La situation sécuritaire en Ituri continue de peser lourdement sur les populations, sans distinction d’âge. Enfants, jeunes, adultes ou vieillards : personne n’est réellement épargné.
Buniaactualite.cd revient sur le parcours courageux de Mave Kabona, survivante et symbole de résilience.
Depuis plusieurs années, les violences ont bouleversé des centaines de destins, brisé des familles et arraché à de nombreux enfants la tranquillité et l’avenir auxquels ils avaient droit.
Parmi ces victimes figure Mave Kabona Grâce, originaire du territoire de Djugu. En 2017, alors qu’elle n’avait que 11 ans, sa vie a basculé sur un simple chemin de retour de l’école. Un lieu censé représenter l’espoir, l’avenir et la sécurité… mais qui, ce jour-là, a été le théâtre d’une tragédie.
« J’ai quitté l’école quand les fusils ont commencé à retentir. C’étaient des militaires qui tiraient. J’ai été atteinte au pied, je suis tombée et j’ai perdu connaissance », raconte-t-elle.
Des jeunes du village la conduisent en urgence à l’hôpital de Mabanga, avant qu’elle ne soit transférée à Bunia pour des soins plus spécialisés. C’est là qu’une décision médicale lourde est prise : son pied ne pourra pas être sauvé. Pour une fillette de 11 ans, l’épreuve est immense. Elle confie avoir traversé une période de grande souffrance et de faiblesse, marquée par des pertes de connaissance répétées.
Une main tendue qui change une vie
C’est au cœur de cette période difficile qu’elle rencontre l’AMAB, une organisation partenaire du Fonds au profit des victimes de la Cour pénale internationale (CPI). Leur soutien marque un tournant décisif dans sa reconstruction.
« Ils m’ont tellement aidée… Ils m’ont ramenée jusqu’à Bukavu à l’hôpital. Là-bas, on m’a donné une prothèse. »
De retour à Bunia, Grâce est intégrée dans une formation professionnelle. Elle choisit la coupe et couture, un domaine qui lui permet de développer un talent et de retrouver une forme d’indépendance. Après un an de formation, elle obtient son brevet et reçoit une machine à coudre.
Grâce se déplace sur une prothèse, après avoir perdu l’un de ses deux pieds. Malgré cette réalité, elle a tenu débout au sens propre comme au figuré. Elle a réappris à marcher, avec une détermination. Aujourd’hui, elle avance sur un pied, soutenue par sa prothèse, et refuse que son handicap définisse sa vie.
Aujourd’hui, à 19 ans, elle raconte son quotidien avec dignité :
« Grâce à cette machine, j’arrive à me nourrir et à subvenir à mes besoins. Je vis bien grâce aux travaux qu’on m’a appris. »
Un témoignage devant les autorités provinciales
Son histoire a été présentée publiquement lors de la cérémonie officielle de restitution des travaux de l’atelier de capacitation des projets d’assistance du Fonds pour les victimes. L’événement s’est tenu en présence de plusieurs personnalités, dont le lieutenant-général Luboya N’kasama, gouverneur de l’Ituri sous état de siège.
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Le programme, étendu sur cinq ans, vise à accompagner de nombreuses victimes touchées par les violences dans la province. L’histoire de Grâce illustre ce que ce soutien peut produire : redonner une dignité, restaurer une autonomie, permettre à une vie brisée de retrouver de l’élan.
Loin de s’apitoyer sur son sort, Grâce incarne cette jeunesse iturienne blessée mais déterminée à avancer. Son témoignage, simple et direct, émeut autant qu’il inspire. Il rappelle, dans une province meurtrie, qu’au-delà des statistiques et des rapports, il y a des enfants, des rêves, et des vies qui continuent malgré tout.
Son histoire n’efface pas la douleur ni les années de violence, mais elle porte un message : la reconstruction est possible, surtout lorsque des mains se tendent au bon moment.
Verite Johnson

