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    Les récentes déclarations de Félix Tshisekedi sur les élections de 2028 et l’éventualité d’un troisième mandat relancent un débat politique sensible en République démocratique du Congo, dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est et les tensions institutionnelles persistantes.

    Lors de sa conférence de presse à Kinshasa, le chef de l’État a d’abord insisté sur la nécessité de préserver l’unité territoriale et l’inclusivité électorale, affirmant qu’il serait inacceptable d’organiser des élections sans certaines provinces actuellement affectées par l’insécurité.

    « Nous avons réussi la première alternance au pays depuis 1960. Nous n’avons pas le droit de cracher sur un tel héritage. Mais on ne va pas organiser les élections en 2028 sans le Nord et le Sud-Kivu », a déclaré Félix Tshisekedi. Cette phrase est politiquement lourde de sens.

    D’un côté, elle peut être interprétée comme une défense du principe démocratique et de l’intégrité territoriale. Organiser une présidentielle sans une partie du pays risquerait de fragiliser davantage la légitimité des institutions.

    Dans un pays où les conflits armés affectent déjà la cohésion nationale, le pouvoir cherche visiblement à éviter toute impression d’exclusion politique des populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

    Mais d’un autre côté, cette déclaration ouvre aussi un terrain délicat, celui du risque de conditionner le calendrier électoral à une situation sécuritaire dont l’amélioration reste incertaine. Or, en RDC comme ailleurs en Afrique, les reports électoraux motivés par des impératifs sécuritaires ont souvent alimenté la méfiance politique et les crises institutionnelles.

    L’autre déclaration du président, concernant un éventuel troisième mandat, est encore plus sensible.

    « Je n’ai pas sollicité le troisième mandat, mais je vous le dis, si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai », a-t-il affirmé.

    Sur le plan politique, cette phrase constitue une ouverture calculée. Officiellement, Félix Tshisekedi dit ne pas être demandeur.

    Mais en introduisant l’hypothèse d’un “appel du peuple”, il maintient volontairement le débat ouvert.

    Cette stratégie n’est pas nouvelle dans plusieurs systèmes politiques africains. « Tester » progressivement l’opinion publique avant toute initiative formelle de révision constitutionnelle ou de repositionnement politique.

    Or, la Constitution congolaise limite clairement le président à deux mandats. C’est précisément ce verrou constitutionnel qui avait provoqué de fortes tensions sous Joseph Kabila lorsque la question du maintien au pouvoir s’était posée.

    Le paradoxe est donc important. Félix Tshisekedi présente l’alternance de 2019 comme un héritage démocratique historique, tout en laissant apparaître la possibilité d’un prolongement de son propre pouvoir si une dynamique populaire venait à l’exiger.

    Cette ambiguïté risque d’alimenter rapidement les inquiétudes de l’opposition et de la société civile, qui restent extrêmement vigilantes sur toute question touchant à la limitation des mandats présidentiels.

    Sans paix durable dans l’Est, il sera difficile de garantir un processus électoral normal et une stabilité politique complète.

    Mais cette position comporte aussi un risque majeur. Plus la guerre perdure dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, plus le débat sur 2028 pourrait se déplacer du terrain électoral vers celui de la sécurité nationale, avec toutes les tensions politiques que cela implique. La question de l’Ituri peut aussi être associée.

    En filigrane, Félix Tshisekedi prépare déjà le terrain des prochaines batailles politiques. Et dans un pays où les questions de mandat présidentiel ont souvent provoqué des crises majeures, chaque mot prononcé sur ce sujet devient désormais hautement stratégique.

     

    Rédaction

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