Archives

    Le gouvernement burkinabè réforme les programmes d’histoire, de géographie et d’instruction civique dans le cadre de sa volonté de «décoloniser» les manuels scolaires. Mise en œuvre depuis la rentrée scolaire d’octobre 2026, cette réforme introduit de nouveaux contenus et un vocabulaire différent dans l’enseignement secondaire.

    Selon RFI, un manuel de 190 pages a été distribué aux enseignants pour les accompagner dans cette nouvelle approche pédagogique, portée par la Révolution progressiste populaire du régime en place à Ouagadougou.

    Pour le ministre burkinabè de l’Enseignement secondaire, Moumouni Zoungrana, les manuels scolaires ont longtemps accordé peu de place aux peuples africains, en privilégiant leurs défaites plutôt que leurs victoires.

    «Quand vous ouvrez nos manuels, nous sommes totalement oubliés. On n’a jamais mis l’accent sur nos victoires», a-t-il déploré, selon les propos rapportés par la Deutsche Welle.

    Cette volonté de rééquilibrer les contenus se traduit notamment par l’introduction de nouveaux sujets en histoire, dont la création de la Confédération des États du Sahel et la «prédation des ressources naturelles du Faso par l’Occident».

    La réforme prévoit également de modifier certains termes employés par les enseignants. Le mot «colonisateur» doit ainsi être remplacé par «envahisseur», tandis que le terme «explorateur» doit céder la place à «espion».

    En géographie, les enseignants sont invités à privilégier les expressions «opportunités» et «défis» plutôt que «problèmes» et «faiblesses». Le terme «ethnie» doit, quant à lui, être remplacé par «groupe socioculture». Les expressions «pays pauvre» et «pays endetté» sont également écartées du vocabulaire recommandé.

    Une place plus importante pour l’Afrique dans les programmes

    Historienne et enseignante-chercheuse à l’université Joseph-Ki-Zerbo de Ouagadougou, Élise Ilboudo a participé à la relecture des programmes scolaires en 2026. Ancienne ministre, elle a également enseigné dans les lycées.

    A lire aussi : Le théâtre à l’honneur au Burkina Faso : l’Ituri représentée ! 

    Interrogée par la DW, elle estime que les changements pourraient notamment concerner les contenus largement consacrés à l’Europe, à l’Amérique ou au monde arabe, au détriment d’une connaissance approfondie du continent africain.

    « Parce que souvent, nous avons plus de connaissances sur ces continents, européen surtout, que sur notre propre continent. Nous avons peu de connaissances même sur notre pays que sur les autres », explique-t-elle.

    L’historienne souligne également la place importante occupée par l’histoire européenne dans les programmes, notamment à partir du collège. Si l’Afrique et le Burkina Faso y sont aussi abordés, elle considère que les contenus correspondants restent souvent généraux.

    Cette réforme vise ainsi à revoir la place accordée à l’histoire africaine et nationale dans l’enseignement, dans un contexte où les autorités burkinabè affichent leur volonté de décoloniser les savoirs.

    Rédaction

    Leave A Reply

    error: Content is protected !!