La Cour militaire, siégeant en audience publique depuis le lundi 29 septembre, a poursuivi ce vendredi 3 octobre l’examen du dossier lié au massacre de plus de quarante civils survenu à Komanda, dans la nuit du 26 au 27 juillet 2025. Au cœur de ce procès : le colonel Gere Kengu, commandant second axe opérationnel chargé des opérations et renseignements, ainsi que le commissaire supérieur adjoint Kangamina Tshabela Noël, alors commandant de la police nationale congolaise (PNC) à Komanda. Tous deux sont poursuivis pour violations de consignes et vente de munitions.
Au cours de l’audience, plusieurs renseignants ont comparu. Parmi eux, le lieutenant-colonel Mutima Célestin, officier du 3101e régiment, a été appelé à la barre. Répondant aux questions des juges, il a affirmé qu’« avant l’entrée de l’ennemi, la situation était normale et aucune rumeur ne circulait ».
Interrogé sur l’organisation de la patrouille, il a reconnu sans détour : « La patrouille n’existe pas à Komanda, elle n’était pas organisée ».
Ces propos ont suscité la réaction du colonel Gere Kengu, qui a tenu à nuancer : « Nous faisons des patrouilles de combat autour de notre dispositif défensif et vers Luna, notre zone vitale. Le problème, c’est l’effectif limité », a-t-il expliqué devant la Cour.
La version du chef de chefferie de Basili, Toyabo Kato Jean, entendu en qualité de président du comité local de sécurité, est venue renforcer les doutes. Il a confirmé l’absence de patrouilles régulières dans la cité et a pointé du doigt une intervention tardive des forces de l’ordre le jour du drame : « C’est la Monusco qui est arrivée la première. L’armée est venue après, sans la police », a-t-il déclaré.
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Un témoignage contredit partiellement par le service de renseignement, qui affirme que l’armée avait réagi dès 3 heures du matin, soit environ trente minutes après les premiers coups de feu. Une version qui ne correspond pas à celle du chef de chefferie, selon qui les militaires ne seraient intervenus qu’après le retrait des assaillants.
À noter que le massacre s’était produit alors que le commandant axe se trouvait à Bunia. Celui-ci avait décidé de regagner Komanda dans la nuit. Invité à comparaître, il n’a finalement pas pu se présenter, étant en déplacement hors province.
L’audience a été renvoyée à lundi prochain pour les réquisitions du ministère public et les plaidoiries des parties. La Cour devrait alors se rapprocher du dénouement de ce procès très attendu par les communautés de Komanda et des environs, encore marquées par l’horreur de ce massacre.
Verite Johnson

