En Ituri, la violence ne se résume pas aux morts et aux déplacements de populations. Elle laisse aussi derrière elle des plaies silencieuses, profondes, souvent négligées : celles de l’esprit. Derrière les maisons incendiées, les villages abandonnés et les corps meurtris, des milliers de civils portent un lourd traumatisme psychologique, conséquence d’années d’attaques armées à répétition.
De Boga à Bunia, en passant par plusieurs localités du territoire, le stress post-traumatique s’impose désormais comme une réalité du quotidien. Hommes, femmes et enfants vivent avec la peur constante, les cauchemars, les pertes de mémoire ou encore des crises d’angoisse. Une souffrance bien réelle, mais encore largement invisible et insuffisamment prise en charge.
À l’hôpital général de référence de Boga, les équipes médicales sont confrontées chaque jour à ces séquelles psychologiques. Le médecin directeur reconnaît que des initiatives existent, mais restent limitées face à l’ampleur des besoins :
« À l’hôpital de Boga, une ONG a formé des spécialistes pour la prise en chare des cas de traumatisme ».
Pour de nombreux leaders communautaires, la santé mentale s’impose aujourd’hui comme une urgence majeure. James Byensi, leader d’opinion en Ituri et pasteur, appelle à une prise de conscience collective :
« On ne cherche pas seulement les âmes actuellement, on doit aussi prendre en charge, accompagné ceux qui sont traumatisés ».
Même son de cloche du côté de la société civile, qui dresse un constat préoccupant. Pour elle, le traumatisme est devenu une réalité dominante en Ituri, mais reste relégué au second plan dans les priorités :
« Le traumatisme c’est le grand mot que l’Ituri connaît actuellement. C’est le traumatisme qui devait occuper la place prépondérante actuellement en Ituri. Mais qui s’en occupe ? » s’interroge Dieudonné Lossa au micro de buniaactualite.cd.
Sur le terrain, les victimes continuent de vivre avec ce poids au quotidien. L’une d’elles témoigne d’un parcours marqué à la fois par des blessures physiques et des séquelles psychologiques durables :
« Après avoir été atteint par balle, j’avais perdu connaissance. On a coupé un pied. À chaque fois que je voyais quelqu’un sur béquille, je perdais connaissance ».
Face à cette détresse, certaines structures religieuses tentent d’apporter un accompagnement. À la cathédrale de Boga, le curé assistant explique que des enseignements spécifiques sont proposés pour aider les fidèles à comprendre et à surmonter les traumatismes liés à la guerre.
Sur le plan médical, les spécialistes alertent également sur la gravité de ces troubles lorsqu’ils ne sont pas pris en charge :
« Les personnes présentant déjà une vulnérabilité ou une condition preexistante en santé mentale peuvent voir leurs difficultés s’aggraver, notamment sous forme de tristesse profonde, d’anxiété généralisée, pouvant s’entrelacer avec des symptomatologies multiples, incluant parfois des manifestations psychotiques », explique Rachel Akonkwa, agent de terrain santé mentale au sein de CICR.
Dans une province marquée par des années de violences, la santé mentale reste un domaine encore fragile, peu structuré, mais pourtant essentiel. Car sans guérison intérieure, les blessures du conflit continuent de se transmettre, silencieusement, de génération en génération.
Verite Johnson

