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    Derrière les combinaisons de protection, les prélèvements biologiques et les analyses de laboratoire se trouvent des femmes et des hommes dont le travail est souvent méconnu du grand public. En Ituri, l’un d’eux s’appelle Mike Maki Kasima. Biologiste médical originaire de Bunia, il fait partie de ces professionnels sollicités lors des grandes urgences sanitaires en République démocratique du Congo. 

    Des épidémies d’Ebola à la pandémie de Covid-19, son parcours illustre l’engagement parfois «discret» mais essentiel des scientifiques de laboratoire dans la protection de la santé publique.

    En 2026, lorsqu’une nouvelle flambée d’Ebola est signalée en Ituri, Mike Maki Kasima est de nouveau appelé sur le terrain. Selon son témoignage, il participe aux prélèvements de cas suspects au Centre de traitement d’Ebola de Rwampara et prend part aux investigations menées par les équipes de riposte. Intégré à l’équipe d’intervention rapide de la Division provinciale de la santé (DPS), il est ensuite déployé à Mongbwalu, épicentre de l’épidémie, où il effectue plusieurs prélèvements contribuant aux investigations épidémiologiques. Une mission à haut risque, semblable à celles qu’il avait déjà connues lors de précédentes crises sanitaires.

    Quelle histoire se cache derrière l’engagement de ce professionnel habitué aux interventions d’urgence?

    Une vocation née de la souffrance

    Avant de travailler dans les laboratoires de santé publique, Mike Maki Kasima a lui-même connu la maladie.

    « Durant mon enfance, j’ai été souvent malade. Je dois la vie aux missionnaires de Bonne Volonté de Boga, qui m’ont pris en charge avec le soutien de ma grand-mère. En grandissant, j’ai été profondément marqué par les souffrances de ma famille et de notre communauté. C’est cette expérience qui m’a donné la vocation de devenir biologiste médical afin de contribuer, à mon tour, à sauver des vies », raconte-t-il dans un entretien avec Buniaactualite.cd.

    Cette expérience personnelle façonne très tôt sa vision de la médecine et de la recherche biomédicale. Alors que d’autres choisissent la pratique clinique, lui s’oriente vers les sciences de laboratoire, convaincu que le diagnostic constitue l’une des premières armes contre les maladies infectieuses.

    Un parcours académique construit avec rigueur

    Après l’obtention de son diplôme d’État en biochimie à Lubumbashi en 2013, Mike Maki Kasima poursuit sa formation à l’Institut supérieur des techniques médicales (ISTM) de Bunia. Il y obtient un graduat en techniques de laboratoire en 2018, puis une licence en biologie médicale en 2023.

    Cette formation lui permet d’acquérir des compétences en analyses biomédicales, en biosécurité et en diagnostic moléculaire. Au fil des années, il se perfectionne également sur plusieurs technologies utilisées dans la détection des maladies à potentiel épidémique, notamment la plateforme GeneXpert et les techniques de biologie moléculaire appliquées au diagnostic d’Ebola, du Mpox, du choléra et d’autres infections.

    Des laboratoires de Mambasa aux premières lignes de la riposte

    Le parcours professionnel de Mike Maki Kasima prend une dimension particulière lors de la dixième épidémie de maladie à virus Ebola, qui touche l’est de la République démocratique du Congo entre 2018 et 2020. Affecté au laboratoire mobile de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Mambasa, il occupe successivement les fonctions de chef de laboratoire mobile, de vice-président chargé des opérations et de président de la commission laboratoire.

    Pour le jeune biologiste, cette première expérience constitue un tournant.

    « Ma première mission a été une véritable école. J’y ai énormément appris auprès des experts de l’Institut national de recherche biomédicale. Cette expérience a renforcé mes compétences et m’a ouvert de nombreuses opportunités professionnelles dont je bénéficie encore aujourd’hui », témoigne-t-il.

    Au fil des interventions, Mike Maki Kasima développe une expertise en diagnostic moléculaire et en gestion des laboratoires déployés lors des urgences de santé publique. Cette spécialisation lui vaut d’être régulièrement sollicité dans les dispositifs de riposte.

    Épisode de la pandémie de Covid-19

    Lorsque la pandémie de Covid-19 atteint la République démocratique du Congo, le biologiste est recruté comme technicien biomédical par Médecins Sans Frontières (MSF-Suisse) au Centre de traitement Covid-19 (CTCO) de Bunia.

    Cette nouvelle crise sanitaire impose des défis différents de ceux rencontrés pendant les épidémies d’Ebola. Les analyses se multiplient, les protocoles évoluent rapidement et les équipes médicales doivent s’adapter à une maladie encore mal connue.

    Parallèlement à ses activités liées aux urgences épidémiologiques, Mike Maki Kasima collabore également pendant plus de deux ans avec MSF-Suisse dans le cadre du projet de chirurgie du Centre Hospitalier Salama de Bunia, renforçant ainsi son expérience en laboratoire hospitalier.

    Au cours de ces années, il suit plusieurs formations spécialisées portant notamment sur la biosécurité, le transport des échantillons biologiques et les technologies de diagnostic moléculaire. Des compétences consolidées avec l’appui de partenaires, dont le projet EPIC de FHI 360.

    Le poids des missions à haut risque

    Derrière les résultats d’analyses et les rapports scientifiques se cachent aussi des expériences humaines parfois douloureuses.

    Les interventions lors des épidémies exposent les équipes de laboratoire à des risques permanents. Au-delà des longues journées de travail et des protocoles de sécurité particulièrement stricts, les biologistes sont confrontés à la souffrance des patients et à la perte de collègues.

    « Le plus éprouvant a été de voir des patients mourir sous mes yeux. J’ai également vu des collègues être contaminés. J’ai perdu un proche collaborateur du laboratoire, tandis qu’un autre collègue, lui aussi infecté, a heureusement survécu. Ce furent des moments de très grand stress, mais nous avons continué à accomplir notre mission », confie-t-il.

    Ces souvenirs restent gravés dans sa mémoire. Ils rappellent que, derrière chaque riposte épidémique, des professionnels travaillent dans l’ombre, souvent loin des caméras, pour permettre un diagnostic rapide et soutenir la prise en charge des malades.

    Aujourd’hui, Mike Maki Kasima met son expérience au service du Laboratoire provincial de santé publique de l’Ituri, où il occupe les fonctions de chef du service de biologie moléculaire. À ce poste, il supervise les analyses de détection des maladies à potentiel épidémique et participe au renforcement des capacités diagnostiques de la province.

    Il assure également les fonctions de chef du pilier laboratoire au sein de la sous-coordination de Mongbwalu, où il coordonne les activités de laboratoire lors des interventions sanitaires. En parallèle, il est deuxième vice-président honoraire du Conseil national des biologistes et techniciens de laboratoire (CNBM/Ituri), une responsabilité qu’il assume depuis 2021 pour promouvoir la profession et défendre les intérêts des biologistes et techniciens de laboratoire de la province.

    Malgré les années passées sur le terrain, Mike Maki Kasima estime que son parcours ne fait que commencer. Son ambition est de poursuivre sa formation scientifique afin de contribuer davantage à la recherche et à la lutte contre les maladies infectieuses.

    « Mon ambition est de poursuivre mes études, d’approfondir mes connaissances scientifiques et de devenir une référence dans le domaine de la virologie, afin de contribuer davantage au renforcement de la santé publique en République démocratique du Congo », affirme-t-il.

    Pour lui, investir dans les laboratoires, la formation des biologistes médicaux et le diagnostic précoce demeure une priorité pour mieux répondre aux futures urgences sanitaires.

    Un engagement discret mais essentiel

    Dans l’imaginaire collectif, la lutte contre les épidémies est souvent associée aux médecins et aux infirmiers en première ligne. Pourtant, derrière chaque diagnostic confirmé se trouve aussi le travail minutieux des biologistes médicaux et des techniciens de laboratoire, dont les analyses orientent les décisions de santé publique.

    Le parcours de Mike Maki Kasima illustre cette réalité. De l’enfant souvent malade, au biologiste médical engagé dans la riposte contre Ebola et d’autres crises sanitaires. Une histoire qui témoigne d’une vocation forgée par l’expérience, la résilience et le sens du service.

     

    William Afoyogira

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