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    Dans une région meurtrie depuis des décennies par les violences, les artistes de Bunia, à l’Est de la République Démocratique du Congo viennent de lancer une chanson collective qui résonne comme un cri de cœur.

    Ils chantent la paix, l’unité et l’espoir, à travers une œuvre produite par l’émission culturelle Week-end Show diffusée sur les ondes de la Radio Mont Bleu (RTM), sous l’initiative des journalistes Picard Luhavo et Vérité Johnson.

    La chanson réunit plus d’une vingtaine d’artistes, parmi lesquels Den’s Bak, Rachel Masika, Chris Weezy, Balca, Black D, Mc Aka 47, Jeune Soldat, Jiro Kam’s, Ska Jeune, Yuda, Fabro Mix, Zoody, Johnson Lusala, Picard Luhavo, Amigo Pocka, Leo Winner, Saimon Cornel et Sharna. Ensemble, ils prêtent leur voix pour traduire la douleur quotidienne d’une population qui aspire simplement à vivre en paix.

    « Dans la paix nous réussirons, dans l’unité nous construirons. Unissons-nous, disons oui à la paix », résonne le refrain chanté par Den’s Bak, la sœur Rachel Masika Mali et Chris Weezy.

    Des textes qui reflètent le vécu des populations

    Les paroles de cette chanson puisent dans le quotidien d’une région marquée par les massacres, les déplacements massifs de civils et l’insécurité permanente. Chris Weezy, par exemple, rappelle avec émotion « le vieux temps où la population vivait sans division, sans tribalisme », tandis que Fabro Mix lance un appel clair : « Nous voulons la paix à l’Est. »

    Jiro Kam’s, lui, s’interroge : « Jusqu’à quand on va vivre sans la paix ? » Un questionnement partagé par beaucoup dans cette partie du pays. Intitulé « la paix sans sang » la chanson est maintenant disponible sur toutes les plateformes de streaming.

    Plusieurs artistes laissent transparaître leur douleur personnelle. Ska Jeune confie, la voix chargée d’émotion, avoir perdu ses parents dans cette guerre. Jeune Soldat, quant à lui, est à la recherche des héros, tels que Lumumba ou Mamadou Ndala, capables de redonner espoir à la nation.

    Rachel Masika, artiste gospel, s’appuie sur la Bible pour dénoncer « l’agression extérieure » dont est victime la RDC. Elle rappelle la parole biblique : « Maudit soit celui qui viole les limites de son voisin », avant d’inviter ses compatriotes à « dresser les fronts longtemps courbés », comme le dit l’hymne national.

    Une note d’émotion : Young’B, une présence absente !

    Cette œuvre collective porte également une charge émotionnelle particulière. Young’B, l’un des artistes participants, est décédé tragiquement avant la sortie officielle de la chanson. Pourtant, sa voix résonne encore dans le morceau, comme un testament.

    Dans son passage, il interpelle : « C’est quoi le problème pour qu’on vive la paix ? On a gagné quoi depuis qu’on s’entretue ? » Sa voix, empreinte de douleur, rappelle que « le peuple a tellement souffert, qu’il ne sait plus à quel saint se vouer ». Il conclut avec une lueur d’espérance : « Aujourd’hui au Kivu ça ne va pas, mais Dieu pourvoira. »

    Son absence physique, mais sa présence artistique dans ce projet, donne à cette chanson une dimension encore plus poignante.

    Un chant d’unité et de résistance

    Au-delà des douleurs exprimées, cette chanson est aussi un appel à l’unité nationale. « Tenons-nous main dans la main pour la défense de notre pays », plaide Rachel Masika, alors que Balca LS regrette que « la tuerie continue » et exhorte à resserrer les liens entre Congolais.

    Saimon Cornel met l’accent sur la protection de l’intégrité territoriale du Congo, tandis que le journaliste culturel Johnson Lusala, également engagé dans le projet, plaide pour le retour définitif de la paix.

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    Zoody, musicien originaire de Bukavu et aujourd’hui basé à Bunia, décrit lui aussi la souffrance des habitants de l’Est, comme pour rappeler que cette chanson est bien plus qu’un simple projet artistique : c’est le miroir d’un vécu quotidien.

    Une œuvre qui dépasse la musique

    À travers cette chanson, ces artistes, pour la plupart natifs et résidents de l’Est, traduisent l’angoisse et l’espérance d’un peuple pris au piège d’un conflit sans fin. Leur engagement artistique devient un acte de résistance, une manière de témoigner et de rappeler à tous que la paix reste un luxe inaccessible pour beaucoup d’habitants de l’Ituri, du Nord et du Sud-Kivu.

    Verite Johnson

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