L’ancien vice-gouverneur de l’Ituri et entrepreneur plaide pour un retour à la production locale. Du café aux pommes de terre, il estime que l’agriculture représente une véritable opportunité économique pour la province et pour la RDC, encore dépendantes de produits importés.
L’Ituri peut-il nourrir sa propre population sans dépendre des produits venus des pays voisins ? Pour Pacifique Keta, entrepreneur, la réponse passe par un investissement plus important dans l’agriculture. Il invite notamment les jeunes à considérer ce secteur comme une véritable voie de réussite, plutôt que de se tourner systématiquement vers les start-up.
Dans une interview accordée à Buniaactualite.cd le 20 octobre 2026, l’entrepreneur défend une conviction : l’agriculture est l’un des secteurs dans lesquels les Congolais peuvent créer de la richesse tout en répondant aux besoins de leur population.
« Pour moi, l’entrepreneuriat, c’est dans l’agribusiness », affirme-t-il, convaincu que les possibilités économiques offertes par ce secteur restent largement sous-exploitées.
Des pommes de terre importées, un paradoxe pour l’Ituri
Pour illustrer ce qu’il considère comme une occasion manquée, Pacifique Keta évoque les pommes de terre vendues sur les marchés de l’Ituri, dont une partie provient de Tanzanie ou du Kenya.
Une situation qu’il juge difficile à accepter dans une province disposant de terres agricoles et d’un potentiel de production. Selon lui, l’Ituri doit retrouver sa capacité à produire localement des denrées qu’il est pourtant en mesure de cultiver.
« Ça fait la honte d’apprendre que les pommes que nous avons sur le marché ici proviennent de Tanzanie et/ou du Kenya », déplore-t-il.
Au-delà de ce produit, son propos pose la question de la place accordée à l’agriculture dans l’économie locale. Pour l’entrepreneur, importer des denrées que la province pourrait produire revient à laisser passer des possibilités de création d’emplois, de revenus et de débouchés pour les producteurs locaux.
Il appelle ainsi les Ituriens à relever le défi de la production agricole, au lieu de considérer les importations comme une fatalité.
L’agriculture, une voie d’entrepreneuriat pour les jeunes
Pacifique Keta regrette que l’agriculture soit encore perçue par certaines personnes comme une activité réservée à ceux qui n’ont pas réussi ailleurs. Une mentalité qu’il estime nécessaire de combattre si la RDC veut mieux exploiter ses ressources.
Son message à la jeunesse est direct : avant de se lancer dans les start-up, les jeunes devraient aussi regarder ce que peuvent leur offrir les activités agricoles et la transformation des produits locaux.
À ses yeux, le potentiel du marché intérieur constitue déjà un argument économique majeur. Avec une population qu’il estime à près de dix millions d’habitants en Ituri, il considère qu’un entrepreneur capable de répondre aux besoins d’une petite partie de cette population peut trouver des débouchés intéressants.
L’enjeu consiste donc à identifier les produits recherchés, à organiser leur production et à développer des activités capables de satisfaire progressivement la demande locale.
Actif notamment dans le café, les pommes de terre et d’autres produits agricoles à Mahagi, Pacifique Keta entend promouvoir une dynamique dans laquelle d’autres entrepreneurs pourront s’engager à leur tour.
Son ambition ne se limite pas à la production. Il souhaite voir émerger davantage d’initiatives capables de réduire la dépendance aux produits importés et de limiter les sorties de devises liées aux achats à l’étranger.
Pour lui, la RDC doit apprendre à consommer davantage ce qu’elle produit. Cette orientation suppose de valoriser les producteurs locaux, de développer les filières agricoles et de faire de la production nationale une priorité économique.
Ce fils iturien insiste également sur la capacité du pays à tirer profit de ses terres arables, qu’il évalue à environ 80 millions d’hectares.
Son plaidoyer rejoint ainsi un défi majeur pour l’économie congolaise : transformer le potentiel agricole en production effective, accessible aux consommateurs et capable de concurrencer les produits importés.
Verite Johnson
