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    Dans une Ituri devenue l’épicentre de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, l’enseignant qui entre en classe chaque matin ne porte plus seulement sa craie, ses fiches de préparation et le programme officiel. Une responsabilité supplémentaire s’invite dans son travail : aider les élèves à comprendre comment se protéger, reconnaître une situation nécessitant une alerte et éviter que la peur d’Ebola ne se transforme en rumeurs ou en stigmatisation.

    Il ne devient pas médecin. Il ne devient pas infirmier. Il ne lui appartient pas de diagnostiquer Ebola.

    Mais, parce qu’il passe plusieurs heures par jour avec des dizaines d’enfants, l’enseignant devient nécessairement l’un des relais de proximité de la prévention en milieu scolaire.

    C’est peut-être l’une des transformations « silencieuses » de cette rentrée scolaire 2026-2027 en Ituri.

    Pendant longtemps, l’imaginaire collectif a surtout associé la lutte contre Ebola aux centres de traitement, aux équipes médicales, aux laboratoires et aux équipements de protection.

    A lire aussi : Rentrée scolaire sous Ebola : élèves, vos mains valent plus que vos cahiers

    Cette rentrée rappelle une réalité différente : la prévention se joue aussi dans les gestes ordinaires de la vie quotidienne.

    Et désormais, elle se joue également devant un tableau noir, au milieu de dizaines d’élèves.

    Avant la première leçon, apprendre les bons gestes

    Le nouveau rôle de l’enseignant commence presque au portail. Avant même les mathématiques, le français ou la géographie, il faut rappeler les comportements de prévention recommandés.

    Le dispositif de lavage des mains installé dans une école ne doit pas devenir un simple décor de rentrée destiné à disparaître quelques semaines plus tard.

    Il doit fonctionner. Il faut de l’eau. Il faut du savon ou les produits appropriés.

    Et surtout, les enfants doivent comprendre pourquoi ils les utilisent.

    C’est précisément ici que l’enseignant devient indispensable.

    Répéter quotidiennement un message simple peut être plus efficace qu’une longue campagne de sensibilisation organisée une seule fois.

    À force d’entendre et de pratiquer les bons gestes, l’enfant finit par les intégrer.

    Et ce qu’il apprend à l’école peut ensuite entrer dans sa famille.

    Faut-il alors changer la pédagogie ?

    En partie, oui.

    Mais pas en transformant chaque cours en conférence sur Ebola.

    Le défi consiste plutôt à intégrer progressivement les comportements de prévention dans la routine scolaire.

    Quelques minutes peuvent suffire.

    Pourquoi faut-il se laver correctement les mains ?

    Pourquoi ne faut-il jamais toucher à mains nues le sang, les vomissures ou d’autres liquides biologiques d’une personne malade ?

    Pourquoi faut-il prévenir immédiatement un adulte lorsqu’un camarade présente un malaise ?

    Pourquoi ne faut-il pas traiter automatiquement de « malade d’Ebola » tout enfant qui présente de la fièvre ?

    Pourquoi ne faut-il pas propager dans la cour une information sanitaire dont on ignore la source ?

    Voilà autant de petites leçons qui peuvent accompagner les enseignements ordinaires.

    L’objectif n’est pas de fabriquer de petits épidémiologistes.

    Il est de former des enfants capables d’adopter les bons réflexes.

    L’enseignant, sentinelle mais jamais diagnosticien

    Dans une classe parfois très chargée, l’enseignant connaît progressivement le comportement de ses élèves.

    Il peut remarquer qu’un enfant qui participait normalement aux cours se sent soudainement très mal, présente de la fièvre, vomit ou manifeste d’autres symptômes préoccupants.

    Que doit-il faire ?

    Certainement pas conclure : « Cet enfant a Ebola ».

    Son rôle est beaucoup plus simple et beaucoup plus important : appliquer la procédure prévue par l’établissement et alerter rapidement les personnes compétentes.

    Cette nuance peut sauver l’école d’un autre danger : la stigmatisation.

    Imaginez qu’un enfant atteint simplement de paludisme soit publiquement désigné comme suspect d’Ebola devant ses camarades.

    En quelques minutes, la peur peut se répandre.

    Le lendemain, certains parents peuvent refuser d’envoyer leurs enfants en classe.

    Le nom de sa famille peut circuler sur WhatsApp. Une rumeur sanitaire est née.

    L’enseignant doit donc apprendre deux choses simultanément aux élèves : signaler sans accuser et se protéger sans rejeter.

    « Monsieur, je ne me sens pas bien »

    Voilà peut-être la phrase qu’un enseignant doit permettre à chaque enfant de prononcer sans peur.

    Un élève ne devrait pas cacher son malaise parce qu’il craint d’être puni, humilié ou immédiatement étiqueté « Ebola ».

    La confiance devient donc elle-même un outil de prévention.

    L’enfant doit savoir que signaler rapidement un problème de santé est un comportement responsable.

    Ses camarades doivent également comprendre qu’un enfant malade n’est ni coupable ni dangereux par définition.

    Cette pédagogie est essentielle parce que la peur et la stigmatisation peuvent pousser les personnes à cacher des symptômes ou à éviter les mécanismes de prise en charge.

    L’école doit combattre Ebola. Elle ne doit pas fabriquer la peur d’Ebola.

    L’école peut aussi devenir une usine à bonnes informations

    Le rôle de l’enseignant dépasse encore les comportements individuels.

    Il peut devenir l’un des remparts contre l’infodémie.

    « Ebola n’existe pas. »

    « Les équipes de riposte viennent contaminer les gens. »

    « Celui qui va au centre de traitement va mourir. »

    « Cette famille a Ebola. »

    Une rumeur entendue dans un quartier peut entrer dans une salle de classe le matin et ressortir dans cinquante familles l’après-midi.

    Mais l’inverse est également possible.

    Une information correcte expliquée à cinquante élèves peut atteindre cinquante ménages quelques heures plus tard.

    C’est là que réside une force considérable de l’école.

    Chaque élève correctement sensibilisé peut devenir un relais de prévention dans sa famille.

    L’enseignant n’éduque donc plus seulement l’enfant assis devant lui.

    Indirectement, son message peut atteindre le ménage entier.

    Mais qui protège l’enseignant ?

    C’est probablement la question la plus importante.

    Il serait trop facile de déclarer que les enseignants deviennent des acteurs de la riposte et de leur transférer ensuite toute la responsabilité.

    On ne peut pas demander à un enseignant de sensibiliser correctement s’il n’a reçu qu’une information approximative.

    On ne peut pas lui demander d’appliquer une procédure d’alerte qu’on ne lui a jamais enseignée.

    On ne peut pas exiger le lavage systématique des mains lorsque l’établissement manque régulièrement d’eau ou de savon.

    Et on ne peut pas demander aux écoles de prévenir la transmission avec des équipements installés uniquement le jour de la rentrée pour les caméras.

    L’enseignant ne peut être un bon relais que si le système qui l’entoure fonctionne.

    Les autorités éducatives et sanitaires doivent donc accompagner cette responsabilité nouvelle par une formation pratique, des protocoles simples et compréhensibles, des dispositifs fonctionnels de lavage des mains, des mécanismes d’alerte connus et du matériel adapté aux réalités des établissements.

    Les supports de sensibilisation devraient également être compréhensibles par les communautés auxquelles ils sont destinés, y compris, lorsque cela est pertinent, dans les langues couramment utilisées localement.

    Ne transformons surtout pas l’enseignant en agent de santé improvisé

    C’est la ligne rouge.

    À force de vouloir responsabiliser l’école, on pourrait finir par lui demander ce qu’elle n’est pas capable de faire.

    L’enseignant doit observer, sensibiliser, rassurer et alerter.

    Le personnel sanitaire doit évaluer, diagnostiquer et prendre en charge.

    Les deux fonctions doivent collaborer sans être confondues.

    Nickson Manzekele

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