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    Lancée en novembre 2021 par la République démocratique du Congo et l’Ouganda, l’opération militaire conjointe Shujaa avait pour principal objectif de neutraliser les Forces démocratiques alliées (ADF), responsables de nombreuses attaques contre les civils dans l’est du pays.

    Plus de quatre ans après son lancement, le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies dresse un constat. Si l’offensive a infligé des pertes importantes au groupe armé, elle n’a pas réussi à le démanteler. Les ADF demeurent opérationnelles et continuent même d’étendre leur menace vers de nouvelles zones.

    Selon les experts, les opérations menées conjointement par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les Forces de défense populaires de l’Ouganda (UPDF) ont permis de détruire plusieurs positions des ADF et de saisir d’importantes quantités d’armes, de munitions et d’explosifs. En février 2026, une offensive contre le quartier général de Musa Baluku, chef des ADF, a notamment conduit à la récupération de plus de 200 kilogrammes de matières explosives, de plus de 100 engins explosifs improvisés ainsi que de plusieurs fusils d’assaut. Toutefois, les principaux dirigeants du mouvement sont parvenus à échapper à ces opérations.

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    Le rapport consulté par buniaactualite.cd explique que les ADF ont développé une remarquable capacité d’adaptation. Chaque fois que leurs bases sont attaquées, les combattants abandonnent leurs positions, se dispersent dans des zones forestières reculées, puis reconstituent progressivement leurs réseaux. Cette stratégie de dispersion empêche les forces engagées dans l’opération Shujaa de porter un coup décisif au commandement du groupe.

    Les enquêteurs soulignent également un effet paradoxal de l’opération militaire. En repoussant les ADF loin de leurs anciens bastions proches de la frontière ougandaise, les offensives ont favorisé leur déplacement vers l’ouest du territoire de Mambasa et d’autres espaces où la présence de l’État demeure limitée. Les experts estiment que cette dispersion géographique a contribué à étendre la menace sur de nouvelles localités plutôt qu’à l’éliminer.

    Les Nations Unies identifient plusieurs obstacles opérationnels qui continuent de limiter l’efficacité de Shujaa. Parmi eux figurent le manque de renseignements tactiques, des difficultés de coordination entre les forces engagées ainsi que l’insuffisance des ressources disponibles pour poursuivre durablement les opérations dans les vastes zones forestières où évoluent les ADF. Ces difficultés ont d’ailleurs été au cœur d’un forum provincial consacré à la lutte contre ce groupe armé, organisé à Beni en février 2026.

    À ces contraintes s’ajoute une autre réalité stratégique. Les FARDC doivent répartir leurs moyens entre plusieurs fronts simultanés. Le rapport rappelle que les offensives menées contre l’AFC/M23 au Nord-Kivu et au Sud-Kivu ont réduit les effectifs disponibles pour combattre les ADF. Pour compenser cette situation, l’armée congolaise s’est appuyée de manière croissante sur certains groupes Wazalendo lors des opérations conduites notamment autour de Manguredjipa et du site minier de Muchacha.

    Malgré cette pression militaire, les ADF continuent de démontrer leur capacité de nuisance. Les experts rappellent qu’en 2025, les attaques attribuées au groupe ont causé la mort de plus d’un millier de civils. Le mouvement poursuit également ses activités dans les territoires d’Irumu et de Mambasa, tout en affichant des signes d’expansion vers la province de la Tshopo.

    Pour le Groupe d’experts, l’expérience de Shujaa indique qu’une supériorité militaire ne suffit pas à elle seule à neutraliser un groupe armé capable de se disperser, de reconstruire rapidement ses réseaux logistiques et de s’appuyer sur les faiblesses de gouvernance dans les territoires qu’il infiltre. Tant que ces facteurs structurels persisteront, les succès tactiques obtenus sur le terrain risquent de ne produire qu’un répit temporaire, sans mettre fin durablement à la menace que représentent les ADF pour les populations civiles.

    Rédaction

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