Jeudi 25 septembre 2025, la ville de Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, s’est réveillée avec deux événements intéressants : la publication par la mairie d’un communiqué portant mise en place d’une série de mesures « urgentes » de prévention et de sécurité routière, ainsi que le début d’un bouclage mené par la police pour traquer les motos-taxis ne respectant pas ces mesures.
Selon le communiqué du maire, les conducteurs de motos-taxis doivent désormais détenir :
- une plaque d’immatriculation sur la moto,
- un casque de protection,
- un gilet numéroté,
- une carte d’identification complète.
Tout ceci afin de garantir la sécurité routière et préserver des vies humaines.
Le communiqué précise que la mesure fait suite à la recrudescence des accidents de circulation enregistrés, particulièrement sur les tronçons asphaltés dans la ville.
Des mesures salutaires au mauvais moment ?
Ce même matin, des policiers régulant la circulation routière ont été visibles, interpellant des motards non en ordre avec les mesures de sécurité adoptées par les autorités urbaines. Un geste à la base de graves contestations, certains motards évoquant des mesures budgétivores au regard de la situation socio-économique à laquelle ils restent soumis, notamment à cause de l’insécurité en province.
« C’est bien la mesure, mais suivant ce que nous traversons actuellement, que le maire nous aide. Avec l’insécurité en dehors de la ville, nous sommes incapables de maximiser normalement la recette. Maintenant ils nous demandent d’acheter les gilets, les casques alors qu’on ne se déplace même pas (…) Nous lui demandons d’être patient », a plaidé un motard rencontré au rond-point Picnic dans le centre-ville de Bunia.
Pour André, un autre motard :
« Ils veulent commercialiser cette situation. S’ils veulent que nous portions des casques, qu’ils aillent dans des maisons qui vendent des motos et leur exigent de chaque fois ramener les équipements de protection complets. Nous n’allons pas acheter ces équipements. Qu’ils s’occupent du rétablissement de la sécurité ».
Au-delà de la question sur l’opportunité, d’autres motards évoquent la qualité de ces matériels. L’un d’eux a fustigé le modèle des casques proposés par les autorités :
« Nous refusons cela. Tu vois, ces casques t’empêchent de bien auditionner ce qui se dit à côté de toi, même lorsque quelqu’un t’appelle, tu n’entends pas. En plus, ces casques provoquent de fortes chaleurs », a relevé l’un des contestataires.
Au-delà de ces opinions contraires à la mesure, certains motards reconnaissent néanmoins que des sensibilisations préalables avaient été effectuées en rapport, pour les amener à acheter ces combinaisons.
Ceux qui les avaient déjà acquis disent faire face à des représailles de leurs collègues hostiles à l’initiative. Du côté de la police, le commissaire supérieur Ndolelire Yassin, commandant du groupe PCR, appelle les taximen victimes de ces actes à dénoncer leurs auteurs auprès des services de sécurité.
Rappelons que ce n’est pas pour la première fois que motards et services spécialisés vivent à couteaux tirés suite à des mesures visant à réguler la circulation dans la ville. En attendant la suite des événements, les motards dont les engins sont saisis paient des sommes allant jusqu’à 30 dollars comme frais d’amendes, et sont contraints d’office d’acheter les outils exigés.
Grâce Kasemire et Afoyogira Uyergiu

