Dix ans ont passé, mais le nom de Papa Wemba résonne toujours avec la même intensité. À Bunia comme ailleurs en République démocratique du Congo, sa musique n’a jamais cessé d’habiter le quotidien. Dans les taxis, les maisons, les lieux publics, ses mélodies continuent de traverser les générations, comme si le temps n’avait aucune emprise sur son œuvre.
Le 24 avril reste une date chargée d’émotion. Ce jour-là, en 2016, l’artiste s’effondrait sur scène lors du Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo, un événement organisé par le groupe ivoirien Magic System. Une disparition brutale, presque irréelle, pour celui que beaucoup considéraient comme bien plus qu’un musicien : un repère.
Un héritage qui dépasse la musique
Pour Johnson Lusala, journaliste culturel basé en Ituri et lui-même artiste, l’héritage de Papa Wemba ne se limite pas à ses chansons.
« C’est un grand héritage qu’il a légué aux jeunes. C’est d’abord bien prester, être bon chic, bon genre. Au-delà de ça, il y avait aussi ce mélange des langues. »
Chez Papa Wemba, la musique était indissociable d’une manière d’être. L’élégance, la rigueur dans le travail artistique, mais aussi cette capacité à naviguer entre cultures et langues ont façonné son identité. Il ne chantait pas seulement, il incarnait une vision.
Fondateur de Viva La Musica, il a su imposer un style unique, à la croisée de la tradition congolaise et des sonorités modernes. Sa voix, reconnaissable entre toutes, portait une esthétique qui allait bien au-delà de la scène.
Une école à ciel ouvert
À Bunia, les souvenirs sont encore frais. Pour Paprino Tshombe, animateur d’une émission dédiée aux grands classiques sur Radio Mont Bleu, la mémoire de Papa Wemba n’est pas marquée par la tristesse.
« Nous ne pleurons pas, nous célébrons Papa Wemba comme un héros. »
Dans ses propos, une constante revient : la transmission. Papa Wemba n’était pas seulement un artiste, il était une école. Il a contribué à révéler ou influencer des figures majeures de la musique congolaise comme Koffi Olomidé, King Kester Emeneya, et indirectement Fally Ipupa. À travers eux, c’est une partie de son ADN artistique qui continue de circuler.
Une question ouverte : les artistes d’aujourd’hui sont-ils fidèles ?
Dix ans après, une interrogation demeure. Les artistes actuels perpétuent-ils réellement cet héritage ?
La réponse n’est pas tranchée. Si certains reprennent les codes esthétiques ou musicaux, d’autres semblent s’en éloigner, portés par de nouvelles influences. Mais pour Johnson Lusala qui s’aligne derrière un oui
l’essentiel reste tout aussi ailleurs : dans la qualité du travail, le respect du public et l’authenticité.
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Papa Wemba n’imposait pas un modèle figé. Il inspirait une exigence.
Né le 14 juin 1949 à Lubefu, dans le Sankuru, Papa Wemba a marqué l’histoire de la rumba congolaise en la propulsant sur la scène internationale. Dix ans après sa disparition, son absence physique contraste avec la force de sa présence culturelle.
Verite Johnson

