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    Au cœur de Aru, le long du boulevard du 30 Juin, un bâtiment à l’histoire atypique symbolise aujourd’hui les limites du système carcéral local. Conçu initialement comme salle de tribunal, puis utilisé comme dépôt par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, il a été transformé en prison en 1987 à la demande des autorités locales.

    Mais ce lieu, réhabilité en 2011 avec l’appui de la MONUSCO, peine désormais à remplir sa mission. Prévue pour accueillir 75 détenus, la prison d’Aru en compte aujourd’hui 145, un chiffre qui peut dépasser les 200 selon l’administration pénitentiaire.

    Derrière les murs, la promiscuité est devenue la règle. Femmes, mineurs et adultes cohabitent dans des conditions précaires. Fin 2025, on y dénombrait notamment 6 femmes, 7 mineurs et même une femme avec un nourrisson. Une situation qui interroge sur le respect des normes minimales de détention.

    À l’extérieur, les cris des détenus interpellent. À chaque passage, ils lancent des appels à l’aide, révélant une détresse profonde devenue presque banale pour les riverains.

    Les besoins sont criants : insuffisance alimentaire, manque de médicaments, pénurie d’eau. Plus grave encore, la prison ne dispose pas de clôture adéquate, exposant les détenus dans un espace ouvert en plein centre urbain.

    Sur le plan judiciaire, les dysfonctionnements aggravent la situation. La majorité des détenus est en détention préventive, souvent pour des dossiers relevant de la justice militaire. Or, la juridiction militaire compétente est absente à Aru, ce qui ralentit considérablement le traitement des dossiers.

    Malgré quelques jugements rendus récemment, des retards administratifs persistent. Certains condamnés attendent encore la transmission officielle de leurs décisions judiciaires, bloquant leur transfert ou leur libération.

    À cela s’ajoute un déficit chronique de financement. Depuis plus d’un an, aucune subvention publique n’a été allouée à la prison. Le directeur affirme avoir recours à des crédits pour nourrir les détenus. Les conditions de couchage restent rudimentaires, avec des nattes fournies en 2023 comme principal équipement.

    La population carcérale reflète également une diversité préoccupante : présence d’étrangers, cas de récidive, mais aussi situations extrêmes. Le plus jeune détenu, âgé de 6 ans, est poursuivi pour viol, tandis que le plus âgé a 69 ans et est incarcéré pour meurtre. Certains détenus ont déjà purgé leur peine, mais restent incarcérés faute de suivi administratif.

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    Dans cet environnement saturé, la prison centrale d’Aru illustre une crise silencieuse : celle d’un système pénitentiaire sous pression, marqué par la surpopulation, la lenteur judiciaire et l’insuffisance des moyens. Une réalité connue des autorités locales, qui affirment mener des plaidoyers, mais dont les effets concrets tardent encore à se faire sentir.

    Rédaction

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