À ce 6 mai 2025, l’administration spéciale dite « état de siège », décrétée par Félix Antoine Tshisekedi en Ituri et au Nord-Kivu, totalise 4 ans. Pour le cas échéant de l’Ituri, quel bilan dressé et quelle appréciation faire ? En tout cas, des opinions des couches sociopolitiques divergent.
Et si Luboya demandait lui-même la levée de l’état de siège ?
D’entrée de jeu, l’Assemblée provinciale de l’Ituri estime que l’intensification des opérations de l’armée ougandaise UPDF est la preuve d’un « échec » de ce régime militaire. Ainsi, l’organe délibérant pense que l’État congolais devrait profiter de la présence des UPDF pour réorganiser ses soldats qui semblaient devenir plus administratifs que militaires.
Revenant sur le propos du gouverneur Luboya lors de son récent retour de Kinshasa, l’assemblée provinciale argumente que si réellement l’autorité provinciale se félicite d’avoir pacifié 4 territoires sur 5, il serait mieux que l’état de siège soit levé.
« 4 ans après, l’état de siège doit être levé. L’état de siège se contente des méthodes et stratégies applicables par un gouvernement provincial civil c’est-à-dire sensibiliser et négocier avec l’ennemi qui tue les pauvres citoyens. Le gouverneur ayant estimé avoir sécurisé 4 territoires qu’il n’a pas su énumérer, en homme responsable, le gouverneur allait fièrement demander lui-même la levée de l’état de siège car je n’ai jamais vu un médecin qui retient son malade à l’hôpital tout en le déclarant guéri », a estimé le député provincial Ayile Way mandaté par le président Samy Jakwong’a pour parler au nom de l’assemblée provinciale.
Avis contraire auprès de la classe politique
La version de l’Assemblée Provinciale ne trouve pas d’écho favorable auprès de l’acteur politique Luc Malembe, proche du régime militaire en Ituri qui reconnaît certains efforts malgré le fait que plusieurs points restent à faire sur le plan sécuritaire. Connu pour ses critiques farouches au début de l’état de siège contre ce même régime, Malembe salue la pacification de certains coins jadis mouroirs comme Nyakunde, Boga, la RN 27, etc.
« En mai 2021, presque tous les territoires de l’Ituri étaient en feu et en sang à part le territoire d’Aru. À Mahagi, Zaïre-Mazembe faisait rage dans le groupement Angal 2. À Mambasa, c’était terrible avec les ADF. À Irumu, la milice Tchini ya Kilima avait incendié le chef-lieu du territoire, la route de Nyakunde impraticable, l’hôpital vidé. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui et même à Djugu, il ne reste qu’une partie à pacifier mais il y a des choses à faire », estime Malembe qui, ce jour, est proche du régime militaire après avoir quitté Fayulu dans l’opposition pour l’union sacrée.
Un état de siège infrastructurel négatif sur la sécurité,…
De l’état de siège infrastructurel l’an passé, un membre du gouvernement provincial en veilleuse reste clair et s’interroge : « combien de groupes armés ont été éradiqués ? Bien au contraire, d’autres naissent et une rébellion est confirmée ».
L’avocat Pascal Kakoraki précise que l’état de siège ne doit pas chaque fois mettre dans son actif les actions du développement financées par le gouvernement central.
L’état de siège, encore une opportunité pour la jeunesse
Pour sa part, la jeunesse continue à prendre l’état de siège comme une opportunité de mettre fin à l’insécurité en Ituri, mais à la condition que ses animateurs puissent peaufiner d’autres stratégies. Outre cela, lutter contre des abus dans lesquels certains militaires sont cités, notamment l’affairisme minier.
Deogratias Bungamuzi Kukwabo, président du conseil provincial de la jeunesse, chiffrait à 60 % le bilan de l’état de siège : « Pour moi, jusque-là, la situation n’est pas encore maîtrisée, d’autant plus qu’il y a encore des défis. » ADF qui continue à semer la terreur dans les territoires de Mambasa et d’Irumu. On sent de l’axiome et de l’affairisme au sein de l’armée parce que certains militants des droits de l’homme continuent à accuser certains militaires dans l’exploitation minière.
Le lieutenant Jules Ngongo, porte-parole de l’état de siège, a promis de donner son bilan dans un laps de temps.
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L’ordonnance décrétant l’état de siège était claire, je cite : « Éradiquer complètement des groupes armés et les anéantir pour la sécurité de la population. » (fin de citation) En Ituri, on a assisté à la naissance d’autres groupes armés, entre autres MAPI, Tchini ya Tuna à Walese Vonkutu, CRP sur le littoral du lac Albert, Djamukula batu en secteur de Banyali Kilo, sans parler de la traversée de plusieurs factions Mai-Mai du Nord-Kivu vers Ituri, précisément à Babila Babombi dans le territoire de Mambasa.
Nickson Manzekele

