Treize (13 ) ans après avoir sombré dans le silence et la douleur, la réserve naturelle d’Epulu, au cœur du territoire de Mambasa en Ituri, retrouve peu à peu son souffle. L’okapi, animal emblématique de la République démocratique du Congo, y fait enfin son grand retour. Nous sommes fin juin 2025.
Un retour aussi discret que symbolique, qui marque une nouvelle ère pour la conservation, le tourisme et la paix dans cette région meurtrie.
En 2012, les balles et les flammes du tristement célèbre Paul Sadala alias Morgan (tué en avril 2014) avaient ravagé la réserve, massacrant plusieurs Okapis et contraignant les survivants à fuir leur habitat naturel. Depuis, le site, pourtant classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, portait les stigmates d’un passé douloureux. Aujourd’hui, l’annonce du retour de cet animal totem résonne comme un acte de résilience.
« Actuellement, nous avons d’abord une femelle Okapi que nous avons réintroduite, mais le processus de capture est en cours », confie à la presse militaire Balemba Balagizi Emmanuel, conservateur en chef de la réserve. Ce travail de réintroduction n’est pas qu’une opération technique. Il s’appuie sur la tradition, le savoir-faire des pygmées et l’implication des communautés locales. Une véritable alliance entre science, coutume et engagement populaire.
La sécurisation progressive de la réserve de faune à Okapi a ouvert la voie à cette renaissance. Autrefois livrée aux groupes armés, Epulu est désormais mieux protégée, ce qui a permis d’envisager le retour de l’animal. Déjà en 2017, une estimation faisait état de plus de 3 000 okapis vivant en état sauvage dans la région. Aujourd’hui, la réintroduction dans le zoo d’Epulu redonne vie à un espoir longtemps brisé.

La nouvelle a suscité l’attention des autorités. Le gouverneur militaire de l’Ituri qui venait de recevoir la délégation locale de l’ICCN, le Lieutenant-Général Luboya N’kashama Jonny, a annoncé une visite prochaine sur le site, tant pour constater de ses propres yeux la présence de l’animal que pour sensibiliser la population à sa préservation. L’okapi n’est pas qu’un symbole : il incarne un patrimoine vivant, une richesse naturelle que l’Ituri entend désormais protéger.
Au-delà de l’émotion, ce retour est aussi une aubaine pour le tourisme, longtemps paralysé par l’insécurité. L’okapi, espèce endémique et mystérieuse, continue de fasciner chercheurs, amoureux de la nature et visiteurs étrangers. Sa présence à Epulu redonne à l’Ituri une image positive et relance les espoirs d’un développement durable axé sur l’écotourisme.
Car derrière la silhouette silencieuse de l’Okapi, se cache une promesse. Celle d’une province qui refuse de sombrer, d’un peuple qui choisit la préservation plutôt que la destruction, et d’une nature qui, lentement mais sûrement, reprend ses droits. Le retour de l’Okapi n’est pas qu’une bonne nouvelle pour les écologistes. C’est un cri de victoire. Celui de la paix sur la peur, de la vie sur la violence.
Verite Johnson

