« Agir pour l’humanité » : en Ituri, entre guerre, déplacements et espoir, les humanitaires appellent à des solutions durables. Mardi 19 août 2025, à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a animé, au nom de la Coordination opérationnelle humanitaire provinciale, une table ronde à Bunia.
Objectif : échanger autour des principes de l’action humanitaire, du droit humanitaire international, mais aussi sur les défis croissants auxquels font face les acteurs de terrain en Ituri.
Cette rencontre a rassemblé étudiants, représentants politiques, représentants des déplacés, leaders communautaires et société civile, qui ont eu l’occasion de poser des questions franches sur le rôle et les limites des humanitaires.
Une province meurtrie par les conflits
La situation humanitaire en Ituri demeure préoccupante. Emmanuel Cestin, chef du sous-bureau OCHA, a rappelé que les conflits armés continuent de provoquer des déplacements massifs, même si certains mouvements de retour sont observés. Mais les défis restent immenses : « Quand on construit l’école, la sécurité ne dépend pas de nous humanitaires. Plus de 200 structures de santé ont été détruites », a-t-il déploré.
Selon les chiffres les plus récents, la province compte aujourd’hui plus de 1,5 million de déplacés internes, répartis dans 67 sites et familles d’accueil. « Ces déplacés manquent de tout », affirme Louise Wanito, cheffe de division aux actions humanitaires et solidarité nationale, qui décrit une situation « très déplorable » et en constante dégradation depuis août.
Humanitaires sous pression et limités par les moyens
Si les besoins sont énormes, la réponse humanitaire se heurte à des contraintes de plus en plus fortes. Outre le manque de financement, les acteurs humanitaires deviennent eux-mêmes des cibles. Depuis janvier 2025, plus de 25 travailleurs humanitaires ont été victimes de braquages, de pillages ou d’agressions, sur le terrain comme à domicile.
« Nous reconnaissons que les besoins sont réels, mais nous sommes limités par les moyens », a insisté Cynthia Kanyere de l’UNICEF. Une désinformation persistante alimente également la méfiance des communautés, compliquant davantage l’action des ONG.
L’appel à des solutions locales et collectives
Face à ces obstacles, plusieurs voix ont insisté sur la nécessité d’une implication plus forte des acteurs locaux. « La solution doit être d’abord endogène. Les humanitaires ne vont pas résoudre tous les problèmes », a rappelé un intervenant.
Ignace Pauni, de la Commission nationale pour les réfugiés (CNR), a appelé les responsables politiques à s’approprier la recherche de solutions : « Ouvrez la voie pour appuyer le projet de la Solution durable. Il n’est plus le temps à la diabolisation. Vos plateformes doivent être un canal pour passer des messages positifs. »
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Même son de cloche du côté de Jeanne Alasha, conseillère du gouverneur en charge des affaires humanitaires, qui a mis l’accent sur la « mutualisation des forces » pour favoriser le retour de la paix et des solutions durables.
L’Ituri attend toujours la paix
Dans une province où les massacres, les attaques de groupes armés et les déplacements forcés se succèdent, les humanitaires continuent de plaider pour la protection des civils et un soutien accru aux plus vulnérables. Mais tous insistent : sans paix, aucune assistance ne sera suffisante.
En ce jour symbolique, le message est clair : l’Ituri a besoin non seulement de solidarité internationale, mais surtout d’un engagement fort des acteurs locaux et politiques pour sortir de cette crise chronique.
Verite Johnson


