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    Quatre mois après avoir signé un arrêté provincial imposant des mesures contraignantes contre Ebola, le gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Kasongo Mulumba Batoka Gaby, dénonce un relâchement de la prévention au sein de la population. Cette nouvelle alerte intervient alors que la province demeure l’épicentre de l’épidémie en République démocratique du Congo. Quel bilan peut-on dresser de l’application des mesures décidées par l’autorité provinciale depuis juin dernier ?

    De retour à Bunia mardi 3 novembre 2026, après une mission officielle à Kinshasa, le gouverneur militaire a exprimé sa préoccupation concernant le respect des mesures sanitaires.

    « Je suis personnellement préoccupé par le relâchement des mesures de prévention et d’hygiène contre la maladie à virus Ebola. Nous ne pouvons pas banaliser l’existence de cette maladie, ni permettre que des vies humaines soient exposées au danger », a-t-il déclaré, selon des propos diffusés par des sources proches de sa cellule de communication.

    Le général-major Kasongo Mulumba a exhorté les habitants à respecter les mesures barrières, à signaler rapidement les cas suspects et à continuer de faire confiance aux équipes sanitaires. Une déclaration qui intervient pourtant plusieurs mois après l’adoption de dispositions provinciales destinées à encadrer les comportements face à l’épidémie.

    Un arrêté contraignant adopté depuis juin

    Le 29 juin 2026, le gouverneur militaire avait signé l’arrêté provincial n° 01/KMBG/087/PROGOU/PI/2026, instaurant plusieurs mesures obligatoires contre la 17e épidémie d’Ebola.

    Comme l’avait rapporté buniaactualite.cd le 2 juillet, ce texte prévoyait notamment l’interdiction de manipuler les dépouilles mortelles avant l’intervention des équipes sanitaires, la limitation des passagers dans les transports publics, l’encadrement des rassemblements et le renforcement des contrôles aux points d’entrée.

    A lire aussi : Ebola en Ituri : l’arrêté du gouverneur Kasongo peut-il stopper l’épidémie… ou creuser davantage le fossé avec la population ?

    Les conducteurs de taxis-motos étaient également soumis à plusieurs obligations, dont le port d’équipements de protection, la désinfection et le transport d’un seul passager.

    L’arrêté prévoyait aussi des sanctions financières importantes contre le transport irrégulier des corps. Les montants annoncés pouvaient atteindre 4,6 millions de francs congolais, selon la catégorie de véhicule concernée.

    L’objectif était de réduire les risques de transmission par des restrictions obligatoires, accompagnées de contrôles et de sanctions.

    Plus de quatre mois après son adoption, les données publiques disponibles ne permettent cependant pas d’établir un bilan provincial consolidé de son exécution. Nombre de contrôles effectués, infractions constatées, sanctions appliquées ou mesures correctives engagées.

    Cette absence de bilan accessible ne démontre pas que l’arrêté n’a pas été appliqué. Des opérations de contrôle ont notamment été signalées dans les transports publics, tandis que les mesures de prévention ont été renforcées dans certains établissements scolaires.

    Elle limite néanmoins la possibilité d’apprécier objectivement l’efficacité du dispositif.

    Une épidémie toujours active

    Sur le plan épidémiologique, la situation reste préoccupante.

    Selon le rapport de situation n°170 de l’Institut national de santé publique (INSP), portant sur la journée du 31 octobre, l’Ituri totalisait 7 412 cas confirmés et 3 483 décès depuis le début de l’épidémie. La province représentait 70,8 % des contaminations nationales.

    Pour cette seule journée, 32 nouvelles infections avaient été confirmées en Ituri.

    Ces chiffres témoignent de la persistance de la transmission plusieurs mois après l’adoption des restrictions provinciales. Ils ne suffisent toutefois pas à conclure que l’arrêté est inefficace. Une telle évaluation nécessiterait de comparer l’évolution des contaminations aux niveaux réels d’application des mesures, en tenant compte des autres interventions sanitaires et des facteurs de risque.

    D’autres indicateurs révèlent néanmoins des difficultés opérationnelles.

    Le 19 octobre, buniaactualite.cd rapportait, sur la base des données officielles de l’INSP du 16 octobre, que seulement 24,9 % des personnes contacts attendues avaient été effectivement suivies dans la zone de santé de Bunia au cours de cette journée.

    Ce résultat ne mesure pas directement le respect des mesures barrières par les habitants. Il met plutôt en évidence les difficultés rencontrées par les équipes sanitaires dans l’une des activités essentielles à l’interruption des chaînes de transmission.

    La responsabilité ne repose pas uniquement sur les habitants

    L’appel du gouverneur au respect des mesures sanitaires intervient également dans un contexte où plusieurs composantes de la riposte sont confrontées à des difficultés.

    A lire aussi : Ebola : surveillance, prévention, soins… ce que risquent les populations face aux grèves en Ituri

    À Nia-Nia, Rwampara et Kasenyi, des agents mobilisés contre Ebola ont dénoncé des retards de paiement de leurs primes, certains ayant annoncé ou engagé des mouvements de grève.

    Ces revendications, déjà documentées par buniaactualite.cd, soulèvent la question des conditions de travail et de la continuité des activités de surveillance, de sensibilisation et de prise en charge. Leur impact exact sur la transmission du virus reste cependant à établir.

    Dans le domaine de l’hygiène, la situation de certains sites de déplacés pose également problème. Le 2 novembre, l’Association des déplacés victimes de guerre a notamment alerté sur la pénurie d’eau potable au site de l’ISP/Bunia, qui accueille près de 16 000 personnes.

    Cette situation complique l’application régulière des mesures d’hygiène recommandées. Le manque d’eau ne constitue pas en lui-même un mode de transmission d’Ebola, mais il peut entraver certaines pratiques de prévention des infections.

    Ces différents éléments montrent que l’adhésion communautaire, bien qu’indispensable, ne constitue qu’une partie de la réponse sanitaire. La disponibilité des services, les moyens des équipes de riposte et les conditions matérielles des populations jouent également un rôle.

    De nouveaux appels après les premières décisions

    Le 30 octobre, le maire de Bunia, Bosco Mbui Kola, avait lui aussi dénoncé le relâchement des mesures préventives et menacé de sanctions les contrevenants, en se référant précisément à l’arrêté provincial du 29 juin.

    Cette communication ne précisait toutefois pas le nombre de violations constatées ni les sanctions déjà appliquées.

    Quelques jours plus tard, le gouverneur militaire formule à son tour un appel à la vigilance. Les deux déclarations traduisent une préoccupation persistante des autorités face aux comportements préventifs, mais elles ne fournissent pas encore les éléments nécessaires pour mesurer l’application des décisions antérieures.

    Parallèlement, certaines initiatives se poursuivent. Le PNUD a notamment mobilisé les chefs de quartiers, d’avenues et de dix maisons de Bunia autour de la riposte non médicale. Six engagements communautaires ont été formulés le 3 novembre, particulièrement sur la sensibilisation, la lutte contre les rumeurs et la collaboration avec les services sanitaires.

    Ces efforts témoignent de la poursuite de la mobilisation, même si leurs résultats restent à évaluer sur le terrain.

    La nouvelle déclaration du gouverneur pose ainsi une question de responsabilité partagée. Si les habitants doivent respecter les recommandations sanitaires, les autorités ont également la responsabilité d’assurer des conditions favorables à leur application, de suivre les décisions prises et de communiquer sur les résultats obtenus.

    Quatre mois après l’arrêté du 29 juin, plusieurs interrogations demeurent : quels contrôles ont réellement été effectués ? Quelles infractions ont été constatées ? Quelles sanctions ont été appliquées ? Quels obstacles expliquent les difficultés de respect des mesures, et quelles réponses y ont été apportées ?

    En l’absence de bilan public consolidé, ces questions restent ouvertes.

    Pour une province qui demeure la plus touchée par Ebola en RDC, l’enjeu ne se limite désormais plus à rappeler les mesures de prévention. Il consiste également à démontrer comment les décisions prises sont appliquées, accompagnées et évaluées pour protéger effectivement les populations.

    Rédaction

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