La société civile de Mahagi tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme : la souveraineté nationale ne se limite pas au territoire ou aux institutions elle se joue aussi dans l’économie quotidienne. Et pour ces acteurs locaux, l’usage massif du Shilling ougandais dans cette zone frontalière constitue une véritable menace pour la souveraineté monétaire de la République démocratique du Congo.
Selon leurs estimations, près de 80 % des transactions à Mahagi se font en Shilling. Dans le territoire voisin d’Aru, la situation serait encore plus préoccupante : le Franc congolais (FC) est presque absent du marché. Tout produits, services, petites transactions s’effectue en monnaie ougandaise, parfois sans aucune possibilité de conversion en monnaie nationale.
« Moi ? Non, je ne prends pas le Franc congolais », rétorque un petit commerçant rencontré par buniaactualite.cd à Aru. Ses prix sont fixés uniquement en Shilling, et il refuse même d’en donner l’équivalent en FC. Une réponse qui illustre la profondeur du phénomène.
À Mahagi, le Franc congolais continue de circuler essentiellement grâce aux paiements effectués par les fonctionnaires de l’État, rapporte la société civile. Mais cette présence demeure fragile. C’est pourquoi elle recommande d’imposer l’usage du FC dans les services publics, en commençant par les écoles et les structures médicales. Elle préconise aussi d’injecter une masse monétaire suffisante dans la région et de mettre en place un mécanisme de contrôle aux frontières pour limiter l’entrée massive des monnaies étrangères.
À ces difficultés s’ajoute un autre défi majeur : la forte dépendance aux produits provenant d’Ouganda. Une grande partie de ce qui est consommé à Mahagi et à Aru traverse la frontière, créant un rapport économique déséquilibré. Dans certaines activités locales même les plus modestes, comme la production de chapati la présence d’opérateurs ougandais est marquée. Le cas à Aru.
C’est dans ce contexte qu’est intervenu, le 11 novembre, le message de Nestor Balombo, chef de section études et documentation du P-DDRCS, lors de l’installation du Cadre de Concertation pour la Paix et l’Appui au P-DDRCS (CCPAP) à Mahagi.
Le CCPAP a pour mission d’améliorer la coordination des actions de stabilisation, de renforcer le dialogue entre différentes composantes sociales et de soutenir la mise en œuvre du programme DDRCS. Il sert aussi d’espace de redevabilité, de transparence et de cohérence dans les initiatives locales.
Dans son intervention, Nestor Balombo a invité les membres du cadre à réfléchir à des solutions innovantes, soulignant que la paix durable n’est possible que si la souveraineté économique est préservée. Parmi les pistes évoquées : encourager résolument l’usage du Franc congolais afin d’inverser la tendance actuelle qui voit le Shilling ougandais dominer les échanges transfrontaliers.
Pour la société civile comme pour les institutions locales, l’enjeu est clair : restaurer la souveraineté économique fait partie intégrante de la construction de la paix, de la stabilité et de la dignité nationales. Dans ces territoires frontaliers, la reconquête de la monnaie nationale apparaît comme un impératif autant économique que symbolique.
Verite Johnson

