sanitaires ordinaires des communautés.
À Aru, une riposte communautaire qui commence à porter ses fruits
À Aru, le constat est plus encourageant. Selon les observations présentées au terme de la mission, la zone n’a enregistré aucun nouveau cas depuis deux semaines. Pour le responsable de l’OMS Afrique, cette évolution est notamment liée à l’appropriation de la riposte par la communauté.
La population locale s’est engagée dans la prévention et la surveillance sans attendre que le nombre de cas atteigne un niveau important. Une démarche d’anticipation que l’OMS considère comme un exemple dont Bunia et ses environs pourraient s’inspirer.
L’expérience d’Aru montre surtout l’importance d’une communauté qui ne reste pas spectatrice face à l’épidémie, mais participe activement aux efforts de surveillance et de prévention.
Sur le terrain, des changements sont également visibles dans la capacité de prise en charge.
La RDC dispose désormais de 16 centres de traitement Ebola, une évolution présentée comme une avancée dans la réponse à l’épidémie. Des lits supplémentaires ont également été ajoutés. L’OMS en dénombre 1000 sur un besoin de 3000.
Mais les besoins restent nombreux.
À Nyakunde, dans le territoire d’Irumu, la tendance est notamment marquée par une diminution du nombre de cas. Cette évolution s’accompagne toutefois d’un renforcement de la surveillance, afin de mieux détecter d’éventuels nouveaux cas.
À Nizi, dans le territoire de Djugu, les efforts se poursuivent également. La construction d’un centre de traitement commence notamment à produire des effets attendus dans le renforcement de la capacité locale de réponse.
La communauté reste au cœur des défis
Malgré les progrès enregistrés, l’engagement communautaire demeure l’un des principaux défis de la riposte.
Pour l’OMS, il faut continuer à sensibiliser, communiquer et expliquer davantage à la population les enjeux liés à Ebola. La communication ne doit pas seulement intervenir lorsque les cas augmentent. Elle doit accompagner la surveillance et la prévention au quotidien.
Parmi les pistes évoquées figure également l’implication des leaders de dix maisons. Leur engagement pourrait permettre d’intensifier la sensibilisation et de renforcer davantage l’appropriation de la riposte au niveau communautaire.
Les médias appelés à jouer leur rôle
Devant la presse, le Dr Janabi a également insisté sur la responsabilité des médias.
Pour lui, chaque acteur doit apporter sa contribution à la lutte contre Ebola. Cette contribution est collective et les médias ont notamment la responsabilité de contribuer à la diffusion de messages fiables et utiles à la communauté.
La représentante de l’OMS en RDC, Dr Anne Ancia, a abondé dans le même sens. Elle a appelé la presse à s’engager davantage dans la riposte et à contribuer à faire passer les bons messages auprès de la population.
La réponse à Ebola intervient par ailleurs dans un contexte où plusieurs contraintes compliquent encore le travail des équipes. L’épidémie a été officiellement déclarée après un certain retard et l’accès à certaines zones reste difficile en raison de l’insécurité.
Une mission qui s’achève sur une note d’optimisme
Après plusieurs jours passés en Ituri, entre rencontres, échanges avec les acteurs locaux et descentes sur le terrain, le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique quitte Bunia avec un regard plutôt optimiste.
Il retient des discussions importantes et des initiatives jugées encourageantes, particulièrement dans certaines zones où les communautés ont pris une part active à la riposte.
Mais derrière ces avancées, le message reste clair : la lutte contre Ebola ne peut pas reposer uniquement sur les équipes médicales. Elle nécessite l’implication des communautés, des autorités, des partenaires et des médias.
Pour Bunia et ses environs, l’enjeu est désormais de tirer les leçons des zones où l’anticipation et l’engagement communautaire commencent à produire des résultats, afin d’éviter que l’épidémie ne gagne davantage de terrain.
Les douze prochaines semaines pourraient être déterminantes dans la lutte contre Ebola en RDC. Le Dr Steve Ahuka, Incident Manager national de la riposte, appelle à passer des engagements aux actions concrètes, avec un suivi rigoureux sur le terrain.
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Pour lui, l’enjeu est désormais de mettre en œuvre les mesures prioritaires et d’en mesurer les effets afin d’inverser la courbe de l’épidémie et sauver des vies.
Le responsable de la riposte se veut optimiste. Il mise notamment sur la collaboration entre l’OMS et l’ensemble des partenaires engagés dans la réponse.
Verite Johnson

