Les massacres et les attaques armées ne constituent plus les seules activités des Forces démocratiques alliées (ADF). Dans son rapport final sur la République démocratique du Congo, le Groupe d’experts des Nations Unies révèle que le mouvement armé a considérablement renforcé ses mécanismes de financement local, transformant plusieurs zones sous son influence en véritables espaces de taxation forcée.
Cacao, circulation des personnes, enlèvements contre rançon et pillages alimentent désormais une part importante de l’économie de guerre du groupe. Des faits relayés aussi régulièrement par buniaactualite.cd ces dernières années.
Selon les experts, cette évolution s’explique notamment par l’affaiblissement progressif des financements extérieurs des ADF, conséquence des opérations antiterroristes menées contre leurs réseaux de soutien. Pour compenser cette diminution de ressources, le groupe a développé un système de prélèvements imposés directement aux populations vivant dans les territoires d’Irumu, de Mambasa et de Lubero.
Le rapport décrit un mode de fonctionnement particulièrement structuré. Les ADF ont instauré des jetons servant de preuves de paiement de taxes ou d’autorisations de circuler. Certains documents, baptisés « Dubius », permettent aux usagers de franchir les zones contrôlées par le groupe, tandis que d’autres, dénommés « Amani na Upendo » ou « Délivrance Cacao », sont remis aux producteurs de cacao après paiement des taxes exigées. Les Nations Unies précisent que ces prélèvements sont imposés de manière coercitive et sous la menace de violences.
Au-delà de cette fiscalité parallèle, les enlèvements contre rançon demeurent une importante source de revenus. Entre janvier et février 2026, plusieurs kidnappings collectifs ont été signalés sur l’axe Komanda-Luna et dans les environs de Mamove. Les victimes étaient sélectionnées en fonction de leur capacité supposée à payer, contraintes à effectuer des travaux forcés durant leur captivité, puis libérées après le versement d’une rançon négociée. Les montants exigés variaient généralement entre 2 000 et 5 000 dollars américains. Les personnes incapables de payer étaient parfois exécutées.
Les enquêteurs soulignent également que les ADF continuent de tirer des revenus des pillages, des vols à main armée et de diverses formes d’extorsion. Dans certaines localités, les habitants sont confrontés à un choix imposé par la force : payer les taxes réclamées par le groupe ou s’exposer à des représailles pouvant aller jusqu’à l’expulsion ou à l’assassinat.
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Le rapport cite notamment une vidéo de propagande dans laquelle un membre des ADF affirme que les populations doivent soit se convertir à l’islam, soit s’acquitter des taxes exigées sous peine d’être tuées ou chassées des territoires contrôlés par le mouvement.
Pour le Groupe d’experts, cette économie de guerre constitue l’un des principaux facteurs de résilience des ADF. En développant des ressources financières directement au sein des territoires qu’elles contrôlent ou infiltrent, les rebelles réduisent leur dépendance vis-à-vis des financements extérieurs et renforcent leur capacité à poursuivre leurs activités malgré les offensives militaires menées contre eux.
Au-delà de l’enjeu sécuritaire, les Nations Unies notent aussi que la population civile contrainte de financer, sous la menace, l’organisation même qui la terrorise. Dans les territoires les plus exposés de l’Ituri et du Nord-Kivu, cette pression économique s’ajoute aux violences armées, aggravant la précarité des ménages déjà fragilisés par des années d’insécurité.
Dans la pratique, peu d’initiatives ont été observées au niveau des autorités locales, notamment en Ituri, pour mettre fin à cette pratique.
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