Le territoire de Djugu, en proie à l’insécurité depuis décembre 2017, continue d’enregistrer des pertes en vies humaines malgré les multiples efforts des autorités provinciales, nationales et internationales – notamment ceux de la MONUSCO – pour y restaurer l’autorité de l’État. Ce mercredi 14 mai 2025, une série d’attaques meurtrières a été signalée dans plusieurs localités, impliquant les groupes armés CODECO et Zaïre, cités comme auteurs de ces violences.
Zaïre, ce groupe armé « tueur silencieux », accusé près de Kpadroma
Des hommes armés, identifiés comme appartenant à la milice Zaïre, ont fait irruption ce mercredi 14 mai au village Dhendo, situé dans le secteur de Walendu Pitsi, non loin de Kpadroma, en territoire de Djugu. Le bilan provisoire fait état de trois morts, dont une femme et ses deux enfants.
Deux autres civils ont été blessés lors de cette incursion, et plusieurs habitations ont été incendiées avec tous leurs biens. La Coalition associative résolue pour la défense des droits humains (COARDHO), contactée par buniaactualite.cd, fait également état d’un déplacement massif de la population vers Jibba pour y trouver refuge.
« (…) Une incursion d’un groupe armé identifié comme appartenant à Zaïre, venu de Dhendo, en chefferie de Bahema-Nord, a été signalée à 12h50. À leur arrivée, ils ont tué une femme et ses deux enfants, blessé deux autres civils, et incendié plusieurs habitations avec leur contenu », rapporte Ngabu Ngandru Benjamin, président de la COARDHO/Djugu.
Il appelle les autorités militaires à agir rapidement pour démanteler les auteurs de cette attaque qu’il qualifie de « provocation » : « Nous sommes profondément inquiets face à ces actes de barbarie et de provocation inqualifiables. Nous demandons une intervention urgente des autorités sécuritaires afin d’éviter d’éventuelles attaques dans cette zone qui semblait déjà stabilisée. Nous appelons également le gouvernement congolais, à travers l’état de siège, à prendre en charge les dépouilles, les familles étant pour l’instant dans l’impossibilité de le faire. »
CODECO poursuit la terreur dans deux autres villages
Pendant ce temps, à Berunda, quatre corps sans vie de civils ont été découverts ce mercredi 14 mai 2025. Ces personnes auraient été tuées cinq jours plus tôt, le 9 mai, par des miliciens de la Coopérative pour le Développement du Congo (CODECO), au village Ukethi, dans la chefferie de Bahema-Nord. Les victimes exploitaient de l’or lorsqu’elles ont été attaquées par ces miliciens venus de la chefferie de Mabendi, toujours en territoire de Djugu.
Les corps, en état avancé de décomposition, ont été inhumés sur place, selon Charité Banza, qui alerte sur la détérioration de la situation sécuritaire. La société civile locale s’indigne : « Pourquoi CODECO ne respecte-t-il pas ses engagements de paix ? »
Plus au sud, dans la chefferie de Bahema-Badjere, précisément au village Lenge (près de Bule), d’autres violences ont été enregistrées. Des déplacés qui s’étaient aventurés hors de leur site à Tsukpa pour chercher de quoi se nourrir sont tombés dans une embuscade tendue par des miliciens CODECO ce même 14 mai. Un homme âgé a été abattu sur le champ.
Trois autres personnes sont portées disparues, et 40 chèvres ont été pillées, selon Désiré Malondra, responsable de la société civile locale, toujours dans des propos recueillis par buniaactualite.cd.
Il convient de rappeler que l’insécurité dans la province de l’Ituri trouve ses racines dans le territoire de Djugu, où un groupe armé avait pris naissance en décembre 2017 dans la forêt de Wago. D’abord qualifiés d’assaillants, ces éléments ont ensuite été identifiés comme appartenant à la milice CODECO. Leur action a incité d’autres civils à prendre les armes, se réclamant de l’« autodéfense ».
Nickson Manzekele

